Quels sont les priorités, changements réglementaires et perspectives du marché des obligations durables selon les experts de BNP Paribas ?
- Malgré les incertitudes économiques et l’évolution de la réglementation, les émissions d’obligations durables restent soutenues, ce qui témoigne de la capacité du secteur à résister à la volatilité.
- Le marché poursuit son expansion au-delà des régions historiquement dominantes, avec une dynamique particulièrement soutenue en Amérique latine et en Asie-Pacifique, renforçant ainsi l’élan de croissance à l’échelle mondiale.
- Les cadres réglementaires, tels que la norme européenne sur les obligations vertes, favorisent l’émergence de nouvelles opportunités et orientent les pratiques des émetteurs, dans un contexte de clarification progressive.
- À mesure que le marché se consolide, il sera essentiel, pour assurer une croissance durable, de mettre davantage l’accent sur les infrastructures et les projets favorisant l’adaptation au changement climatique et le financement de la transition.
Comment le marché des obligations durables a-t-il évolué ?
Malgré les prévisions annonçant un ralentissement, le marché des obligations durables s’est révélé étonnamment solide en 2025. Les émissions mondiales d’obligations durables se sont établies à un peu moins de 890 milliards de dollars américains, soit une baisse modérée de 75 milliards de dollars par rapport à 2024, selon les données de BNP Paribas.
Agnès Gourc, Co-Responsable de Sustainable Capital Markets Solutions chez BNP Paribas, souligne : « Le marché anticipait une baisse plus marquée. » Cette résilience a été soutenue par une vague de refinancements liée aux premières générations d’obligations vertes arrivant à maturité, modifiant les dynamiques de réinvestissement au sein des fonds dédiés aux obligations vertes. Les obligations vertes ont continué de dominer le marché, en particulier en Europe, où un cadre réglementaire favorable soutient des niveaux d’émission robustes.
Les émetteurs du secteur public - États souverains, organismes supranationaux et agences - se sont distingués par une activité particulièrement soutenue en 2025, représentant plus de la moitié des volumes du marché.
La diversification géographique renforce la dynamique à l'échelle mondiale du marché
Selon Frédéric Zorzi, Global Head of Primary Markets chez BNP Paribas : « Les émetteurs SSA ont représenté plus de 50 % des volumes du marché des obligations durables en 2025, contribuant à maintenir la profondeur et la liquidité du marché malgré des périodes de volatilité. » L’Amérique latine s’est également démarquée, s’imposant comme une région de plus en plus active sur le marché des obligations durables. En 2025, la région a représenté 8 % des émissions mondiales d’obligations durables, contre 3 % en 2024, avec une performance particulièrement notable sur les thématiques des obligations « bleues » (financement de projets liés aux océans et aux ressources marines) et sociales. Cette diversification géographique a contribué à renforcer la dynamique de croissance à l’échelle mondiale du marché.
Qu’est-ce qui a changé pour les entreprises et les investisseurs ?
Les entreprises et les investisseurs doivent s’adapter à l’évolution des priorités et à l’augmentation des besoins en infrastructures. Franck Rizzoli, Co-Responsable de Sustainable Capital Markets Solutions, explique : « Les gestionnaires d’actifs comprennent les obligations vertes : leur fonctionnement, les normes qui les régissent et l’impact qu’elles génèrent. Cette facilité de compréhension facilite l’allocation entre les stratégies et la commercialisation auprès des investisseurs. » La transition climatique reste un thème majeur, alimenté par une demande hétérogène des investisseurs.
Le besoin croissant en infrastructures - notamment en centres de données, en réseaux énergétiques et en énergies renouvelables - a commencé à remodeler le marché. Rizzoli ajoute : « Les investisseurs à long terme, tels que les fonds de pension et les assureurs, reconnaissent que les dépenses à court terme peuvent déboucher sur une surperformance à long terme. » Le marché continue de manifester un intérêt croissant pour les obligations bleues, la place prépondérante de l’Amérique latine soulignant la diversification mondiale. Bien que les obligations bleues constituent encore un segment de niche, leur expansion progressive témoigne d’un appétit pour l’innovation au sein de la finance durable.
Comment l’évolution de la réglementation modifie-t-elle le marché ?
Les changements réglementaires ont rapidement influencé le comportement tant des émetteurs que des investisseurs. La norme européenne relative aux obligations vertes (EuGB - lien vers article en anglais) s’est rapidement imposée, avec l’émission de multiples tranches par des entreprises, des États, des organismes supranationaux, des agences et des institutions financières. Agnes Gourc fait remarquer :
« Les émetteurs avaient déjà accompli une grande partie du travail en démontrant leur alignement sur la taxonomie, ils étaient donc bien préparés. Cette réactivité a permis une adoption rapide et a mis en évidence le leadership des émetteurs. »
Les entreprises ont élargi leur utilisation des EuGB, passant des services publics aux infrastructures de transport, à l’immobilier et aux services financiers. Néanmoins, la règlementation est toujours en cours de clarification. Au-delà de l’Europe, des régions comme l’Asie-Pacifique adoptent le financement de la transition. Le Japon, par exemple, a mis en place des cadres avancés en matière de décarbonisation, qui encouragent les projets s’inscrivant dans les objectifs de zéro émission nette. En dehors du Japon, la croissance dépend de la capacité à susciter l’intérêt des investisseurs et à inciter les émetteurs à se tourner vers les titres liés à la transition énergétique.
