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Quand l’innovation financière se met au service de l’entrepreneuriat social

  • 02.09.2016

Les Social Impact Bonds (SIB) en Grande Bretagne et en Europe, les Contrats à Impact Social (CIS) qui arrivent en France… L’innovation financière se met au service de l’entrepreneuriat social, et se montre très actif ! Claudia Belli, Responsable Entrepreneuriat Social et Microfinance du Groupe BNP Paribas répond à nos questions.

Pouvez-vous tout d’abord nous décrire votre mission au sein de la Fonction RSE Groupe ?

En tant que Responsable Entrepreneuriat Social et Microfinance, je développe une stratégie de soutien à la microfinance et à l’entrepreneuriat social pour le Groupe. À terme, notre ambition est d’être la banque de référence des entrepreneurs sociaux sur quelques territoires cibles

BNP Paribas commence à être reconnu dans ce domaine : le Groupe l'est déjà en France et de plus en plus sur ses autres marchés domestiques (Italie, Belgique et Luxembourg). 

Maintenant, pour accéder à ce statut de « banque des entrepreneurs sociaux », il nous faut continuer à développer des outils comme la politique spécifique de crédit, intégrer l’écosystème, en connaître et connecter tous les acteurs, servir leurs besoins financiers, s’implanter dans d’autres marchés où l’entrepreneuriat social se développe, comme le Maroc, la Tunisie, le Sénégal, la Californie…

Parlez-nous des « Social Impact Bonds » ?

Le « Social Impact Bond » est un mode de financement de l’innovation sociale né en Grande-Bretagne. En 2010, la prison de Peterborough constatait un taux de récidive important. Des associations ont imaginé un programme spécifique de réinsertion, mais aussi une solution pour le financer : un financement remboursé par l’État, à échéance, si son objectif social était atteint. L’objectif en question était une baisse du taux de récidive. 

Tout SIB fonctionne aujourd’hui sur ce modèle, avec un impact cible précis, mesurable, qui conditionne le remboursement et une action sociale, souvent innovante, qui en cas de succès fera épargner à l’État bien plus que les capitaux à rembourser. 

Cette formule reste néanmoins marginale, avec une quarantaine de SIB mis en œuvre au Royaume-Uni, en Australie, aux États Unis, en Belgique, au Portugal pour des montants qui varient de 400 000 euros à 20 millions d’euros. 

“ Chez BNP Paribas, c’est au sein de la RSE, véritable laboratoire d’innovation sociale, que nous imaginons de nouvelles solutions concrètes. ”

Claudia Belli

Responsable Entrepreneuriat Social et Microfinance

Pouvez-vous revenir plus en détail sur le rôle de l’État et du secteur privé dans le cadre des Social Impact Bonds ?

Avec les SIB, l’État transfère le risque de l’innovation sociale au secteur privé, car la mise en place de politiques sociales innovantes comporte des risques qu’il ne peut assumer et accepte un système d’évaluation de l’efficacité des actions envisagées.

Comme dans le cas du tout premier SIB, compte tenu du coût annuel que représente un détenu pour l’État, tout le monde était gagnant si l’impact attendu était atteint . Mais en cas d’échec, l’investisseur pouvait tout perdre

En revanche, quand l’impact social est atteint, l’investisseur privé est remboursé et perçoit une part des économies réalisées par l’État sous forme d’intérêts. Ainsi, l’État et la société civile bénéficient, ensemble, des améliorations sociales concrètes permises par les SIB, sans coûts supplémentaires pour l’État ou pour les associations. 

Quelles autres innovations rencontre-t-on aujourd’hui dans le domaine de l’investissement social ? 

Plusieurs innovations sont déployées mais la plus visible est l’ « Impact Investing » qui est en fort développement : l’investissement de l’épargne dans des entreprises à fort impact social ou environnemental avec un double objectif d’impact social et de rentabilité financière. Aussi, aujourd’hui, une forme d’innovation sociale réside dans la capacité à mesurer la performance, valoriser l’action concrète réalisée par les entreprises sociales auprès des bénéficiaires. 

Des expérimentations de la finance sociale ont-elles lieu aujourd’hui en France et ailleurs en Europe ?

La finance sociale fait l’objet d’une importante mobilisation. Tout le monde cherche des solutions : les États, les investisseurs, le monde universitaire... 

Car avec les crises financières, l’État dispose de moins de moyens, et les investisseurs veulent imaginer un nouveau modèle et redonner du sens à l’argent.

Enfin, dans une quête de sens, investisseurs et entreprises veulent agir aussi pour les autres et pour l’environnement.

La finance sociale fait l’objet d’une importante mobilisation. Tout le monde cherche des solutions : les investisseurs imaginent un nouveau modèle et redonnent du sens à l’argent

Quelle est la place occupée par BNP Paribas sur ce terrain de l’innovation dans le domaine de la finance sociale ?

Chez BNP Paribas, c’est au sein de la RSE, véritable laboratoire d’innovation sociale, que nous imaginons de nouvelles solutions concrètes.

BNP Paribas travaille sur les SIB aux États-Unis depuis quelques années ; en ce moment, la banque est chef de file d’un SIB qui vise la diminution des placements en familles d'accueil des enfants de l’État du Connecticut.

En France, le Social Impact Bond n’existe pas sous la même forme, mais nous avons depuis peu le Contrat à Impact social (CIS), même s’il n’est pas encore concrétisé, et sur lequel BNP Paribas est fortement impliqué. Le CIS, tel que BNP Paribas l’a imaginé dans ses réponses aux appels d’offres, met le financement au service des territoires. Par exemple le projet CIS avec l’ADIE vise à accompagner l’ADIE (plus grande Institution de microfinance en France) dans des département ruraux où l’association n’est pas encore présente ! La particularité de ce CIS est que tous les acteurs seront intéressés à l’atteinte des objectifs, avec des primes de succès versées à l’Adie et aux investisseurs en cas de surperformance. 

Si le CIS est encore un projet en phase avancée de structuration, BNP Paribas propose en revanche déjà au public en France 5 fonds solidaires (labellisés Finansol), investis à 100% ou à 10% maximum dans des entreprises sociales – cette limite à 10% permet de proposer des placements « non liquides », car non cotés en bourse, à des investisseurs non avertis.

Le Groupe a aussi innové en créant il y a un an une brochure parlant de performance sociale au grand public ! Nous sommes la seule banque commerciale à avoir structuré une stratégie internationale pour accompagner les entreprises sociales, qui peuvent d’ailleurs, en France, être hébergées au sein de nos espaces WAI .

Enfin il ne faut pas oublier notre action dans la microfinance : le Groupe finance, mais a aussi contribué à créer des institutions de microfinance avec Microstart en Belgique et MicroLux au Luxembourg.