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Le printemps de la microfinance en Tunisie où les meilleures conditions d'un développement géré

  • 07.02.2012

Le décret du 8 novembre 2011 a été adopté par le Ministère des Finances pour organiser le développement de la microfinance. La feuille de route, à laquelle ont participé de nombreux acteurs associatifs tunisiens ainsi que quelques européens, a permis de marquer le premier cadre juridique dans lequel va se développer l'activité.

Une série de mesures instaurant des mécanismes qui permettront une progression maitrisée de la lutte contre la pauvreté.

Ainsi la feuille de route définit-elle la microfinance comme le financement de besoin visant l'amélioration des conditions de vie. Les montants seront limités mais vraisemblablement bien supérieurs aux 5000 dinars actuels.
La mesure la plus forte qu'il faut saluer est que la Tunisie gérera par le jeu d'agréments l'entrée des nouveaux acteurs préservant ainsi à moyen terme le marché d'une offre débridée dont les conséquences, constatées dans de nombreux pays, sont le surendettement et une dérive vers la course aux encours et l'hyper rentabilité, autant d'éléments de drames humain.
Ces deux freins législatifs empêcheront donc que les Institutions de MicroFinance, IMF, caressent l'idée de grandir pour d'autres raisons que celle de la lutte contre la pauvreté.
La Tunisie veut éviter une saturation du marché et réduira vraisemblablement l'agrément à un petit nombre de nouveaux acteurs qui grâce à une exigence de capital minimum de 1,5 millions d'euros devront bénéficier d'une solide structure financière.
Il est prévisible que le démarrage de l'activité de certains opérateurs se fera sur des modèles existants ayant fait leur preuve dans certains pays au contexte difficile et visant à l'optimisation du risque ainsi qu'a la rentabilité assurant la pérennité de l'activité.

Pour les petites associations de microcrédit, le minimum de 100 mille euros sera requis et devra susciter des regroupements assainissant ainsi le marché de petits intervenants dont les actions nécessiteraient le renfort de dons ou subsides..
Cette évolution, outre les fusions, sera possible par l'établissement de GIE de plateformes communes de traitement d'opérations. Ceci permettra l'acquisition de courbe d'expérience bénéfique à la transparence et l'efficacité du marché.

Une autorité de contrôle sur mesure et indépendante est l'originalité de ce décret-loi.
Elle pourra développer les principes d'une forte gouvernance grâce aux moyens de contrôle dont elle sera dotée.

Nommée par le ministère des finances, dépendante de ce dernier, cette autorité sera chargée d'instruire les dossiers d'agréments. Il lui faudra garantir une total transparence et liberté de choix pour l'intérêt du secteur. L'opportunité unique se présente de développer des principes de gouvernances forts ainsi que la transparence grâce également aux contrôles sur les opérations des IMF.
La possibilité d'énoncer des sanctions administratives.
Enfin, outil primordial, sera établi une centrale des risques, à laquelle devront se référer impérativement tous les opérateurs. Son directeur général sera nommé par décret, signe que cette indépendance voulue sera néanmoins tempérée par cette tutelle hiérarchique d'essence politique. Il est à déplorer que cette tutelle ne soit pas exercée par la Banque Centrale.
La grande chance du secteur sera que les normes de comptabilité et de transparence financière seront établies et exigées dès que le champ de l'activité s'élargira aux nouveaux acteurs entrant sur le marché.

Questions pendantes et écueils à éviter

Une mesure phare, la limitation des montants permettra quelques soit les choix stratégiques des nouveaux opérateurs, d'éviter la course à l'encours et donc canalisera l'activité des nouvelles IMF vers la lutte contre la pauvreté.
Bien entendu, il reste encore à clarifier quel sera le rôle des banques dans ce secteur. Pourront-elles offrir directement des microcrédits ou seront elles cantonnées dans le rôle de refinancement des IMF ?
Reste également à crever l'abcès financier de la Banque Tunisienne de Solidarité qui, pour être assainie complètement, nécessitera vraisemblablement une restructuration.

La Tunisie a cette originalité et opportunité d'être en mesure d'anticiper les règles qui s'appliqueront au développement de la microfinance sur un marché dont le potentiel est encore important.
N'oublions pas qu'ENDA, première institution de microfinance du pays, dans un développement mesuré et fortement engagé socialement, a été l'initiateur exemplaire. Cette institution, grâce à la constance et l'exemplarité de ses fondateurs, a posé les premiers jalons qui sont autant de références. Reste maintenant à être vigilant pour le bon déroulement de cette première étape.
A moyen terme une seconde réforme sera nécessaire pour libérer d'avantage le secteur favorisant d'avantage une libre concurrence propice à l'innovation pour une offre de service plus étendue au bénéfice des segments de population concernés.