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Roland-Garros - Svetlana Kuznetsova, celle qu'on n'attendait plus (AFP)

  • 08.06.2009
samedi 6 juin 2009 à 16:33

PARIS (AFP) - Cinq ans après son premier triomphe en Grand Chelem, la Russe Svetlana Kuznetsova a décroché samedi à Roland-Garros la victoire majeure qu'on n'attendait plus d'une joueuse longtemps considérée comme trop fragile pour maîtriser ses émotions dans les grands rendez-vous.

Mais c'est bien la Péterbougeoise de presque 24 ans qui a remporté la bataille des nerfs contre une autre grande anxieuse, Dinara Safina, passée une nouvelle fois à côté d'une finale bouclée en deux sets 6-4, 6-2 et 1h 14 min.

"Quand je suis entrée sur le terrain, je savais que ça allait bien se passer. J'ai été calme et je n'ai pensé qu'à mon tennis. C'était comme à l'US Open", a commenté Kuznetsova, faisant allusion à son sacre américain de 2004.

Après cette victoire surprise, obtenue à l'âge de 19 ans, elle a fait partie pratiquement sans interruption du Top 10, voire du Top 5, jusqu'à atteindre la deuxième place mondiale en 2007. Mais elle semblait condamnée à échouer aux portes de la consécration à cause de sa tendance à craquer dans les moments cruciaux.

Elle a ainsi perdu 14 de ses 20 finales lors des cinq dernières saisons, dont deux en Grand Chelem à Roland-Garros en 2006 et à l'US Open en 2007, à chaque fois contre la Belge Justine Henin.

Kuznetsova, deuxième joueuse de son pays à s'imposer à Paris après Anastasia Myskina en 2004, avait déjà montré de nets progrès dans la gestion du stress lors des tours précédents. Dominatrice sur le plan du tennis, elle avait failli flancher, avant de se reprendre, en quart de finale contre Serena Williams et en demie face à l'Australienne Samantha Stosur.

L'esprit libéré, Kuznetsova peut faire fructifier ses considérables atouts tennistiques. Puissante et très véloce, cette fille de champions cyclistes possède un coup droit percutant et très sûr, forgé à l'école espagnole du lift dans l'académie barcelonaise d'Emilio Sanchez (jusqu'à son retour à Moscou l'année dernière).
La Russe Svetlana Kuznetsova à Roland-Garros le 6 juin 2009

La Russe Svetlana Kuznetsova à Roland-Garros le 6 juin 2009 (Photo: Bertrand Guay / AFP)

C'est avec cette arme qu'elle a baladé Safina, dont les longues jambes sont restées tétanisées par l'angoisse (25 fautes provoquées dans le match).

Contrairement à sa rivale, la soeur cadette de Marat Safin, 23 ans, n'a pas avancé d'un pouce dans le domaine de la solidité mentale par rapport à ses deux finales majeures perdues en deux sets contre Ana Ivanovic l'an passé à Roland-Garros et tout récemment à l'Open d'Australie face à la cadette des Williams.

Tendue à l'extrême, elle n'a cessé de lancer des regards paniqués vers son clan. Comme un symbole, le match s'est terminé sur sa septième double faute.

Consciente de sa faillite, Safina a eu le plus grand mal à retenir ses larmes au moment de s'adresser au public. Et le fait de conserver sa première place mondiale n'est qu'une bien piètre consolation, tant la légitimité de ce statut est faible en l'absence de titre majeur.

La Moscovite était pourtant favorite après une série de seize victoires d'affilée, dont une, aisée (6-3, 6-2), sur la nouvelle championne de Roland-Garros en finale du tournoi de Rome début mai.

Un an après la Serbe Ana Ivanovic, Kuznetsova profite à son tour du flou qui règne dans le tennis féminin depuis la retraite d'Henin pour décrocher le gros lot.

Il n'est pas sûr qu'elle capitalise de la même façon dans le domaine extra-sportif car, à l'inverse d'une Maria Sharapova, elle ne fait pas la une des magazines de mode. Mais sa cote est au plus haut sur le circuit, où elle est appréciée pour son sens de l'humour et son naturel.

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