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Opérations de fusions-acquisitions et ECM : quel est le rôle des banques ?

  • Sophie Javary Vice-Chairman CIB pour la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique
  • Paris
  • 13.11.2018

Au 1er semestre 2018, les fusions-acquisitions dans le monde ont représenté près de 2 500 milliards de dollars. Un niveau record pour ces opérations hautement techniques, dont le succès repose en grande partie sur la qualité de l’accompagnement bancaire. Sophie Javary, vice-chairman CIB pour la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique chez BNP Paribas, nous explique les raisons de ce dynamisme.

Comment accompagnez-vous vos clients sur le marché des fusions-acquisitions (advisory) et ECM  ?

Dans le domaine des fusions-acquisitions, nous fournissons des conseils en haut de bilan, recherchons des cibles potentielles d’achat et de vente et intervenons dans la phase de négociation, tant pour nos clients acquéreurs que cédants. Sur le marché primaire actions (soit les introductions en bourse et les augmentations de capital), nous intervenons dans la garantie et le placement des émissions actions auprès des investisseurs. Ces métiers à haute technicité sont au cœur des activités de la banque d’investissement. Nous conseillons souvent aussi sur le financement ces opérations en donnant accès au bilan de la banque.

Sur le marché primaire action, nous intervenons dans la garantie et le placement des émissions actions auprès des investisseurs. 

Pour une entreprise, à quels besoins répond une stratégie de fusion-acquisition ou l’émission de nouveaux titres en capital ? 

Ces opérations permettent soit de concrétiser une stratégie de croissance externe, soit une stratégie de consolidation du bilan, dans un contexte de niveau de dette élevé. Dans le cadre de leur croissance externe, les entreprises attendent de leur partenaire financier des idées de cibles d’acquisition et une analyse de leur disponibilité.

Comment cela se passe ? 

À la vente, nous préparons le mémorandum d’investissement que nous faisons circuler auprès de plusieurs acheteurs potentiels. Par exemple, sur la vente du groupe SAUR en 2018, nous avons mis en place un processus d’enchères auquel ont pris part des fonds d’investissement et des acquéreurs stratégiques. À l’achat, nous conseillons la société sur le bon prix, l’accompagnons dans la phase de négociation, le financement de l’opération, etc. 

En ce qui concerne les introductions en bourse, notre rôle de conseil et d’arrangeur couvre aussi bien les aspects techniques de préparation du dossier auprès des autorités boursières que marketing. Nous conseillons sur les aspects suivants : valorisation, taille de l’opération, lieu de cotation, formalisation du prospectus et des arguments de vente auprès des investisseurs.  

Quelles expertises mobilisez-vous dans le cadre de ces opérations ?

Nous mobilisons trois types de compétences à très forte valeur ajoutée : expertise financière, expertise sectorielle et expertise en matière de négociation.

Nous mobilisons trois types de compétences à très forte valeur ajoutée : expertise financière, expertise sectorielle et expertise en matière de négociation. Le volet juridique aussi tient une place très importante. En plus de ces savoir-faire techniques, nos professionnels sont dotés de fortes compétences relationnelles, puisqu’il s’agit avant tout de gagner la confiance de nos clients.

Enfin, il faut être capable de travailler sous pression tout en assurant une excellente qualité d’exécution. Ces opérations ne se produisent pas tous les jours ! 

2018 a signé la hausse du nombre d’opérations de fusions-acquisitions et de leur montant dans le monde. Quelles sont les principales raisons de ce dynamisme ? 

Ce dynamisme s’explique par la croissance économique et la confiance des dirigeants, dans un contexte de financement favorable marqué par l’abondance de liquidités et des taux bas. Il y a aussi les évolutions sectorielles, qui poussent les entreprises à consolider leur position dans un environnement global de plus en plus concurrentiel. Enfin, l’arrivée de nouvelles catégories d’investisseurs, comme les fonds de private equity et les fonds de pension canadiens, contribue au dynamisme du marché.