« Les investissements d’Asie-Pacifique correspondent pleinement aux taxonomies dites “ambre”, c’est-à-dire couvrant des projets qui, sans être proches de la neutralité carbone, contribuent néanmoins aux trajectoires de transition vers le net zéro »
Quelles perspectives pour le marché des obligations durables en 2026 ?
L’année 2026 devrait être marquée par la croissance continue des obligations vertes, soutenues par des besoins d’investissement significatifs dans les infrastructures, notamment dans les domaines de l’intelligence artificielle et des énergies renouvelables. Cette vague d’investissement devrait avoir un impact en profondeur sur les solutions de financement ainsi que les volumes d’émission d’obligations durables. Frédéric Zorzi souligne : « Les besoins mondiaux en investissements d’infrastructure devraient atteindre plusieurs dizaines de milliers de milliards de dollars, dépassant largement les niveaux observés au cours des vingt dernières années. »
Dans ce contexte, des thématiques clés telles que l’adaptation au changement climatique, la résilience et le financement de la transition devraient gagner en importance, traduisant l’attention accrue portée aux risques physiques liés au climat ainsi qu’aux enjeux d’une transition juste et inclusive. Les obligations à impact (ou « outcome bonds »), dans lesquelles les investisseurs assument un risque lié à la performance sociale ou environnementale, pourraient connaître un regain d’activité, même le flux d’opérations demeure encore limité, spécifique à chaque transaction et en développement progressif. Pour les projets capables de générer des crédits, en particulier des crédits carbone, ce modèle de financement pourrait s’avérer révolutionnaire.
L’année 2026 pourrait être davantage marquée par une consolidation que par une innovation radicale. À mesure que les acteurs du marché continuent d’intégrer les risques et les opportunités liés au développement durable, l’importance de ces considérations devrait revenir au premier plan.
Conclusion
La résilience, la diversification mondiale et l’évolution de la réglementation ont caractérisé le marché des obligations durables au cours de l’année écoulée. Les émissions restent soutenues, les investisseurs sont toujours mobilisés et la réglementation est favorable, ouvrant la voie à la prochaine phase de développement du marché. Alors que l’attention se porte de plus en plus sur les projets d’infrastructure et de financement de la transition, la capacité du secteur à gérer les risques liés au développement durable et à générer un impact concret sera le facteur décisif pour pérenniser sa croissance.
Cet article a été traduit de l'anglais. Lien vers l'article d'origine: Sustainable bond market in 2026: A year for consolidation.
Environmental Finance récompense BNP Paribas pour ses obligations vertes d’entreprise et ses prêts durables
Environmental Finance, une publication de référence dans le domaine de la finance durable, a décerné à BNP Paribas deux prix lors des Sustainable Debt Awards 2026 :
- Prêteur durable de l’année – banque
- Chef de file de l’année, obligations vertes – entreprises – 2e année consécutive
Des clients de BNP Paribas également récompensés aux Environmental Finance Awards
Grâce à l’expertise reconnue de la Banque dans la mise en œuvre d’opérations innovantes, les clients suivants de BNP Paribas ont également été distingués par des nominations :
- Rapport d’impact de l’émetteur de l’année (Amériques) : Premier rapport annuel de la CABEI dans le cadre de son dispositif d’obligations durables, avec le soutien consultatif de BNP Paribas
- Obligation durable de l’année - niveau supranational : Corporación Andina de Fomento (CAF) - Obligation durable inaugurale de 1,5 milliard d’euros à 7 ans
- Obligation liée au développement durable de l’année - émetteurs souverains/SSA : République de Slovénie - Obligation liée au développement durable inaugurale à 10 ans
- Obligation verte de l’année - collectivités locales/municipalités : Distrito Capital de Bogota - Inaugural COP 2.30652tn Global COP Green Notes
- Obligation verte de l’année - niveau supranational : Banque européenne d’investissement - Obligation « Climate Awareness » conforme à la norme européenne sur les obligations vertes
- Prêt vert de l’année (Amérique du Nord) : Ternium Mexico - Premier prêt vert de 1,25 milliard de dollars
- Prêt lié au développement durable de l’année - entreprise (Amériques) : Suzano SLL avec un indicateur de performance clé (KPI) de restauration de la biodiversité
- Prix de l’innovation - structure d’obligation verte (EMEA) : Première obligation verte européenne du Royaume du Danemark
En décernant deux prix à BNP Paribas cette année, le jury d’Environmental Finance a souligné la performance et la réputation constantes de la banque, soulignant sa capacité à maintenir des normes élevées dans de nombreux domaines différents.