La banque d'un monde qui change

Les métiers de la banque : CTO du Lab Artificial Intelligence de BNP Paribas CIB

  • Ludan Stoecklé CTO du Lab Artificial Intelligence de BNP Paribas CIB
  • Paris
  • 25.06.2019

C’est au cours de ses études à l’INSA Lyon que Ludan Stoecklé commence à s’intéresser à l’Intelligence Artificielle (IA). Il travaille ensuite pendant 12 ans dans des start-ups d’IA, avant de rejoindre le Lab Data Science & Intelligence Artificielle de BNP Paribas CIB. En tant que CTO, il supervise aujourd’hui la conception et le développement de logiciels IA, à destination des équipes internes de la banque. Il nous en dit plus sur son métier, la stratégie du Groupe mais aussi les nouveaux défis des banques en matière d’IA. Rencontre.

Parlez-nous de votre rôle au sein du Lab Data Science & Intelligence Artificielle de BNP Paribas CIB.

Pour vous donner un peu de contexte, le Lab est une cellule au sein de laquelle nous réalisons des projets dans le domaine de l’IA avant de les industrialiser : le Lab fonctionne ainsi comme un éditeur de logiciels interne. Il s’agit de solutions logicielles d’IA destinées aujourd’hui uniquement à nos clients internes, de CIB ou du Groupe. En tant que CTO, j’occupe une fonction transverse sur l’ensemble des sujets d’IA, qu’il s’agisse de Traduction, de « Speech-To-Text » (une technologie de reconnaissance vocale qui transforme un discours oral en texte) ou d’analyse d’images. En ce qui me concerne, mes domaines de prédilection sont la Génération Automatique de Textes (GAT) et les Chatbots. Mon rôle est d’appuyer les équipes du Lab à chaque étape du développement d’un projet, de la conception à la mise en production. Parallèlement à cela, l’équipe contribue à définir et mettre en œuvre la stratégie du Groupe en matière d’IA, à prévoir et anticiper les usages technologiques de l’entreprise mais aussi à identifier des opportunités afin d’innover vis-à-vis de la concurrence.

Vous êtes chez BNP Paribas depuis tout juste un an. Quel a été votre parcours ? Et pourquoi BNP Paribas ? 

J’ai suivi une formation d’ingénieur en informatique à l’INSA Lyon, où j’ai commencé à m’intéresser à l’IA. Une thématique qui, à l’époque, était bien moins à la mode qu'aujourd'hui ! J’ai ensuite travaillé pendant plus de 12 ans dans des start-ups d’IA ; j’ai notamment été l’un des fondateurs et le directeur technique d’Yseop, un éditeur de logiciels de génération de texte en langage naturel, avant de rejoindre Addventa, une entreprise de services en IA qui opère essentiellement dans la banque et la finance. J’ai choisi de rejoindre BNP Paribas il y a un peu plus d’un an car c’est la seule entreprise européenne à avoir une stratégie de construction en interne (« make ») de solutions d’IA et à mobiliser des moyens importants pour la mettre en œuvre. J’ai également été extrêmement séduit par le niveau scientifique et technique des équipes du Lab. 

L’intelligence artificielle est en train de révolutionner le secteur financier. Quels sont les nouveaux enjeux pour les banques ?

Les enjeux sont multiples. D’une part, nous faisons face à l’émergence de nouveaux compétiteurs, dont les GAFA, qui pénètrent peu à peu le marché bancaire et se positionnent sur des activités de la chaîne de valeur traditionnelle, comme le paiement en ligne - avec des services tels que Google Pay et Apple Pay. D’autre part, la concurrence des banques en ligne est particulièrement forte, puisqu’elles utilisent massivement l’IA pour améliorer l’expérience utilisateur. Il nous faut donc être tout aussi agiles et innovants qu’elles pour rester à niveau. 

Enfin, l’autre enjeu est d’automatiser toutes les tâches répétitives et basiques qui ne requièrent pas d’intervention humaine. Concrètement, l’idée est de permettre aux collaborateurs de recentrer leur action sur ce qu’ils savent faire de mieux. Chez BNP Paribas par exemple, notre travail consiste à libérer du temps à nos opérateurs back, middle ou front office afin qu’ils se consacrent pleinement à l’échange avec le client ou aux analyses complexes, aux prises de décisions… Cela nous amène à nous poser des questions telles que : « comment les IA peuvent-elles renforcer ce que les humains font de mieux ? » ou « quels changements d’organisation faut-il effectuer pour accommoder cette nouvelle forme de collaboration humain-IA ? ».

La concurrence des banques en ligne est forte, elles utilisent l’IA pour améliorer l’expérience utilisateur. Il faut donc être tout aussi agiles et innovants pour rester à niveau.

Quelle est la stratégie de BNP Paribas en matière d’intelligence artificielle ? En quoi se démarque-t-elle de celle d’autres banques ? 

Depuis ces dernières années, la volonté de BNP Paribas en matière d’IA est de conserver sa souveraineté et sa compétitivité sur le long terme. Pour cela, la banque privilégie une approche dite de « make », c’est-à-dire que nous fabriquons nos propres briques d’Intelligence Artificielle, les entraînons sur nos données et les hébergeons sur notre cloud interne. L’idée est de parvenir à tirer pleinement profit de l’IA, comme tous les autres acteurs bancaires, mais en conservant un fort niveau de contrôle sur nos données et sur les décisions prises par les logiciels d’IA. 

