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Portrait d’intrapreneur : Catherine Wurth, l’intrapreneure qui fait rimer sens et finance

  • Mathilde Cristiani Copywriter & storyteller
  • Paris
  • 11.12.2018

Depuis 2014, le People’s LAB encourage les collaborateurs qui ont une idée innovante à la transformer en produit ou service intégré aux activités du Groupe. Aujourd’hui, le programme d’intrapreneuriat, rebaptisé People’sLab4Good, et ancré à la Direction de l’Engagement, va plus loin : il cible désormais les initiatives à impact positif sur la Banque ET sur la société. BNP Paribas lance une série de portraits consacrée à ces #Intrapreneurs4Good.

Lancer un compte d’épargne responsable qui permet au client de donner du sens à son argent ? Catherine Wurth, project leader RSE chez BGL BNP Paribas, la branche luxembourgeoise du Groupe BNP Paribas, a intégré en début d’année la première promotion du People’sLab4Good avec cette idée. Depuis, est né Finance4Good, un service qui propose de donner du sens à son épargne et de financer des entreprises à impact social et environnemental avec les intérêts de son épargne. Une communauté pour participer à des événements et d’accéder à du contenu sur l’impact complète ce dispositif.

Pour la jeune femme, ce projet était une évidence : celle d’aligner les attentes des clients avec ses convictions. Ce qu’elle a fait, avec tempérance et détermination. Si l’on devait jouer au jeu du portrait chinois, ce sont d’ailleurs ces attributs qui reviendraient pour qualifier la jeune Luxembourgeoise. Pendant tout son parcours au People’sLab4Good, elle a enchaîné les preuves de concept, fait la démonstration de la nécessité de lancer un produit d’épargne solidaire. Rencontre avec une intrapreneure habitée, qui avance depuis sa jeunesse avec une conviction : avoir un impact.

L’envie d’agir chevillée au corps

Car s’il y a une chose qui saute aux yeux, quand on regarde son parcours, c’est sa capacité à passer à l’action, à expérimenter. Et ce, depuis son plus jeune âge. « Adolescente, j’étais très engagée. J’avais créé une association pour financer la scolarisation de filles en Tanzanie et aux îles Comores », me confie-t-elle quand je lui demande quand lui est venue son envie d’agir. « Avec des amis nous avions aussi lancé une émission radio sur comment changer le monde, avec des portraits de prix Nobel ».

La suite de son parcours s’inscrit dans la même lancée. La jeune femme enchaîne les formations qui lui donneront les clés pour elle aussi changer le monde. « J’ai d’abord fait des études de Sciences politiques à Paris, puis un master de Development Studies à Londres ». Entre les deux, elle fait du volontariat au Tadjikistan dans une ONG. Une expérience qu’elle souhaitait absolument mener, malgré les inquiétudes de ses proches. « Au départ je voulais réaliser cela après mon baccalauréat, mais c’était difficile de convaincre mes parents. J’ai dû négocier avec eux pour partir après ma Licence ! C’est la première fois que j’ai été amenée à gérer un projet, avec des tâches et des missions bien précises, des enjeux ». Un dernier master de politiques publiques à Berlin plus tard, elle commence à travailler dans la capitale allemande pour une ONG qui aide les institutions publiques à embaucher plus de migrants dans des postes de leadership, par exemple dans le conseil. 

Parmi ses missions, elle doit aider l’organisation à trouver de nouveaux modèles économiques pour générer ses propres fonds et être moins dépendante des subventions publiques. Cette première expérience, qui combine bien commun et exigence de rentabilité, la convainc. C’est peut-être là qu’elle a un rôle à jouer ! La suite le confirme, et elle continue de dérouler le fil rouge de sa carrière avec la même évidence en intégrant Impact Hub Berlin, un réseau d’incubateurs sociaux.

« J’organisais des événements et réalisais leur communication sur les réseaux sociaux ». Et surtout, elle noue ses premiers contacts avec le monde de la finance : « nous hébergions plusieurs structures qui développaient des projets autour de l’impact investing. Parmi elles, il y avait Save to change, qui voulait développer un algorithme pour verser une partie de l’épargne des clients à des associations », explique-t-elle. L’initiative de cette startup, qui déclarera forfait, l’inspire. 

