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Témoignages : comment la banque échange avec les IMF

  • 28.08.2017

Classé 155e selon l’Indicateur de Développement Humain (IDH), Madagascar est l’un des pays les moins avancés au monde. Dans le cadre de la stratégie talents BNP Paribas "Leaders for Tomorrow", Emmanuelle Aubertel et Christopher Claude ont aidé la SIPEM, l’une des institutions de microfinance qui soutient le développement de l’île rouge.

Quelles sont vos responsabilités chez BNP Paribas ? 

Emmanuelle Aubertel : Je travaille au sein de la branche Corporate and Institutional Banking (CIB) qui est la banque de financement et d’investissement du Groupe BNP Paribas. Basée à Londres, je travaille sur une initiative transverse visant à renforcer l’accompagnement de nos clients sur les questions de développement durable grâce à des solutions innovantes et adaptées à leurs nouveaux besoins. 

Christopher Claude : Je travaille également pour BNP Paribas CIB, mais je suis basé à Lisbonne, où je dirige l’équipe Global Markets Front Office au sein de CIB Portugal Solutions.


Emmanuelle Aubertel
Christopher Claude

Vous travaillez chez BNP Paribas dans deux pays différents et dans deux domaines différents… mais avez été réunis pour une mission commune en microfinance. 

C.C. : Exactement. À l’origine, il s’agit d’une initiative en ligne avec la stratégie RSE du groupe et proposée par la communauté « Leaders for Tomorrow » (LfT), un programme interne visant à développer les profils à potentiel du groupe et à les préparer aux grands enjeux de demain : financiers, humains, sociaux ou sociétaux. Dans ce cadre il est proposé à des collaborateurs de partir en mission pour mener l’audit social d’une IMF. Ce type de mission est une chance inouïe pour les collaborateurs de BNP Paribas et j’avoue avoir bénéficié du total soutien de mes responsables. Nous sommes formés à l’utilisation d’un outil d’audit social, nous découvrons une activité, un pays, des personnes formidables. Et surtout, nous sortons de notre zone de confort. Changer de perspective permet de se développer personnellement et d’apporter de la valeur autour de soi.

E.A. : On est totalement en phase ! C’est une formidable opportunité de pouvoir découvrir d’autres métiers et d’autres horizons. Nous avons eu la chance d’être acceptés dans le programme, et encore plus de pouvoir réaliser cette mission à Madagascar. La mission a été une expérience extrêmement enrichissante à tout point de vue, tant professionnel que personnel. Etre flexible dans notre manière de travailler et à l’écoute active de nos interlocuteurs pour formuler des recommandations constructives ont été des attributs indispensables pour mener à bien cette mission. 

En quoi consistait cette mission à Madagascar ?

C.C. : Nous avons réalisé un audit social au sein de la SIPEM, « Société d’Investissement pour la Promotion des Entreprises à Madagascar ». C’est une IMF gérée par la SIDI (Solidarité Internationale pour le Développement et l’Investissement), un partenaire de BNP Paribas. Cet audit avait pour but d’aider la SIPEM à évaluer et améliorer ses pratiques vis-à-vis des normes internationales. 

E.A. : La SIPEM a, pour des raisons historiques et juridiques, obtenu son agrément de banque territoriale en 2014. Dans ce contexte, notre rôle était notamment de comprendre comment  la SIPEM articule et traduit sa mission sociale dans son activité malgré les nouvelles exigences de rentabilité liées à son statut bancaire. Avec près de 300 employés, la SIPEM compte 18 agences, dont 7 à Antananarivo et 11 en dehors de la capitale, servant plus de 21 000 clients, dont la moitié sont des femmes.

Et comment se déroule cette mission ?

E.A. : On peut dire que ce type de mission se déroule en 4 phases. Il faut tout d’abord être formé à un outil d’audit social (SPI4, développé par Cerise) qui regroupe les « best practices » internationales en termes de gestion sociale et valider cette formation pour devenir un auditeur. Dans un second temps, il faut entrer en contact avec l’IMF et procéder à l’étude du dossier et de l’ensemble des documents pour préparer l’audit et la mission. Ensuite, vient le temps de la mission sur place, pour nous, cette phase a été d’une semaine. Enfin, il faut restituer un rapport final afin de clarifier les conclusions de cet audit et d’apporter des axes d’amélioration et des recommandations. Nous en sommes à cette étape aujourd’hui. 

C.C : Par ailleurs, une fois le rapport final remis, nous aurons la chance de bénéficier d’une séance de coaching pour tirer les meilleurs enseignements de la mission.

Et ça s’est bien passé ?

E.A : Ça s’est très bien passé ! Mais c’est vrai que le challenge n’était pas facile. Nous devions maîtriser un outil nouveau dans un environnement inconnu. Notre légitimité n’était pas forcement acquise dès le départ. Nous arrivions de l’étranger, d’un grand groupe qui plus est, dans une institution qui n’a pas les mêmes méthodes de travail. Et nous avions une semaine seulement pour établir un climat de confiance. 

C.C : Pour réaliser une bonne mission et lever toute défiance, nous devions faire comprendre aux collaborateurs qu’il ne s’agissait pas d’un « contrôle » mais d’une « collaboration ». Notre rôle était d’identifier les pratiques qui étaient déjà bien intégrées et celles sur lesquelles il y avait des marges d’amélioration possibles. Mais très vite, l’alchimie a pris. Tout le monde a joué le jeu avec une sincérité et une transparence absolue. Le management a été à l’écoute du début à la fin. Nous avons même gardé contact avec plusieurs personnes depuis.

Qu’en avez-vous retenu ? 

C.C : La raison sociale de l’activité bancaire de la SIPEM, par exemple, évoque les TPE et PME. Cette dénomination juridique recouvre des réalités très différentes des nôtres. Par exemple, une personne vendant des t-shirt dans la rue peut être considérée comme une petite entreprise.  

E.A : À ce titre, l’utilité sociale de la SIPEM était criante. Mais l’équilibre n’est pas toujours évident quand s’ajoutent des objectifs économiques. Pourtant, il est possible de résoudre cette équation car une saine performance sociale peut avoir un effet d’entrainement positif sur la performance économique et financière, et vice-versa.  

La microfinance est donc nécessaire à Madagascar ?

C.C : Elle joue un rôle majeur dans le développement d’un tissu économique local fort et solide, en permettant un accès à l’emprunt. C’est plus que nécessaire dans un contexte dans lequel certaines personnes sont encore totalement exclues de tout système financier.

E.A : Elle nous éclaire sur notre propre fonctionnement. D’ailleurs les parallèles existent, par exemple le fait de garder le client au centre des priorités de l’entreprise s’applique aussi bien à une grande banque qu’à une IMF. 

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