Le marché des centres de données en Asie-Pacifique : une croissance à grande échelle
Le marché des centres de données de la région Asie-Pacifique compte désormais parmi les plus dynamiques et les plus importants sur le plan stratégique à l’échelle mondiale. La capacité des centres de données dans la région devrait enregistrer un taux de croissance annuel de 16 % entre 2024 et 2030, sous l’effet conjugué de la demande croissante en matière d’intelligence artificielle, de l’adoption du cloud et de la numérisation (référence en anglais).
Le montant des investissements nécessaires est également considérable : il faudra rassembler environ 116 milliards de dollars au cours des cinq à sept prochaines années pour mener à bien les projets de centres de données (référence en anglais) en cours dans la région Asie-Pacifique.
Le besoin croissant pour des centres de données a entraîné une forte hausse de la demande des investisseurs
S’exprimant lors de la conférence « 2025 PFI Financing Energy Projects in Asia » à Singapour, Ramakrishna Pataballa, Head of Energy, Resources and Infrastructure pour l’Asie chez BNP Paribas, a souligné que les sociétés de Private Equity et les fonds d’infrastructure cherchent à faire fructifier leurs capitaux, sachant que les sociétés de crédit privé sont tout aussi désireuses de tirer parti des opportunités offertes par les centres de données. Cette croissance rapide a conduit à l’adoption de cadres réglementaires destinés à soutenir ce secteur dans plusieurs régions, ouvrant ainsi la voie à une accélération de la croissance.
Des défis environnementaux liés à la demande
Le développement le plus important est peut-être la convergence croissante des infrastructures numériques avec l’énergie. La croissance et l’activité économique générées par la numérisation entraînent des répercussions profondes sur l’environnement. Cela constitue un point crucial.
Les centres de données sont certes indispensables au bon fonctionnement de l’économie numérique, mais ils sont également très gourmands en énergie et en eau, ce qui alourdit leur empreinte carbone et ralentit la transition vers la décarbonisation des pays concernés. Identifier des moyens de rendre les centres de données plus écologiques est essentiel pour minimiser l’impact climatique. C’est pourquoi les gouvernements peuvent soutenir le développement des centres de données, mais avec prudence.
« Le développement le plus important est peut-être la convergence croissante des infrastructures numériques avec l’énergie. Les grandes entreprises technologiques, qui se sont fixé des objectifs climatiques ambitieux, dopent en effet l’approvisionnement en énergies renouvelables dont elles ont besoin pour leurs centres de données ».
Ramakrishna Pataballa, Head of Energy, Resources and Infrastructure, Asia, BNP Paribas
M. Pataballa cite la feuille de route pour les centres de données écologiques de Singapour (référence en anglais), dévoilée en mai 2024, comme exemple. Le pays vise à fournir 300 mégawatts de capacité supplémentaire pour les centres de données, ainsi qu’une capacité additionnelle si des énergies vertes sont utilisées, dans le but de concilier l’efficacité énergétique et la demande croissante:
« Ils parlent en termes de mégawatts, et non de gigawatts, ce qui témoigne d’une approche prudente face à l’expansion rapide des centres de données et à ses implications pour l’efficacité énergétique et la feuille de route écologique. La croissance du secteur est prometteuse, mais il est peu probable qu’elle suive une trajectoire linéaire. »
Le financement de la croissance des centres de données : un rôle clé pour les banques et les investisseurs
La puissance électrique est une chose. Le financement de la croissance des centres de données en est une autre. La capacité des banques à soutenir des opérations sur l’ensemble du spectre des capitaux, à tirer parti de leur expertise intersectorielle et à aider les promoteurs à établir un modèle économique pérenne sera essentielle pour dynamiser davantage le marché et créer de nouvelles opportunités commerciales, souligne M. Pataballa.
Des marchés tels que Singapour, les Philippines, le Vietnam et la Thaïlande s’imposent comme les prochains pôles mondiaux en matière de centres de données. Cependant, Shalen Shivpuri, Head of Real Assets, Apac, & Head of Energy, Resources and Infrastructure, APAC chez BNP Paribas, estime que les investisseurs devraient également s’intéresser de près au potentiel de l’Inde, aussi bien pour les centres de données que pour sa stratégie plus large en matière d’énergies renouvelables.
L’Inde mise sur une croissance durable
L’Inde a réalisé des progrès significatifs dans l’élargissement de son mix énergétique au-delà du pétrole et du gaz, avec l’intégration de l’énergie solaire et d’autres sources d’énergie propre. En 2024, 83 % des investissements dans le secteur de l’électricité ont été consacrés aux énergies propres.
Prenons l’exemple de Solar Energy Corp of India, qui a organisé cette année sa première vente aux enchères d’ammoniac issu d’énergies renouvelables (référence en anglais) , établissant ainsi un nouveau prix de référence pour le commerce mondial. Cette société a sélectionné sept producteurs pour fournir 724 000 tonnes par an de carburant propre, à un prix moyen pondéré d’environ 604 dollars la tonne, ce qui montre que les projets de grande envergure peuvent être réalisés à des coûts relativement bas en Inde, souligne M. Shivpuri. « En matière d’ammoniac propre, l’Inde sera le troisième pays le plus important après la Chine et les États-Unis », ajoute-t-il.
