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Capital privé : une nouvelle ère pour l’Europe ?

Publié Aujourd'hui

Lors d’une table ronde organisée par le métier Titres (Securities Services) de BNP Paribas, des experts seniors de sociétés de gestion (GP) représentant plus de 1 000 milliards de dollars d’actifs privés ont échangé sur la manière dont les gestionnaires innovent pour répondre à ces opportunités. Cet article revient sur les atouts de l'Europe en matière d'investissement, en particulier le Private Capital (capital privé), et ainsi souligne l’importance d’un accompagnement opérationnel solide pour atteindre l’échelle nécessaire.

5 points clés : le Private Capital à l'échelle pour investir en Europe

  1. Le rôle du Private Capital dans la croissance européenne. L’Europe a besoin d’investissements significatifs (5 % du PIB, selon le rapport Draghi 2024) pour renforcer sa compétitivité. Le capital privé, notamment dans les secteurs comme les infrastructures, l’IA ou les énergies renouvelables, est perçu comme un complément clé aux financements publics, avec un appel à une Union des marchés de capitaux plus intégrée.
  2. L’Europe, un pôle en croissance pour le crédit privé. Bien que les États-Unis dominent le marché du crédit privé, l’Europe gagne en attractivité grâce à son potentiel de diversification et à des fondamentaux solides (marges plus élevées, effet de levier moindre et conditions avantageuses pour les emprunteurs). Les investisseurs non européens y allouent plus de capitaux.
  3. Adaptations réglementaires et structurelles. Des initiatives comme ELTIF 2.0 (dont les actifs pourraient atteindre 100 milliards d’euros d’ici 2028) et les fonds « evergreen » (offrant une liquidité hybride) élargissent l’accès aux marchés privés. Ces évolutions visent à attirer aussi bien les investisseurs institutionnels que les particuliers, avec un encours potentiel de 4 400 milliards de dollars pour les fonds evergreen d’ici 2029.
  4. Défis opérationnels pour une croissance à l’échelle. Les sociétés de gestion (GPs) doivent renforcer leurs infrastructures—en combinant technologie, expertise locale et partenariats—pour gérer des fonds complexes, une réglementation fragmentée et les attentes des investisseurs. Les modèles d’externalisation et de co-sourcing sont présentés comme essentiels pour une gestion efficace.
  5. Une dynamique opportuniste, mais prudente. L’essor du capital privé en Europe reflète une convergence entre la demande des investisseurs, des conditions de marché favorables et des réformes structurelles. Son succès dépendra de la capacité des GPs à surmonter les complexités régionales et à saisir les opportunités au bon moment.

Le Private Capital, un acteur clé pour stimuler la compétitivité et la croissance en Europe

Le secteur du capital privé a un rôle majeur à jouer pour mener à bien les investissements indispensables pour que l’Europe renforce sa compétitivité et stimuler ainsi sa croissance.

Une Union des Marchés de Capitaux pour renforcer l’attractivité de l’Europe

Le rapport Draghi de 2024 sur la compétitivité européenne estime qu’un investissement équivalent à 5 % du PIB européen était nécessaire pour mettre en œuvre les mesures structurelles indispensables pour renforcer la croissance économique européenne.

La mobilisation à grande échelle de financements privés figurait parmi les principales recommandations du rapport pour libérer les capitaux d’investissement dont l’Europe a besoin.

Le rapport préconise la création d’une véritable union européenne des marchés des capitaux pour unifier les marchés financiers fragmentés, éliminer les points de friction réglementaires et accélérer le flux des capitaux privés vers le continent. En septembre, l’Investment Association britannique a également publié un rapport intitulé Foundations of Growth, expliquant comment l’Europe pouvait tirer parti des marchés privés pour assurer une croissance, une innovation et une résilience à long terme.

Des secteurs stratégiques porteurs pour le capital privé en Europe

Cette dynamique positionne l’Europe comme l’un des marchés les plus attractifs pour les investisseurs privés. De nouvelles opportunités se présentent, permettant aux marchés privés d’apporter un complément et de co-investir aux côtés des programmes d’investissement publics à long terme, dans des domaines stratégiques essentiels tels que la défense, les infrastructures, l’intelligence artificielle, la technologie et les énergies renouvelables.

L’Europe : un pôle pour le crédit privé mondial

Il est indéniable que l’Europe a été confrontée à des vents contraires en matière de croissance économique et de productivité. Cependant, au-delà des annonces macroéconomiques et face aux mutations du commerce mondial et des politiques tarifaires, l’Europe offre une base stable pour les investissements à long terme et une option intéressante pour la diversification des portefeuilles.

L’Europe, une base stable pour l’investissement à long terme

Le marché européen du crédit privé en est un bon exemple, les investisseurs mondiaux se tournant toujours davantage vers l’Europe pour élargir leurs allocations de crédit au-delà du marché américain. Les États-Unis ont dominé les allocations en dette privée au cours des 15 dernières années, avec un montant d’actifs sous gestion (AUM) environ deux fois supérieur à celui du marché européen.

Cependant, alors que le marché américain arrive à maturité, la forte croissance des levées de fonds s’est stabilisée dans la région et la concurrence sur le marché des transactions s’est intensifiée. Pour les gestionnaires (« LP » : Limited Partners) et les investisseurs, la suite logique a été d’étendre les programmes de dette privée à d’autres régions, entraînant une augmentation significative des collectes de fonds pour les fonds de crédit multirégionaux au cours des neuf premiers mois de 2025. Chez BNP Paribas, nous constatons une demande croissante de la part des LP non européens pour des investissements en Europe, les investisseurs tirant parti de cet optimisme grandissant.