Qu’en est-il des fusions-acquisitions « vertes », ou green M&A ? 

Ces opérations se multiplient. Elles permettent aux grands énergéticiens d’accélérer leur stratégie de diversification par le rachat de sociétés engagées dans le secteur des énergies renouvelables. Un exemple : l’acquisition récente d'Innogy par l’énergéticien allemand E.ON, pour un montant de 22 milliards d'euros. Une méga-opération 100 % allemande entièrement exécutée par BNP Paribas, et d’autant plus importante pour notre Groupe qu’il cherche à renforcer encore sa présence outre-Rhin. 

“ de plus en plus d’entreprises recourront aux fusions-acquisitions pour accélérer leur stratégie de transformation, dans les secteurs du digital ou des énergies renouvelables notamment. ”

Sophie Javary

Vice-Chairman CIB pour la zone Europe, Moyen-Orient et Afrique - BNP Paribas

En revanche, les introductions à la bourse de Paris semblent avoir ralenti au cours des derniers mois. S’agit-il d’une situation conjoncturelle ou faut-il y voir une tendance de fond plus structurelle ? 

L’impact défavorable de la volatilité des marchés ne fait aucun doute. Reste à savoir si l’abondance de capitaux et le recours croissant au private equity, qui font concurrence aux introductions en bourse, constituent de réelles tendances de fond. Pour nous, il s’agit d’une situation conjoncturelle, les introductions en bourse et la demande des investisseurs devraient repartir à la hausse une fois les marchés stabilisés

La banque d’investissement de BNP Paribas s’est récemment lancée dans un vaste chantier digital. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Après la banque de détail, la banque d'investissement vivra elle aussi sa transformation numérique. C’est un sujet passionnant sur lequel je travaille depuis janvier 2018, dans le cadre de notre chantier de transformation dit Investment Banking for the Future. Aujourd'hui, nous sommes en train d’identifier les opportunités de digitalisation de nos métiers : traitement des données financières, méthodes de travail optimisées grâce à l’intelligence artificielle, plateformes de mise en relation de plus en plus performantes... Nous nous tenons prêts pour ces évolutions incontournables. 

la banque d'investissement vivra elle aussi sa transformation numérique.

Comment voyez-vous l’avenir des métiers fusions-acquisitions et ECM ?

Nos métiers se sont globalisés. D’où l’importance, pour les entreprises, de se faire accompagner par une banque internationale, capable de mobiliser ses expertises partout dans le monde au service des opérations cross-border de ses clients. Par ailleurs, de plus en plus d’entreprises recourront aux fusions-acquisitions pour accélérer leur stratégie de transformation, dans les secteurs du digital ou des énergies renouvelables notamment. Enfin, le marché change de visage avec l’arrivée de nouvelles catégories d’investisseurs comme les family offices, les fonds d’investissements et les fonds souverains. 

Petit glossaire pour mieux comprendre la corporate finance

La fusion-acquisitionM&A » en anglais) concerne toutes les étapes d’une opération de rachat d’une entreprise par une autre (aspect stratégiques, juridiques, économiques et organisationnels). 

Les Family offices désignent les services de gestion, placements, conseils juridiques organisés par une famille de façon professionnelle afin de gérer au mieux son patrimoine dans la durée.

La corporate finance ou finance d’entreprise, désigne l’ensemble des stratégies financières prises par une société. Elle a pour mission d’optimiser la valeur de l’entreprise sur le marché. 

Les augmentations en capital désignent l’émission sur le marché de nouvelles actions par une entreprise. Une telle opération fait augmenter le capital de l’entreprise émettrice. 

Le Private Equity est une classe d'actifs investie dans des sociétés non cotées à différents stades de leur développement, en vue d'une cession ultérieure avec un objectif de plus-value.  

Le marché primaire action, en anglais, Equity Capital Market (ECM), désigne le marché sur lequel de nouveaux titres de capital  sont émis (essentiellement des actions). 

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