M. Shivpuri se montre tout aussi optimiste quant aux perspectives des centres de données en Inde. En matière de coûts de construction des centres de données et de coûts des services publics, l’Inde se positionne mieux que nombre de ses pairs et pourrait devenir un hub numérique de premier plan. « Il y a beaucoup d’espace foncier et d’énergie verte disponible, d’où la possibilité de construire un grand nombre de centres de données écologiques. C’est la période idéale pour les centres de données en Inde », déclare M. Shivpuri.
Un marché en roupies très concurrentiel
Pour les investisseurs qui souhaitent jouer un rôle actif dans le secteur des énergies renouvelables en Inde, il y a toutefois une condition : disposer de liquidités en roupies indiennes sera déterminant pour réussir.
M. Shivpuri indique que le marché en roupies devient très concurrentiel, les liquidités provenant non seulement des banques nationales, mais aussi de grandes institutions financières, de fonds communs de placement et de gestionnaires d’actifs. Il précise : « Si les banques internationales veulent jouer un rôle dans le secteur des infrastructures en Inde, il leur faudra disposer de capacités de financement en roupies indiennes. » Cette capacité sera également très utile sur d’autres marchés et pour d’autres catégories d’actifs.
L’éolien offshore en vue
Parmi l’ensemble des sources d’énergie renouvelables, l’éolien offshore (référence en anglais) reste un pilier essentiel en tant que technologie mature et éprouvée, et devrait connaître une croissance exponentielle sur les marchés de la région Asie-Pacifique au cours des cinq prochaines années. Taïwan est le plus grand marché de l’éolien offshore de la région Asie-Pacifique (hors Chine), avec 10 projets éoliens offshore réalisés à ce jour. La Corée du Sud, le Japon et les Philippines devraient suivre Taiwan de près au cours de la prochaine décennie.
« L’éolien offshore est un secteur qui nécessite davantage de liquidités que d’autres, et les projets de grande envergure peuvent être limités par les capacités du marché du financement en monnaie locale. »Pradeep Kejriwal, Director, Project Finance, APAC, BNP Paribas
Au Japon
Au Japon, par exemple, les coûts des projets ont considérablement augmenté depuis leur attribution en 2021 en raison de la dépréciation du yen. La rentabilité des promoteurs se trouve sous pression, sachant qu’une grande partie des coûts des projets est libellée dans une devise autre que le yen, et que les taux d’intérêt à long terme en yen sont à la hausse.
« En tant que conseillers, nous devons tirer parti de ces tendances et analyser les contraintes de liquidité sur différents marchés, en particulier pour l’éolien offshore, qui nécessite davantage de liquidités. »
Pradeep Kejriwal, Director, Project Finance, APAC chez BNP Paribas
Il ajoute que la plupart des initiatives significatives en matière d’éolien offshore ont eu lieu jusqu’à présent à Taïwan, où des projets ont franchi les étapes de la clôture financière, de la construction puis de l’exploitation, entraînant ainsi le développement d’une chaîne d’approvisionnement locale pour ces projets.
Taïwan
BNP Paribas soutient activement ce secteur à Taïwan depuis 2018, année où la banque a joué le rôle de conseiller pour la première opération éolienne offshore du pays. Depuis lors, l’équipe a vu le marché évoluer : autrefois dominé par les banques internationales, il dispose désormais de sources de liquidités variées, notamment des banques publiques taïwanaises et des compagnies d’assurance-vie, tout en continuant à bénéficier du soutien des agences de crédit à l’exportation et des banques internationales.
Ainsi, BNP Paribas a récemment joué le rôle de conseiller financier (référence en anglais) dans le cadre d’un financement de 3,1 milliards de dollars destiné à la construction d’un parc éolien offshore de 495 mégawatts au large des côtes de Taïwan. Cette opération, conclue en mars 2025, a bénéficié des engagements d’un groupe de 33 institutions financières, dont 27 prêteurs taïwanais et internationaux, et a également reçu le soutien de quatre agences de crédit à l’exportation ainsi que de l’administration nationale de garantie de crédit de Taïwan. « Cela témoigne de la résilience du marché taïwanais. Malgré les nombreux changements intervenus, les banques continuent de soutenir les opérations bien structurées et dirigées par des promoteurs expérimentés » , explique Kejriwal.
La valeur d'une expertise intersectorielle
La position des autorités de régulation, les réserves de liquidités et les conditions du marché continueront d’évoluer à mesure que le marché du financement énergétique de la région Asie-Pacifique se complexifie et prend de l’ampleur. Les conseillers et les établissements financiers tels que BNP Paribas - qui possèdent une expertise intersectorielle approfondie et un savoir-faire éprouvé en matière de structuration - resteront des interlocuteurs privilégiés pour les promoteurs de centres de données et les autres acteurs du secteur des énergies renouvelables à la recherche d’un accompagnement, de capitaux et d’une compréhension approfondie des tendances du marché.
Cet article a été traduit de l'anglais. Cliquer sur le lien suivant pour lire l'article d'origine : APAC energy financing trends: data centres, offshore wind and India in the spotlight.