La banque d'un monde qui change

- «Paul-Henri, ce fut un match vraiment très intense…

- Ca a été un match compliqué. Après avoir eu deux balles de match dans le troisième set pour finalement le perdre, ce fut dur dans la tête. Mais j'ai eu le mérite de bien revenir à la fin du quatrième.



- Justement, comment avez-vous trouvé l'énergie pour revenir dans ce set ? Il y a notamment eu des balles de 4-1 contre vous…

- J'ai essayé d'être un peu plus relâché. J'avais beaucoup donné durant les trois premiers sets. J'essayais de récupérer un peu. Et quand je suis revenu dans le quatrième et que j'ai rebreaké, j'avais de nouveau un peu plus d'énergie. J'étais plus agressif et c'est ce qui m'a permis de gagner.



- Vous semblez extenué, mais on imagine que la satisfaction d'avoir gagné a pris le dessus sur la fatigue…

- C'est vrai que je suis fatigué. D'ailleurs, j'avais du mal à croire que j'avais gagné. Et j'étais d'autant plus content que j'ai eu beaucoup de balles de match avant de m'imposer.



- Avez-vous pensé à ce cinquième match contre Youzhny (NDLR : perdu en cinq sets 6-3 6-2 3-6 5-7 4-6), face à la Russie, lors de la finale 2002 ?

- Non pas du tout. A Bercy, je n'avais pas eu de balles de match. Là, j'en ai deux, mais j'ai quand même par la suite tenté ma chance. J'aurais pu peut-être venir au filet plus souvent mais il a bien ramené tous mes coups. Puis après, il a mieux joué.



- Avez-vous eu tout de même peur que ce match vous échappe ?

- Après la perte du troisième set, il a fallu tout recommencer, ce qui n'est jamais évident. Lui commençait à mieux jouer, à mieux servir, donc bien sûr, ce n'était pas gagné.



- A titre personnel, cela restera-t-il comme votre plus grand match de Coupe Davis ?

- Ce sont des sensations incroyables. Je pense même que quand j'ai gagné les deux tournois
sur le circuit principal (NDLR : Moscou et Lyon en 2002), je n'ai pas ressenti la même chose à la fin. C'est vraiment des sensations extraordinaires.



- Cette victoire a, en plus, lieu dans votre ville natale ?

- Oui, c'est vrai. En plus c'est chez moi, à Strasbourg. Rien de plus beau ne pouvait m'arriver.



- L'effusion de joie à la fin de la rencontre, rarement vue après un premier tour, est-elle liée au scénario de ce match ?

- Il y avait de la tension. Jouer la Suède au premier tour n'est jamais évident. Quand on fait une rencontre de Coupe Davis, pour nous, c'est une finale à chaque fois. On a tout donné. On était donc très contents à la fin.



- C'était votre troisième sélection et c'est la première fois que vous donnez la victoire à l'équipe. Que ressent-on dans cette situation ?

- D'abord, je suis content pour toute l'équipe. On s'est entraidés pendant dix jours. On mérite tous d'avoir gagné cette rencontre.



- Ce match s'est-il gagné sur l'attitude ?

- Je pense vraiment qu'en Coupe Davis, et durant toute l'année d'ailleurs, celui qui veut le plus gagner l'emporte souvent. C'est important d'être agressif et de montrer à l'autre que l'on a plus envie de gagner que lui. C'est ce qui fait la différence.




- Mais trouve-t-on plus facilement cette rage de vaincre en Coupe Davis ?

- Oui, sûrement. C'est une compétition à part, même si je ne devrais pas dire ça puisque ça devrait être comme ça toutes les semaines. Mais c'est vrai que c'est plus facile dans les grands rendez-vous, en Grand Chelem ou en Coupe Davis. Ce sont des objectifs un peu à part.



- Que cela vous fait-il d'être le héros du week-end ?

- Il est difficile de dire que je suis le héros. Hier, les garçons ont gagné le double et ont fait un très bon match. C'est le travail de toute une équipe. On s'est vraiment entraînés durement durant dix jours. On a fait des efforts avec tout le staff et je pense que l'on méritait de gagner cette rencontre.



- En attendant, vous devenez indispensable à cette équipe de France…
- Non, je ne pense pas. Tout le monde apporte quelque chose. Je suis seulement content d'avoir pu apporter ces deux points.



- Vous aviez eu un peu de mal à enchaîner après votre victoire sur Moya l'an dernier à Alicante. Avez-vous prévu un plan pour continuer à engranger des victoires ?

- Je n'ai pas beaucoup le temps de récupérer. Je rentre désormais directement à Indian Wells donc je vais sûrement partir demain. Je vais me reposer là-bas. Mais on est en début d'année et je pense vraiment que je peux faire de bonnes choses en ciblant bien mes tournois. J'espère que je vais continuer sur ma lancée.



- Cette rencontre peut-elle relancer individuellement les membres de l'équipe ?

- J'espère que ça va être un nouveau départ pour plusieurs d'entre nous. Pour Sébastien, même s'il a perdu ses deux matches, j'espère que cette rencontre va lui apporter et qu'il va reprendre confiance en lui. Pour « La Clé » (Arnaud Clément), qui a fait un énorme double, j'espère surtout que ça va le relancer. Pour moi, espérons que ce soit un nouveau départ.



- En quarts de finale, vous retrouverez donc la Russie et un certain Mikhail Youzhny ?

- Ca va être une rencontre très difficile. D'ici là, j'espère que tous les joueurs vont accumuler beaucoup de confiance dans les tournois. Sur le papier, on ne sera toujours pas favoris mais on a une chance. On a une belle équipe et un bel état d'esprit. A titre personnel, je n'aurai pas de soif de revanche mais je n'oublierai jamais ce match. C'était un grand moment, quelque chose d'incroyable. Chaque rencontre est différente et unique»


(entretien réalisé par le Service Information de la FFT)