« Outre l’attrait de l’Europe en matière de diversification, le marché européen du crédit privé bénéficie de fondamentaux d’investissement très favorables. »

Des fondamentaux d’investissement favorables dans le crédit privé européen

Le marché européen étant plus petit que le marché américain, et plus fragmenté d’un point de vue réglementaire et juridique, les gestionnaires de dette privée européens peuvent facturer leur capital à un prix plus élevé que leurs homologues américains, offrant ainsi une prime de rendement de 25 à 50 points de base par rapport aux équivalents américains. Les marges moyennes sur les opérations de prêt direct en Europe sont supérieures à celles des États-Unis depuis deux ans et les décotes d’émission initiales (OID) sont régulièrement supérieures d’un point à celles des opérations américaines comparables.

Les prêteurs européens ont pu garantir ces rendements sans prendre de crédits de moindre qualité. En Europe, les rachats par endettement affichent une couverture des taux d’intérêt plus élevée que sur le marché américain, généralement avec un effet de levier plus faible, des positions plus élevées dans la structure du capital et des clauses restrictives favorables aux emprunteurs. En outre, la dette privée européenne a une longue trajectoire de croissance devant elle, les prêts non bancaires en Europe et au Royaume-Uni s’élevant à 12 %, contre une pénétration du marché de 75 % aux États-Unis.

Un sentiment d’urgence : les investisseurs et les régulateurs s’adaptent pour répondre à la demande

Les investisseurs (« GP » : General Partners) et les régulateurs sont conscients de la demande croissante d’actifs européens de la part des investisseurs mondiaux. Ils adaptent en conséquence les cadres réglementaires et les structures d’investissement afin d’offrir aux nouveaux investisseurs un large éventail de possibilités pour déployer leur capital et répondre à leurs besoins spécifiques.

S’adapter pour répondre à la demande : cadres réglementaires et structures d’investissement

Le lancement d’une structure remaniée de fonds d’investissement européen à long terme (ELTIF), ELTIF 2.0, par exemple, a entraîné une augmentation significative de l’adoption des ELTIF, les acteurs de la dette privée ouvrant la voie. Le Parlement européen prévoit que d’ici 2028, les actifs des ELTIF pourraient atteindre 100 milliards d’euros, soutenant ainsi la croissance et l’accessibilité de la dette privée dans toute l’Europe.

L’augmentation du nombre de nouveaux fonds ELTIF s’inscrit dans le cadre de l’essor spectaculaire des structures de fonds couvrant l’ensemble du spectre de liquidité, qui comblent le fossé entre les fonds privés fermés traditionnels et les fonds ouverts destinés aux investisseurs particuliers. Ces fonds « evergreen » (référence en anglais) comprennent une gamme de véhicules semi-ouverts qui permettent aux investisseurs d’accéder à des actifs non liquides de marchés privés par le biais de structures offrant une certaine liquidité, généralement sur une base mensuelle ou trimestrielle, à un pourcentage fixe de la valeur liquidative.

Structures de fonds innovants : accès aux marchés privés

Initialement perçus par les gestionnaires de crédit privé comme un moyen de mobiliser le capital des investisseurs particuliers, les fonds evergreen gagnent aujourd’hui en popularité auprès des investisseurs institutionnels. Ces derniers apprécient la flexibilité qu’offrent ces structures pour gérer les flux de trésorerie, atténuer les effets de distorsion liés au « denominator effect » » et ajuster l’allocation d’actifs. Les demandes institutionnelles et non institutionnelles pourraient porter les actifs sous gestion des fonds evergreen à 4 400 milliards de dollars américains d’ici fin 2029, soit une hausse de 63 % (lien inactif)par rapport aux niveaux de 2024.

Investir dans les infrastructures et les capacités opérationnelles : poser les bases de la croissance

Les gestionnaires doivent trouver le bon équilibre pour investir entre ressources humaines et technologiques, capacités internes et externes, afin de pouvoir se développer sans augmenter leurs coûts d’exploitation et répondre aux demandes de leurs clients avec une gamme de fonds de plus en plus complexe. Dans une région fragmentée comme l’Europe, où les pratiques commerciales, les structures de distribution et les régimes réglementaires et fiscaux varient considérablement, l’expertise locale est essentielle

« Alors que les investisseurs mondiaux continuent d’étendre et de diversifier leurs allocations de capitaux privés en Europe, les GP devront s’assurer qu’ils disposent des infrastructures et des modèles opérationnels adéquats pour innover et monter en puissance. »

Parallèlement, la croissance de structures de plus en plus complexes nécessite une expertise hautement spécialisée et des plateformes numériques capables de produire de nouveaux types de rapports et gérer différents types de processus de souscription et de rachat. Des partenariats étroits avec des prestataires de services, que ce soit dans le cadre d’un modèle de co-sourcing ou d’externalisation, seront essentiels pour permettre aux GP de gérer efficacement leur liquidité et d’offrir un service client de haut niveau.

 L’Europe est-elle prête à prendre les devants ?

Dans le domaine du capital privé, le timing est primordial. Face à cette dynamique croissante en Europe, les gestionnaires doivent comprendre comment se positionne leur entreprise, quel sera l’impact sur leur stratégie et comment ils peuvent tirer le meilleur parti de cette opportunité. La sophistication croissante du capital, les conditions de marché favorables et la demande des investisseurs sont toutes alignées. C’est le moment de saisir cette opportunité.

Cet article a été traduit de l'anglais : Private capital: a new dawn for Europe?

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