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Portrait d’intrapreneur : Richard Jones, l’homme qui disruptait l’intrapreneuriat

  • Mathilde Cristiani Copywriter & storyteller
  • Paris
  • 30.11.2017

Depuis septembre 2014, le People’s LAB encourage les collaborateurs qui ont une idée innovante à la transformer en produit ou service intégré aux activités du Groupe. Un moyen de devenir acteur de l’avenir de son entreprise et de créer de nouveaux modes de travail en interne. Nouveau volet d’une série de portraits consacrée à ces collaborateurs entrepreneurs.

L’intrapreneur du jour, c’est Richard Jones. Enfin, si l’on peut encore l’appeler intrapreneur, car le responsable produit s’apprête à lancer sous forme de spin-off MyFundMatch, son service de mise en relation entre gestionnaires d’actifs, investisseurs et experts financiers. En clair, son produit pourrait devenir le LinkedIn des fonds financiers. Alors intrapreneur ? Entrepreneur ? Et si cela n’avait pas d’importance ? Rencontre. 

Une personnalité passionnée.

Une rencontre qui se fera par téléphone. Car depuis qu’il s’est lancé dans l’aventure en intégrant le People’s LAB en 2015, l’intrapreneur vit entre le Luxembourg et Paris, toujours entre deux trains et deux rendez-vous. Autant dire que pour mener son projet à bien, il lui aura fallu foi et énergie ! « C’est vrai que j’ai une personnalité assez passionnée, avec la capacité à m’investir à fond dans ce que je fais ». Il suffit de regarder son parcours pour s’en rendre compte. 

Le belgo-français commence ainsi des études de sciences physiques, dans lesquelles il ne se reconnaît pas. Il se réoriente alors en économie, à l’université de Liège. « J’ai choisi cette voie en profitant d’opportunités qui se sont créées. Je me suis ensuite passionné pour les fonds d’investissement ». En plus d’une association d’étudiants qui organise des voyages avec des activités d’aventures, il crée un club pour apprendre à investir en Bourse. « Il y avait un aspect pédagogique, avec la mise réelle de sommes d’argent issues de nos cotisations ». Après une première expérience, il entre chez Paribas juste avant que la banque ne soit filialisée BNP Paribas Securities Services. 

“ C’est vrai que j’ai une personnalité assez passionnée, avec la capacité à m’investir à fond dans ce que je fais ”

Richard Jones

Intrapreneur

Du chef de produits à l’intrapreneur.

« Mon travail consistait à construire et packager des produits permettant à des groupes de gestion d’actifs comme Aberdeen ou Carmignac de vendre leurs fonds d’investissement à des tiers ». 

Un poste qui lui permet d’identifier certaines problématiques dans la mise en relation et la communication entre les différentes parties. « C’est ainsi que j’ai eu l’idée de MyFundMatch, qui facilite les relations entre les acheteurs de fonds et les vendeurs, et fluidifie de nombreuses étapes (suivi du produit dans lequel ils ont investi, obligation de respecter certaines due diligence…) ». Le but n’étant pas de gérer les accords sur la plateforme, mais de fluidifier les parties pré et après vente. « Le service permet de créer une relation, de la confiance, entre les parties ». 

C’est ainsi que j’ai eu l’idée de MyFundMatch, qui facilite les relations entre les acheteurs de fonds et les vendeurs, et fluidifie de nombreuses étapes

Eviter les conflits d’intérêt. 

Son projet était déjà bien défini quand il intègre en 2015 la première promotion du People’s LAB, l’accélérateur d’intrapreneurs de BNP Paribas. « J’ai eu la chance d’avoir cette idée au moment où le People’s LAB se créait », souligne-t-il. 

Au départ, il visualise son service sous forme d’une application. « L’accélérateur m’a permis de structurer mon approche, de m’approprier vraiment mon projet et de mettre en évidence les facteurs de réussite ». Notamment en lui permettant de co-concevoir son produit avec des clients. Pourquoi en parler ? Parce que cette étape est fondamentale. 

En effet, immédiatement, un point ressort : l’idée était perçue comme bonne, mais une partie importante des clients interrogés indique craindre de se retrouver en conflit d’intérêt avec BNP Paribas. « D’où l’idée assez rapidement de créer une spin-off, qui permettait d’éviter cette notion de conflit d’intérêt mais aussi de créer un produit qui ne soit pas soumis à la réglementation bancaire. Et donc d’être agile ». Aujourd’hui, l’entité créée reste dans un premier temps une filiale à 100% de BNP Paribas Securities Services. « Si le produit se développe selon nos perspectives, nous souhaitons l’ouvrir aux investisseurs. Mais il est difficile aujourd’hui de se prononcer sur le développement du service dans 18 mois ».

