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Les 5 périodes historiques du financement des entreprises en France

  • 18.06.2015

Qui a financé les entreprises en France au cours des deux derniers siècles ? Où les entrepreneurs français ont-ils trouvé les fonds nécessaires pour créer ou développer leur activité ? Il n’y a bien sûr pas de réponse unique mais une évolution constante qui articule banques et marchés financiers. Le point en cinq périodes caractéristiques.

Vers 1850 : l’esquisse de la banque et du marché financier modernes

Le tissu industriel est alors dominé par de petites entreprises aux besoins d’investissement limités, travaillant avec des fonds privés. Les banques se livrent surtout au crédit à court terme et au négoce des emprunts publics. Mais la naissance des premières grandes entreprises – canaux, chemins de fer, métallurgie… – entraîne la naissance, entre 1836 et 1852, des premières grandes banques d’investissement (Laffitte, Crédit mobilier) tandis que le marché financier accueille les émissions d’actions des grands projets ferroviaires.

Début XXᵉ siècle : l’apogée du financement de marché

Une nouvelle répartition des rôles s’impose entre les grandes banques, créées depuis les années 1860, et le marché financier. Les banques de dépôts, par souci de liquidité, se spécialisent dans le crédit à court terme, les banques d’affaires prennent des participations dans le capital : les deux vendent aux particuliers des titres financiers des entreprises qu’elles ont introduites en bourse (marché primaire). Le marché assure la cotation (marché secondaire).

De la 1ère Guerre Mondiale aux années 1960 : déclin des marchés et essor de la banque publique

La première guerre mondiale entraîne l’essor du financement administré des industries de guerre et une forte poussée inflationniste. Le déclin des marchés financiers se prolonge au fil des crises des années 1930-1945 : aussi le financement des investissements des entreprises doit être pris en charge par les banques et des institutions publiques. La monnaie émise par la Banque de France sert à refinancer à court terme les banques publiques et privées, qui prêtent à moyen et long terme aux entreprises.financement des entreprises

1960-1984 : le retour progressif des marchés

Les dangers de ce financement à base monétaire apparaissent au début des années 1960 : inflation, entreprises sans fonds propres. Pour dynamiser l’investissement, on instaure plus de concurrence entre les banques. L’essor du marché monétaire permet aux banques de limiter leur recours à la Banque de France. Enfin, grâce à de nouvelles incitations comme les SICAV, les entreprises et les épargnants retrouvent le chemin de la Bourse, qui s’ouvre aux moyennes capitalisations avec la création du second marché en 1983. 

Aujourd’hui : le retour de la complémentarité entre banques et marchés ?

Parce qu’elles disposent à la fois de l’accès aux entreprises, aux épargnants et aux marchés financiers, les banques de dépôts, devenues banques universelles, sortent bénéficiaires de ces transformations. Mais l’interpénétration des banques et des marchés entraîne une dilution des risques ; la crise de 2007-2010 conduit à une meilleure complémentarité, les banques s’appuyant notamment sur leurs capacités de conseil et leur proximité avec les clients tandis que les marchés financiers restent chargés du financement ultime.

Depuis 2010, le financement participatif ("crowdfunding") émerge : grâce à des plates-formes digitales, il permet à chaque citoyen d’être investisseur, même avec des sommes minimes. Les banques deviennent partenaires de ces différents organismes de financement collectif, pour les fortifier ou bien pour accompagner le développement des jeunes pousses.