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Portrait d’intrapreneur : Emmanuelle Fenard, l’intrapreneuriat en évidence

  • Mathilde Cristiani Copywriter & storyteller
  • Paris
  • 16.05.2018

Depuis 2014, le People’s LAB encourage les collaborateurs qui ont une idée innovante à la transformer en produit ou service intégré aux activités du Groupe. Aujourd’hui, le programme d’intrapreneuriat, ancré à la Direction de l’Engagement, va plus loin : il cible désormais les initiatives à impact positif sur la Banque ET sur la société. BNP Paribas lance une série de portraits consacrée à ces #Intrapreneurs4Good.

Créer une communauté entre entrepreneurs et personnes en situation de handicap pour faciliter leur quotidien et favoriser leur inclusion dans la société. C’est le projet que porte Emmanuelle Fenard, directrice marketing chez BNP Paribas Cardif et qui partage désormais son emploi du temps entre son activité et le programme d’intrapreneuriat. Le mot partage n’est peut-être pas le plus approprié. Pour cette passionnée, il s’agit de prototyper un programme mais presque d’être elle-même un prototype : sa réussite résidera dans sa capacité à entraîner ses équipes à suivre son exemple. Portrait d’une femme pour qui l’esprit intrapreneurial réside dans le leadership.

Une nature d’entrepreneure

Pousser les murs, explorer, expérimenter. S’il n’y a pas de recette miracle pour entreprendre ou intraprendre, il y a néanmoins une attitude, une volonté d’être dans l’action, d’essayer. Pour Emmanuelle, il semble que cet état d’esprit soit naturel. « Je suis transverse de nature, je suis une passionnée. J’aime connecter les choses, les individus. J’ai cela dans mon ADN », annonce-t-elle dès le début de notre échange, comme un prélude au déroulé de son parcours. Et c’est vrai que quand on regarde celui-ci, on ne peut que constater qu’elle a toujours eu à cœur de créer elle-même des opportunités pour réaliser ce qui lui plaît. Etudiante, elle intègre une école de commerce, avec la volonté de travailler dans les Ressources Humaines ou le Marketing. « Le marketing pour la créativité, les RH pour la dimension humaine et sociale ». Pendant son cursus, elle passe un an en Grande-Bretagne, dans le cadre du programme Erasmus. « J’étais la deuxième promotion. L’initiative était encore peu connue. J’ai dû convaincre mon entourage, porter le projet ».

Elle se lance ensuite dans le monde professionnel, avec une idée bien ancrée en tête : « il m’est nécessaire de faire un travail qui me plaît, d’avoir des projets, de me sentir exaltée, stimulée ». Sa première expérience la confronte à la réalité : elle intègre une enseigne de grande distribution, et manage une équipe constituée notamment de magasiniers et d’hôtes de caisse. « Dans ce poste, j’ai découvert des personnes pour qui le travail n’est qu’un moyen de subvenir à ses besoins ». Ce constat est instructif. Elle comprend qu’il faut en permanence écouter, s’adapter, aux situations et aux personnes. « Depuis, une de mes lignes de conduite est de faire travailler mes équipes aux postes où les personnes seront les plus épanouies et donc les plus efficaces », note-t-elle.

une de mes lignes de conduite est de faire travailler mes équipes aux postes où les personnes seront les plus épanouies et donc les plus efficaces.

Une démarche intrapreneuriale avant l’heure !

Elle entre chez BNP Paribas - alors uniquement BNP - dans les années 90. D’abord comme responsable d’un service marketing à Vélizy. Un poste décentralisé et opérationnel qui lui plaît, car elle peut y mener des projets expérimentaux : « J’ai monté avec deux collègues un projet de démarchage de clients par téléphone, inédit à l’époque ». 

Cela fonctionne et se convertit en service de vente par téléphone. « Ce projet a contribué à prouver qu’on pouvait vendre des produits bancaires par téléphone », juge-t-elle. « On peut dire qu’il s’agissait de ma première expérience d’intrapreneuriat avec une démarche de Test and Learn ! ».

Une exploratrice interne

La suite de son parcours est dans cette même veine. Alors que pour beaucoup de femmes, la maternité marque encore trop souvent un frein dans la carrière, elle convertit ces étapes en opportunités. « Mes congés maternités ont plutôt été des accélérateurs de carrière, avec à chaque fois de nouveaux postes ». Elle découvre ainsi différents métiers de la Banque, comme la monétique aux débuts du paiement par carte : elle lance la carte Premier puis la carte Affaires, est détachée pendant 3 ans dans le cadre d’une co-entreprise avec Cofinoga pour lancer une carte co-brandée… Elle s’attelle également à développer les transactions multicanales, et fait du Lean Startup avant l’heure dans le cadre d’une expérience de plateau agile. « Il fallait travailler en temps contraint, avec des équipes multi-compétences, tout en démarchant les clients pour comprendre leurs besoins ». Toujours dans l’optique de tester de nouvelles façons de travailler, elle décide en 2004 de mener l’une des premières sessions de co-construction en Design Thinking avec des clients. « J’ai dû convaincre ma hiérarchie pour imposer ce mode de relation clients qui à l’époque était disruptif ».

