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Ce qu’il faut retenir de la conférence « Quel avenir pour l’océan Austral ? »

  • 06.10.2016

Le 27 septembre 2016, Stéphane Blain a présenté la conférence « Quel avenir pour l’océan Austral ? » à l’Institut Océanographique de Paris. Retour sur les points principaux de cette présentation.


Dans le cadre du projet SOCLIM soutenu par la Fondation BNP Paribas autour de son programme Climate Initiative, une équipe de scientifiques dirigée par l’océanographe Stephane Blain, embarque le 6 octobre sur le Marion Dufresne, navire océanographique affrété par l’IPEV (Institut polaire français Paul-Emile Victor), pour une mission d’un mois sur l’océan Austral.


A l’occasion de cette expédition, la Fondation BNP Paribas a organisé le 27 septembre dernier une conférence sur le thème « Quel avenir pour l’océan Austral ? » présentée par Stéphane Blain, Professeur à l’UPMC et océanographe au Laboratoire d'Océanographie Microbienne (LOMIC), qui dirige la Mission Océan Austral, avec Sabrina Speich de l’ENS Paris et Hervé Claustre du Laboratoire d’Océanographie de Villefranche. Cette conférence était animée par Alain Labouze, responsable d’Universcience.tv.

La mission a pour objectif de collecter des données inédites sur l’océan Austral et de sensibiliser le grand public aux enjeux de la recherche scientifique.

Quel rôle pour l’océan Austral ?

A l’heure où les émissions de CO₂ sont en constante augmentation, la question de leur absorption dans notre atmosphère reste essentielle. Alors que la biosphère en absorbe une grande partie, l’océan tient aujourd’hui un rôle majeur dans le contrôle du climat

Afin d’étudier l’augmentation et le stockage du CO₂ dans les océans et le rôle de ces derniers dans le cycle du carbone atmosphérique, l’équipe de la mission SOCLIM, part étudier ces phénomènes en ayant pour objectif d’effectuer des prélèvements dans une zone géographique critique, l’océan Austral.

Battu par des vents violents et traversé par le courant le plus puissant de la planète (circumpolaire), l’océan Austral reste une zone peu connue du fait de son isolement.

Situé entre le 60e parallèle Sud et le continent Antarctique qu’il encercle, il occupe environ 20% de la surface totale de l’océan mondial et représente un passage essentiel par lequel les océans communiquent entre eux. Tout ce qui s’y passe se répercute sur l’ensemble des océans. Les processus biologiques et conditions hydrodynamiques qui les contrôlent présentent une grande variabilité spatiale et temporelle.

Puits et sources de CO2 dans l’océan.

40ÈME RUGISSANT ET 50ÈME HURLANT ?

Ce sont les noms donnés par les marins aux parallèles situés entre les 40° et 50° de latitude Sud. On les appelle ainsi à cause des vents qui y sévissent, les plus violents connus sur terre.

Yseult Berger, journaliste Science-Actualités.fr, qui accompagnera la Mission Océan Austral.

L’océan Austral, un puits de CO₂ ?

Cœur des océans, l’océan Austral joue un rôle crucial sur le changement climatique

Le CO₂ absorbé par l’océan est entraîné dans les eaux en profondeur. La pompe biologique ou cycle marin du carbone permet au phytoplancton son absorption, jusqu’à ce qu’il se dépose et soit stocké dans la couche sédimentaire.

Dans l'eau, des organismes photosynthétiques ont la capacité de transformer le CO₂ en carbone organique (particules). Ce carbone est en grande partie repassé sous forme de CO₂ notamment par les bactéries. Mais une petite partie arrive à s'échapper vers le fond par gravité. Le carbone qui arrive jusqu'à la couche sédimentaire y est stocké pour une très longue durée (plusieurs millions d’années).

Pompe biologique de carbone inefficace dans l'océan Austral.

“ La biosphère absorbe environ la moitié de ces 5 gigatonnes et les océans, l'autre moitié. Mais, à lui seul, l'océan Austral représente 50 % de la capacité d'absorption totale des cinq océans ”

Stéphane Blain

Source Les Echos

Pompe biologique

La pompe biologique ou « cycle marin du carbone » désigne le processus biologique d’absorption du carbone atmosphérique par les océans. Consommé en partie par le phytoplancton, le carbone est ensuite entraîné sous forme de déchets vers la couche sédimentaire. L’océan froid agit comme un puits pour le CO₂.

Que va faire l’océan Austral dans le futur ?

Afin de mesurer les processus à l’œuvre dans l’océan Austral, les scientifiques du projet SOCLIM, à bord du Marion Dufresne,  vont déployer une nouvelle génération d’instruments. Les données collectées leur permettront d’étudier :

  • les échanges de chaleur et de CO₂ entre l’atmosphère et l’océan ;
  • les mécanismes de stockage/séquestration du CO₂ dans l’océan ;
  • l’anomalie bio-optique constatée à la surface de l’océan Austral.

Quels instruments de mesure ?

Deux approches combinées vont permettre à la Mission de combler le manque d’information concernant la variabilité saisonnière de l’océan Austral. Ainsi, deux types d’instruments seront déployés pour effectuer des mesures inédites pendant plusieurs mois :

  1. Les flotteurs Bio-Argo : déployés dans la zone des 50e Hurlant, ces flotteurs collectent en direct des données via des mesures régulières (comme la température, les courants…). Ces données seront ensuite accessibles en temps réel via une interface de consultation accessible à la communauté internationale.
    Leur mission : obtenir une vision temporelle et spatiale des processus à l’œuvre.
  2. Les mouillages instrumentés : utilisés en océanographie, ils sont immergés et seront déployés au large de Kerguelen. Ces instruments permettront de prélever des échantillons de particules. Contrairement aux flotteurs Bio-Argo, les mouillages instrumentés devront être récupérés lors d’une 2ème campagne en 2017.

Flotteurs Bio-Argo et Mouillages instrumentés - (c) Stéphane Blain (LOMIC, UPMC/CNRS)

Quels sont les résultats attendus ?

Les prélèvements et mesures effectués devront permettre de décrire l’activité biologique à l’échelle de la saison et d’offrir aux publics intéressés une connaissance des impacts et enjeux des océans sur le changement climatique.

Mon océan & moi

www.monoceanetmoi.com

Retrouvez toutes les données collectées durant la mission océan Austral sur le site Mon océan & moi.

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