Endurance et ténacité. 

Pour mener son projet de l’idée d’une application au lancement de son entreprise, il lui aura fallu endurance et ténacité. Ça tombe bien, l’homme est un amoureux de la compétition, des défis. « Je pratique la voile depuis très longtemps, j’ai fait de nombreuses compétitions, comme des courses en Méditerranée. Aujourd’hui je me lance plutôt dans des challenges comme des trails ».

Cette pugnacité lui permet de lever un à un tous les freins, opérationnels, techniques, humains. Et de transformer un projet de nouveau service innovant, basé sur de la data et non sur un produit, en un nouveau métier dédié. Le tout, au sein d’une banque, où les contraintes de sécurité sont fortes. « Il a fallu – et il faut encore – rassurer. Je l’ai fait car je suis convaincu d’avoir raison, que mon service va fonctionner ». C’est pourquoi il a inlassablement répondu aux questions, rencontré les représentants des métiers, des entités. « J’ai une bonne connaissance du Groupe. Cela m’a permis de comprendre les règles à suivre pour expliquer, démontrer la viabilité de mon projet et comment adapter ces règles aux besoins de mon produit ». Un cheminement qui, indique-t-il, aura été plus complexe que l’idée en elle-même et sa mise en œuvre. « Concrètement, cela fait deux ans que je travaille à fond sur mon projet, pour aboutir seulement maintenant à la création des statuts de la société MyFundMatch! ».

Travailler en équipe.

Deux ans de lobby interne, d’évangélisation, donc. Comme dans les sports qu’il pratique, il souligne que la réussite tient également beaucoup à la capacité à travailler en équipe.

L’intrapreneur doit composer avec son entreprise. Il doit mobiliser, convaincre en interne, composer avec des modes de fonctionnement déjà définis

« J’ai eu la chance de profiter d’un fort soutien en interne. Une dizaine de collaborateurs a été impliquée sur le projet, au sein des labs internes, des fonctions, de la technique, des services commerciaux ». Il évoque aussi le rôle important de son manager, Jean Devandez, avec qui la collaboration a si bien fonctionné qu’il est devenu aujourd’hui président de MyFundMatch. « C’est peut-être là une différence entre l’entrepreneur et l’intrapreneur. L’entrepreneur est seul avec lui-même, il doit faire avancer son navire. L’intrapreneur doit lui composer avec son entreprise. Il doit mobiliser, convaincre en interne, composer avec des modes de fonctionnement déjà définis ». 

Un intrapreneur qui pourrait devenir entrepreneur.

Quoi qu’il en soit, avec ce projet, l’homme aura presque « disrupté », pourrait-on dire, le monde de l’intrapreneuriat qui commence encore à peine à se déployer en entreprise. Mais, rappelle-t-il, l’important n’est pas tant dans la forme que dans le fond. Car le point crucial est là : cette aventure lui aura appris à travailler de façon complètement différente. « Je serai peut-être toujours un intrapreneur au sens formel du terme, qui travaillera à mon produit pour le groupe. Mais quoi que je sois, intra- ou entre-, ce qui est sûr c’est que même si mon initiative ne devait pas aboutir, je serai tenté d’en lancer une nouvelle, en mode agile ». 

Une expérience qui fait bouger les lignes.

Ces initiatives changent l’individu, c’est indiscutable. Mais aussi l’organisation qui les soutient. En validant par l’exemple l’utilité des structures internes qui fonctionnent elles-aussi en mode agile : l’intrapreneur a bénéficié des ressources du People’s LAB pour éprouver son idée. 

Puis des services de L’Atelier Design Factory, de L’Atelier BNP Paribas, pour travailler sur l’approche utilisateur. Il bénéficie encore aujourd’hui des services de L’Atelier qui le conseille à différents niveaux. Son histoire fait aussi bouger les lignes des ressources humaines qui se retrouvent aujourd’hui confrontées à la prise en compte de ce nouveau statut hybride entre le salarié et l’entrepreneur. « C’est sûr que notre expérience soulève de nouvelles problématiques de gestion des ressources humaines ». L’impact est aussi notable en externe. 

Un exemple ? Pour optimiser la collecte de données pour son service, il a approché une jeune société devenue coup de cœur de L’Atelier BNP Paribas, et qui travaille désormais avec BGL BNP Paribas, une entité de la Banque. « En créant une start-up interne, on s’ouvre encore plus aux start-up externes également. C’est peut-être le meilleur moyen d’infuser et de diffuser l’innovation ! ».

En créant une start-up interne, on s’ouvre aux start-up externes. C’est peut-être le meilleur moyen d’infuser et de diffuser l’innovation !

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