Une posture d’intrapreneure sans le savoir

À ce moment de sa carrière, la jeune femme fait un choix décisif. Pour avoir de l’impact, elle décide de s’investir au sein d’un grand groupe. « Après avoir évolué au sein de petites structures, j’étais très curieuse de rejoindre un secteur en pleine réinvention, de pouvoir contribuer au changement de fond d’une industrie ». Elle intègre alors BGL BNP Paribas, en charge du premier projet de microfinance, Microlux. C’est là que, sans mettre encore de mot sur le concept, la jeune femme fait ses premiers pas d’intrapreneure. Ou tout du moins en adopte l’état d’esprit. Elle est en effet en charge de tout le projet, autant au niveau juridique, qu’au recrutement, et au déploiement. « Je me souviens être allée chez le notaire pour faire signer les statuts ! », nous dit-elle amusée. « Je ne savais pas encore ce qu’était l’intrapreneuriat, mais quand j’y repense, j’ai dû faire avancer un projet en interne ».

La suite s’amorce comme une évidence. Elle comprend que pour ancrer la RSE dans les métiers, il faut proposer des initiatives concrètes, qui transforment chaque entité à sa base. « Cette idée de compte responsable a alors commencé à germer. J’ai échangé là-dessus avec mon équipe, mon manager. Quand j’ai vu l’appel à candidatures du People’sLab4Good, ce dernier m’a dit de foncer ».

Se sentir à sa place

Pour la Luxembourgeoise, qui pensait que cette formation serait uniquement un support pour développer son projet, c’est une révélation. « J’avais déjà entendu le mot « intrapreneur », et j’étais heureuse d’en découvrir les clés », note-t-elle. Avant d’ajouter : « mais je n’étais absolument pas consciente du fait que ce serait aussi intense, que l’expérience changerait ma vie et révèlerait autant ma fibre entrepreneuriale ». Et c’est peut-être maintenant que le programme d’accompagnement de 4 mois est fini qu’elle mesure sa nouvelle posture.

« Aujourd’hui, je me vis pleinement comme une intrapreneure », affirme ainsi la jeune femme, qui en mesure autant les avantages que les difficultés. « C’est très fatigant, il faut beaucoup d’énergie et de persévérance pour mener un projet. Il faut réussir à motiver en permanence des personnes autour de soi et qui peuvent actionner les bons leviers ». Reste que le constat pour elle est clair : elle se sent aujourd’hui complètement à sa place. « Ce projet me permet de concilier ce qui est important pour moi : mes convictions personnelles, ce que je fais depuis que je suis jeune, et mon envie de participer à la transformation de mon employeur ».

Evangéliser l’intrapreneuriat

L’objectif, désormais, pour la jeune femme, est tout d’abord de mener son projet jusqu’au bout. « C’est-à-dire gérer tous les détails techniques, qui sont moins excitants mais indispensables ». Elle aimerait ensuite développer une offre de produits responsables chez BGL BNP Paribas et pourquoi pas dans le Groupe. Le tout évidemment en mode intrapreneure. 

« Je me suis rendue compte que j’aimais être dans la création et le lancement d’idées, dans la détection de tendances et leur application pour la Banque ». L’autre grand défi, pour elle, est celui de la diffusion de l’esprit intrapreneur. « Je pense que l’intrapreneuriat est un bon moyen de retenir les jeunes talents, pour qui la carrière ne va souvent pas assez vite, mais qui a aussi besoin de se sentir utile, de participer au changement ». Pour la Luxembourgeoise, il est impérieux de multiplier les structures permettant d’accompagner et implémenter les bonnes idées en interne. « Je crois que nous avons aussi en tant qu’intrapreneur la mission d’acculturer. Il faut davantage embarquer les collaborateurs, et les convaincre de l’importance de travailler en transverse », souligne-t-elle. Avant de conclure : « pour pérenniser l’intrapreneuriat, nous aurons également besoin d’un vrai statut d’intrapreneur. Je suis prête à relever le défi ! »

Je pense que l’intrapreneuriat est un bon moyen de retenir les jeunes talents, pour qui la carrière ne va souvent pas assez vite, mais qui a aussi besoin de se sentir utile, de participer au changement.

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