La transition vers la croissance durable : un défi pour les start-ups européennes
Le secteur européen de l’innovation poursuit son expansion rapide, avec des pôles tels que Londres, Paris et Berlin qui se classent parmi les meilleures villes au monde pour les start-ups. Alors que la création d’entreprises s’accélère cependant, le continent reste à la traîne par rapport aux États-Unis, non seulement en termes de valeur globale des transactions, mais aussi de sa part dans la valeur de sortie totale générée sur le marché. De nombreuses jeunes entreprises européennes recherchent des investisseurs américains au moment de leur introduction en bourse sachant que ces derniers sont plus souvent en mesure de réaliser des transactions à grande échelle à ce stade de développement.
Encourager et investir dans les start-ups en Europe
Le financement de l'innovation et des scale-ups en Europe (tours de financement initial et de série A) continue d’augmenter régulièrement d’année en année. Cependant, les experts du secteur soulignent souvent l’existence d’un «creux de la vague» au stade de la montée en puissance. Au 30 septembre 2025, les levées de fonds moyennes des séries B et C atteignaient respectivement 30 millions et 50 millions de dollars américains, même si très peu d’entreprises parviennent à obtenir de tels montants à ce stade. Bien que l’Europe soit reconnue comme un environnement stable pour les créateurs d'entreprises, beaucoup continuent de se tourner vers les États-Unis. Attirer les investisseurs et les entrepreneurs reste un défi pour le continent, mais l’Union Européenne redouble d’efforts pour réduire cet écart.
Lors d’une récente réunion entre entreprises innovantes de l’écosystème organisée par BNP Paribas, Mike Hayes, directeur général chez Insight Partners, investisseur mondial du secteur des logiciels, a partagé son point de vue sur l’environnement actuel et discuté des évolutions du marché avec Marie-Gwenhaelle Geffroy, responsable Growth Capital & Solutions (GC&S), et Ygal El Harrar, responsable VC Coverage chez BNP Paribas CIB.
S’appuyant sur l’engagement opérationnel concret d’Insight Partners auprès des entreprises de son portefeuille et sur son réseau mondial d’entreprises, Mike Hayes a évoqué comment les fondateurs européens peuvent gérer la transition critique entre une croissance rapide à un stade précoce et la création d’entreprises durables qui redéfinissent leur catégorie.
Comment investir dans une entreprise innovante en Europe ? L'évolution des tendances :
Le capital total investi dans les entreprises innovantes européennes a considérablement augmenté au cours de la dernière décennie et, selon le rapport d’Atomico sur l’état de la technologie européenne en 2025 (lien vers site en anglais), devrait atteindre environ 44 milliards de dollars américains en 2025.
Le venture capital se tourne vers les technologies de pointe
Les investissements se déplacent du B2C et du commerce de détail vers le B2B et en particulier vers les technologies de pointe, qui représentaient à elles seules environ un tiers de l’activité de capital-risque (venture capital (VC)) en financement de l'innovation en 2025. Si l’Europe a produit plusieurs entreprises d'intelligence artificielle (IA) d’une valeur de plusieurs milliards de dollars et levé des milliards de dollars lors de tours de financement dans le domaine de l’IA, l’écart par rapport aux États-Unis est particulièrement visible dans ce domaine. Les experts du secteur soulignent que les solides capacités industrielles et les talents en ingénierie de l’Europe pourraient tirer parti de l’automatisation basée sur l’IA et renforcer une compétitivité internationale.
Selon Mike Hayes, l’intérêt des investisseurs pour le financement de l'innovation suit souvent la demande des entreprises. Il a constaté que, dans l’ensemble du réseau d’entreprises d’Insight Partners, les acheteurs vont au-delà de l’expérimentation et recherchent des solutions B2B qui utilisent l’IA pour s’attaquer aux tâches manuelles et chronophages qui sont au cœur de leur modèle d’activité. Il ajoute que les grandes entreprises doivent sortir de leur réserve et miser sur les couches de données, d’infrastructure et d’applications en vue d’obtenir un impact commercial manifeste ou encore apprendre de leurs erreurs et de tester rapidement une autre solution technologique de pointe.
Un écosystème de capital-risque (venture debt) en développement pour soutenir le financement de l'innovation européenne
Les entreprises recherchent des moyens innovants pour lever des capitaux par le biais de la diversification, en recherchant à la fois des fonds propres et des crédits, et en associant toujours davantage capitaux publics (EIC Accelerator / Horizon Europe , Bpifrance par exemples) et capitaux privés.
Le capital-risque est désormais reconnu par les fondateurs comme une option de financement efficace pour maintenir la liquidité et la flexibilité sans diluer le capital. Les créateurs d’entreprises se tournant de plus en plus vers ce moyen alternatif de financement entre les tours de table, les banques européennes et les institutions officielles renforcent leur soutien, ce qui a entraîné une augmentation des volumes de dette en capital-risque (« venture debt ») au cours de la dernière décennie. La venture debt devrait atteindre des niveaux records d’ici la fin 2025.