Puis vient un poste de marketing stratégique chez Cetelem autour de l’image du crédit revolving à redorer. Elle accepte ensuite une mission plutôt internationale, où elle est chargée de transmettre des bonnes pratiques autour du marketing et de la mutualisation. En 2013, elle décide de partir à la découverte du secteur de l’assurance et pose ses amarres chez Cardif. Là encore elle s’attaque à une façon de travailler inédite à l’époque : l’innovation frugale, pour proposer des services mettant le client final au cœur de chaque projet. 

L’intrapreneuriat comme une évidence

L’intrapreneuriat semble du coup l’évolution naturelle de la carrière de la collaboratrice. Comme un nouveau champ d’exploration à défricher et expérimenter. « L’année dernière, nous avons créé une communauté de clients avec des personnes invalides, pour comprendre comment mieux les servir quand ils se retrouvent dans cette situation. Nous avions besoin de mieux cerner à quel moment il fallait débloquer des fonds, comment nous adapter à leur réalité, à la réalité d’une maladie évolutive. Ce sujet m’a passionnée. Mais je ne voyais pas encore comment aller plus loin ». Le déclencheur ? Sa rencontre avec l’incubateur d’économie sociale et solidaire, Rhonalpia

« On peut dire que cela a fait tilt, et m’a donné l’envie d’accélérer des projets qui pourraient aider des clients ». Les startups qui intégreront la communauté développeront des projets - fintech mais pas uniquement - dédiés aux personnes invalides et/ou en situation de handicap. « Nous leur permettrons de tester leurs services auprès de nos clients, qui pourront aussi s’ils le souhaitent investir dans ces projets ». 

La cohérence entre convictions personnelles et professionnelles

Cela nous permet de dégager du temps en toute liberté, nous ne sommes pas obligés de lutter pour cela et nous pouvons mettre toute notre énergie à notre projet.
Son intégration au sein du programme d’intrapreneuriat ne sonne dès lors pas comme une rupture, comme la découverte de nouveaux modes de collaboration, mais comme une continuité. 

« Je travaille comme cela depuis longtemps », confirme-t-elle. « Ce qui est nouveau, c’est que pour la première fois, je porte le projet directement, je ne suis pas que sponsor ». L’autre grand jalon, c’est le cadre protecteur d’un tel programme, et surtout l’aura de légitimité qu’il confère au porteur de projet. « Cela nous permet de dégager du temps en toute liberté, nous ne sommes pas obligés de lutter pour cela et nous pouvons mettre toute notre énergie à notre projet ».

Reste que pour elle, cette aventure concrétise un grand changement : la possibilité de faire converger convictions professionnelles et personnelles. « Cette expérience me permet de toucher d’encore plus près la dimension RSE », explique-t-elle. « Je suis impliquée depuis longtemps à titre personnel dans des initiatives liées au secteur social et solidaire. Je fais mon compost, j’achète local et écologique ». Mais ce pan de sa vie restait cantonné à la sphère personnelle. « Cette expérience est en train de changer mon approche et d’ancrer la RSE dans ma vie professionnelle ».

Quand être intrapreneure signifie surtout être aux commandes de sa vie

Se sent elle dès lors intrapreneure ? Non, plutôt actrice, décisionnaire de ses choix. « Si on veut que les choses nous correspondent, il faut être acteur, et ce dans toutes les sphères de sa vie. Pour mes enfants, je me suis ainsi beaucoup impliquée dans des associations de parents d’élèves. J’ai co-organisé des conférences sur l’apprentissage autrement, sur la communication non violente », poursuit-elle. Côté professionnel, elle a participé au réseau de femmes internes MixCity, « pour rappeler que les femmes progressent autant que les hommes en entreprises ». Elle s’est aussi engagée au bureau de l’Association des Cadres de Direction, pour créer une commission de la mixité. Avec un but, faire la preuve par l’exemple. « C’est d’ailleurs l’une de mes ambitions dans cette aventure de l’intrapreneuriat : sensibiliser mes équipes ». Ne dit-on pas que pour s’ancrer réellement, le changement doit venir du leadership ? « Ma valeur ajoutée est là, dans cette capacité à entraîner, à valoriser. Les changements arrivent par les gens ! ».

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