La banque d'un monde qui change

La semaine économique - Zone Euro : des poches "d'esprits animaux" ?

  • William De Vijlder Group Chief Economist BNP Paribas
  • Paris
  • 20.04.2018
  1. L’évaluation de la situation économique globale par les ménages du quartile supérieur est plus sensible au cycle que celle des ménages du quartile inférieur
  2. La première est particulièrement positive depuis début 2017 même si l’évaluation de leur situation financière n’a pas plus augmenté que celle du quartile inférieur
  3. Peut-être les ménages du 4e quartile se sentent-ils moins incertains quant à l’avenir.

L’éditorial du 13 avril dernier donnait plusieurs raisons possibles à la plus forte réactivité des ménages du quartile de revenus supérieur, par rapport au quartile inférieur, aux fluctuations du cycle conjoncturel pour leurs prévisions d’achats importants. La conclusion était que cette différence entre les deux catégories de revenus était très procyclique. Le même constat peut être fait concernant leur opinion sur la situation économique générale. De plus, comme le montre le graphique (voir Ecoweek), cette différence suit parfaitement la trajectoire de la croissance du PIB réel, même si, depuis le début de l’année 2017, une divergence se dessine : l’amélioration relative de l’opinion des ménages du quartile supérieur ne s’est pas accompagnée d’une accélération correspondante de la croissance du PIB, même si, et il convient de le souligner, le rebond observé de la croissance était déjà assez important. Au vu de ce rebond, on pourrait aussi arguer que la réaction des ménages du quartile supérieur a été exagérée. 

Pourquoi les ménages plus aisés sont-ils beaucoup plus optimistes à l’égard de l’environnement global ? Leur évaluation de leur propre situation financière serait-elle plus positive ? Au vu du graphique, cela ne semble pas être le cas : depuis 2014, cette évaluation a évolué de la même façon pour les ménages des quartiles de revenus inférieur et supérieur. Les effets de richesse pourraient jouer un rôle, les ménages du quartile supérieur étant plus exposés aux marchés de l’immobilier et des actions (tous deux ont enregistré une forte progression au cours de ce cycle). L’absence de traduction dans l’appréciation de la situation financière signifierait que les répondants pensent davantage à leur revenu qu’à leur patrimoine. Par ailleurs, cette divergence d’opinion anormalement importante est un phénomène très récent, qui s’est installé au début de l’année 2017. L’incertitude pourrait être une explication possible : même si l’évaluation de leur situation financière a connu une évolution comparable à celle des ménages du quartile inférieur, il pourrait y avoir tout simplement chez les ménages du quartile supérieur un plus fort sentiment de confiance et une incertitude moins grande dans la perception du futur, d’où une opinion positive anormalement forte sur la situation économique globale. Reste à savoir si la croissance ralentira lorsque l’évaluation relative reviendra dans la fourchette historique.

Votre avis nous intéresse ! Participer à notre sondage