L’idée est de parvenir à tirer pleinement profit de l’IA, comme tous les autres acteurs bancaires, mais en conservant un fort niveau de contrôle sur nos données et sur les décisions prises par les logiciels d’IA.

Notre conviction est que l’on ne peut pas faire confiance à une boîte noire développée par un géant de l’Internet et hébergée sur un cloud étranger, pour prendre des décisions à notre place. Mais il est vrai que la plupart des banques traditionnelles ont une stratégie différente, dite de « buy » : elles font appel à des spécialistes IA externes. Nous sommes l’une des seules banques au monde à avoir fait le choix de créer notre propre éditeur de logiciels d’IA interne. Même si cela ne fait que quelques années que cette stratégie a été mise en place, elle s’avère déjà payante puisqu’elle nous permet de développer à la même vitesse et aux mêmes standards de qualité que les éditeurs externes, et souvent à moindres coûts. En plus, grâce à cette stratégie, nous acquérons et développons des compétences IA en interne.

Concrètement, l’idée est de permettre aux collaborateurs de recentrer leur action sur ce qu’ils savent faire de mieux

Pourriez-vous nous donner des exemples de projets IA sur lesquels vous et vos équipes travaillez actuellement ?

Un projet dont nous sommes très fiers est notre logiciel de traduction, « Translate » : un outil analogue à Google Translate, mais entièrement développé et hébergé en interne, et bien meilleur sur des textes du domaine bancaire. Nous sommes actuellement en train d’y ajouter une fonctionnalité permettant de traduire un document entier (PDF, Word) en une seule fois, et en seulement quelques secondes. Une avancée très attendue par nos utilisateurs ! Un autre exemple est notre moteur de recherche, « Search ». Actuellement en production sur le périmètre CIB, nous cherchons à le déployer globalement, à l’échelle du Groupe. A l’instar de Google, il indexe toutes les sources d’information auxquelles les collaborateurs ont accès, et il leur permet de rechercher instantanément des renseignements relatifs à BNP Paribas. Enfin, nous développons des solutions d’IA qui ont trait à l’analyse de documents. Le projet « Document Intelligence » vise, par exemple, à extraire des informations structurées de nos documents et de ceux de nos clients, afin de faciliter le travail d’analyse des collaborateurs.

Quelle est votre plus grande fierté depuis que vous êtes arrivé chez BNP Paribas ? 

Récemment, nous avons mis en place une plateforme qui permet de créer des chatbots de façon industrielle, c’est-à-dire de manière rapide et à bas coût, pour toute équipe souhaitant automatiser son processus de réponse aux questions fréquentes d’autres collaborateurs internes. Il y a quelques semaines, nous avons fait la promotion de cette solution sur notre intranet, et plus de 50 équipes dans le monde nous ont contacté pour nous dire qu’elles étaient intéressées par ce service ! La plupart sont de petites entités qui reçoivent des demandes internes récurrentes, mais qui n’ont ni les moyens ni les ressources informatiques pour développer des outils sophistiqués de réponse automatique. Nous les aidons à créer un chatbot sur-mesure, qui répond à leurs besoins spécifiques. Je suis très fier de pouvoir les aider de façon concrète, efficace et rapide. 

Le mot de la fin : quel est votre prochain grand défi IA ?

Un défi IA me tient particulièrement à cœur : celui de contribuer à des composants open-source existants et d’en proposer de nouveaux, développés par BNP Paribas. Aujourd’hui, nous récupérons librement des outils open-source publiés par la communauté, que nous utilisons pour développer nos solutions. En échange, nous souhaitons, nous aussi, mettre certains de nos composants en libre accès. En plus de faire preuve d’ouverture d’esprit, cette démarche permettra d’inscrire BNP Paribas en tant que leader dans le domaine de l’IA. J’espère que nous pourrons concrétiser cela dans les prochains mois.

Bonus

Comment expliqueriez-vous ce que vous faites à des enfants ? 

Je dirais que je suis comme un maître d’école. Mon rôle est d’enseigner à des ordinateurs à réaliser des opérations actuellement réservées aux êtres humains. Je leur apprends, par exemple, à reconnaître une image, lire et comprendre un texte, ou encore répondre à une question. En fait, le Lab c’est un peu l’école primaire (ou l’école maternelle !) de l’IA !  

Votre morning routine quand vous arrivez au bureau ? 

Elle se déroule en trois temps. D’abord, je choisis un bureau avec la meilleure vue sur l’extérieur, car il est très important pour moi de voir un bout de nature lorsque je travaille. Ensuite je prends un café et, une fois bien réveillé, je fais le point avec mes collègues.  

Sandwich ou cantine ? 

J’aime beaucoup aller à la cantine, je trouve le rapport qualité prix tout simplement extraordinaire ! Si vous en avez l’occasion, je vous recommande d’aller y faire un tour... 

Bureau perso ou open-space ? 

Tout dépend. J’occupe mon bureau perso lorsque je fais du télétravail. Mais quand je suis dans les locaux, je m’installe dans l’open-space et je profite de la liberté offerte par le flex office pour choisir un bureau « avec vue » ; soit sur les moutons dans le pré, soit sur les canards dans le canal. 

Crédit photo : header ©araraadt // ©metamorworks // ©kokotewan

A lire aussi

Toutes les actualités