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Les Millenials et la finance durable

  • Béatrice Verger Responsable du développement et de la promotion ISR
  • 20.03.2019

Représentant désormais plus de 1 000 milliards d’euros en France, les fonds ISR (Investissement Socialement Responsable) sont l’étendard d’une nouvelle finance, plus responsable et soucieuse des enjeux environnementaux et sociaux. Les Millenials, nés entre les années 1985 et 2000, portent une attention toute particulière à l’impact social et environnemental de leurs comportements, de leurs achats et de leurs investissements. Béatrice Verger, responsable de la promotion ISR chez BNP Paribas Asset Management, témoigne de l’intérêt grandissant de ces jeunes clients pour les fonds ISR.

Quelles sont vos missions en tant que chargée du développement de l’ISR chez BNP Paribas Asset Management (BNPP AM) ?

L’ISR (ou SRI pour les anglophones) est un choix d’investissement qui permet de rechercher une performance financière tout en prenant en compte des critères environnementaux, sociaux et de bonne gouvernance d’entreprise (critère ESG). Il se développe depuis le début des années 2000 et prend aujourd’hui de plus en plus d’ampleur, notamment auprès des épargnants particuliers. Mais l’ISR est encore jeune et sa compréhension nécessite un accompagnement et de la pédagogie, car il peut faire l’objet de réticences. Mon rôle est donc de participer au développement de notre offre de produits ISR et de contribuer à sa promotion. Je travaille à sensibiliser les clients et les collaborateurs à l’ISR et à l’impact positif de ce type de gestion. 

Comment se porte le marché ISR à l’heure actuelle et quelles sont ses caractéristiques ? 

Le marché ISR est en croissance constante ces dernières années. Chez BNPP AM, nos actifs investis dans des fonds ISR s’élevaient à 35 milliards d’euros au 31 décembre 2017, soit 38 % de plus que l’année précédente. En 2018, malgré un contexte des marchés financiers compliqué, la collecte a progressé de 3,8 milliards d’euros.

Par ailleurs, la gestion ISR s’enrichit de nouvelles classes d’actifs et thématiques : l’approche historique Best-in-class (principalement commercialisée en France et qui consiste à ne sélectionner que les émetteurs les mieux notées selon les critères ESG) est maintenant complétée par des approches thématiques actions, obligataires (green bond par exemple) ou diversifiées (green business). On mise aussi désormais sur des actifs non côtés comme le solidaire ou le financement de projet immobilier ou d’infrastructure (prise en compte de l’impact environnemental). 

L’augmentation de la demande nous incite à proposer une offre toujours plus diversifiée. 

Photo : Béatrice Verger

L’augmentation de la demande nous incite à proposer une offre toujours plus diversifiée. 

Qu’est-ce qui vous laisse penser que les Millennials sont particulièrement intéressés par l’ISR ?

Je constate que l’ISR est un sujet qui parle aux Millennials. Cette génération a à cœur de donner du sens à son investissement, plutôt que de fonder celui-ci uniquement sur la performance financière. On estime que 15 % des investisseurs de moins de 35 ans  sont capables de renoncer à un investissement si le fond ou l’entreprise concernée a des activités questionnables, contre seulement 7 % de leurs aînés.

C’est une génération qui a vécu très tôt la crise de 2008 et les dérives du système financier. Elle se trouve confrontée aux problématiques du changement climatique et à ses conséquences sociales. Les questions éthiques et environnementales sont donc au cœur de leurs préoccupations. Les modes de consommation des Millennials changent autant que leur façon d’épargner. 

L’ISR est une tendance qui rentre dans cette grande transformation des mentalités. Elle change la manière de penser la finance et répond à l’envie des Millennials de donner plus de sens à leur épargne en soutenant des entreprises ayant un impact positif pour la planète.

Je constate que l’ISR est un sujet qui parle aux Millennials. ils ont à cœur de donner du sens à leur investissement, plutôt que de fonder celui-ci uniquement sur la performance financière.

Les Millennials sont-ils plus intéressés par certaines thématiques que d’autres ? 

C’est un public souvent plus sensible à l’approche thématique et à « l’impact investing » qu’aux fonds suivant une méthode Best-in-class plus classique. Les Millennials aiment savoir quel a été l’impact concret de leur investissement en défendant potentiellement plusieurs causes : 75 % d’entre eux estiment par exemple que leur investissement peut avoir une influence sur le changement climatique. Les fonds comme BNP Paribas Aqua, qui investit uniquement dans des entreprises liées à la thématique de l’eau, sont donc une option privilégiée. Mais cette génération est aussi sensible à la question sociale. 84 % des Millenials estiment qu’au travers de leur investissement, ils peuvent contribuer à la lutte contre la pauvreté. Notre fonds BNP Paribas Social Business France, qui soutient les entreprises à forte utilité sociale, et BNP Paribas Développement Humain, répondent ainsi à cette aspiration.

Quelles actions mettez-vous en place pour mieux cibler cette clientèle ? 

Nous nous attachons à être le plus transparent possible sur notre démarche d’investisseur responsable. Nous mesurons l’empreinte carbone de nos fonds et publions annuellement des rapports extra-financiers afin de rendre compte de nos actions et de leur impact concret. 

Nous nous attachons à être le plus transparent possible sur notre démarche d’investisseur responsable. 

La mesure d’impact est une notion à laquelle les Millennials sont encore plus attachés que leurs aînés car cela leur permet de mesurer leur contribution aux enjeux du développement durable. Nous promouvons également notre stratégie climat et ses actions concrètes  pour atteindre l’objectif défini par les Nations Unies d’une augmentation maximale de 2°C d’ici 2050. Nous avons 14 de nos fonds qui sont labellisés ISR, certification d’Etat qui garantit leur bonne gestion. Cette démarche de labellisation renforce notre crédibilité et la confiance de notre clientèle envers nos produits.

Comment voyez-vous l’avenir de l’ISR et comment voyez-vous évoluer son attrait auprès des Millennials ? 

Je suis convaincue que la prise en compte des critères ESG dans l’ensemble des décisions d’investissement va se généraliser. Les décisions financières ne peuvent plus être déconnectées des enjeux environnementaux et sociaux. Les Millennials font figure de pilier de cette évolution car parmi l’ensemble des investisseurs, ce sont eux les moins sceptiques et surtout les plus sensibles à ces investissements. Ils n’hésitent pas à vanter ces solutions très largement autour d’eux et avec le temps, leur capacité d’épargne augmentera. Le développement de l’ISR se fait donc avec les Millennials mais surtout par eux, nouveaux « consommateurs ». En tant qu’asset manager, notre rôle est dès maintenant primordial. C’est seulement si nous cherchons aujourd’hui à implémenter des solutions réelles et observables que les Millennials continueront de nous faire confiance et de nous accompagner dans cette démarche. L’ISR est un projet qui s’entreprend ensemble : gérants et investisseurs doivent travailler main dans la main pour avoir un impact concret sur le monde de demain. 

Crédit photo : header ©ninelutsk

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