« Grâce à notre solution de venture debt, nous sommes en mesure de nous associer à des institutions officielles telles que le Fonds européen d’investissement (FEI) et de partager les risques lors du financement d’entreprises en croissance, ce qui nous permet de débloquer des capitaux plus importants pour ces entreprises que nous ne pourrions le faire seuls. Ce type de partenariat est essentiel pour canaliser les investissements privés et publics vers l’économie. » Marie-Gwenhaelle Geffroy, Head of GC&S, BNP Paribas CIB
Le rôle des institutions et des banques dans le développement de l'innovation européenne
Les institutions officielles jouent également un rôle dans le développement de l’innovation européenne. Ainsi, la Banque européenne d’investissement (BEI), par l’intermédiaire du Fonds européen d'investissement (FEI), soutient chaque année près de la moitié des start-ups européennes financées par capital-risque et a injecté des milliards dans les principaux fonds de capital-risque.
Au cours de la dernière décennie, l’écosystème européen du capital-risque s’est considérablement développé, tant en termes de nombre de fonds que de capitaux disponibles. Mike Hayes explique qu’Insight Partners investit à tous les stades de croissance, en accordant une attention particulière à la rétention brute et à la rétention nette comme indicateurs de la qualité à long terme de l’activité. Cette discipline, combinée à un engagement direct auprès des équipes de direction, reflète une évolution plus générale vers le soutien aux entreprises qui adoptent des modèles d’activité plus complexes et axés sur les résultats.
Au regard du paysage dynamique actuel du capital-risque, Ygal El Harrar, Head of VC Coverage au sein de l’équipe GC&S de BNP Paribas CIB, souligne :
« Les banques telles que BNP Paribas jouent un rôle crucial en facilitant pour les sociétés de capital-risque l’accès aux capitaux et au soutien nécessaires pour leur permettre d’aider les entreprises innovantes à se développer. En favorisant les partenariats stratégiques et en tirant parti de nos réseaux, nous contribuons à garantir aux fondateurs l’accès aux ressources nécessaires pour leur croissance. »
Mobiliser les fonds de pension pour stimuler l'innovation en Europe
Les fonds de pension constituent une autre source de capitaux. En Europe, malgré leurs actifs importants, ces investisseurs ne jouent qu’un rôle minime dans les investissements en capital-risque et apportent une contribution beaucoup plus faible au capital-investissement et au capital-risque que leurs homologues américains. Les experts du secteur estiment que l’augmentation des investissements des fonds de pension en Europe pourrait contribuer à combler le déficit de financement de cet écosystème, même si une adaptation de la réglementation et des incitations efficaces seraient nécessaires.
Marie-Gwenhaelle Geffroy souligne que la libération d'investissements plus importants de la part des fonds de pension dépendra de partenariats solides et de stratégies efficaces de déploiement des capitaux. Elle explique :
« Les fonds de pension doivent travailler avec les bons partenaires. Des gestionnaires d’actifs expérimentés et des partenaires bancaires de confiance peuvent aider à déployer efficacement les capitaux et soutenir le développement de cet écosystème financier. Notre expertise nous permet de déployer efficacement l’épargne et d’atténuer les risques liés au capital-risque, tout en nous concentrant sur les bons acteurs et les bonnes entreprises. »
Simplifier les réglementations et réduire la bureaucratie pour favoriser l’essor des entreprises innovantes européennes
Se développer en tenant compte de 27 cadres nationaux différents pose de nombreux problèmes, et tant les experts du secteur que le rapport Draghi plaident en faveur d’un marché des capitaux unique et unifié en Europe. Des propositions telles que le 28e régime, ou l'UE-INC, d'un système numérique unique d’enregistrement des sociétés pour tous les pays européens sont avancées, et les suggestions d’une bourse de cotation européenne unique, suscitent à la fois le soutien et l’opposition des dirigeants. Ces initiatives pourraient simplifier les réglementations et réduire la bureaucratie, rendant ainsi l’Europe plus attractive pour les entreprises, tout en réduisant les coûts et en favorisant un écosystème d’innovation dynamique.
Mike Hayes insiste sur l’importance de disposer d’écosystèmes mieux connectés pour accompagner les entreprises dans leur phase de commercialisation, en particulier celles situées en dehors des grands centres urbains ou ne bénéficiant pas d’un réseau de relations stratégiques/commerciales bien établies.
« La fragmentation peut être l’un des plus grands défis pour les fondateurs qui souhaitent se développer au-delà de leur marché national. Améliorer le fonctionnement des marchés signifie réduire les frictions entre les pays, les clients et les capitaux. »
Mike Hayes, Managing Director, Insight Partners
De tels changements pourraient être particulièrement bénéfiques pour le secteur des technologies de pointe, qui dépend d’investissements substantiels à un stade précoce et d’une approche plus tolérante au risque.
« Nous sommes à un tournant mondial pour les technologies, et l’Europe a l’opportunité de devenir un véritable leader en matière d’innovation, mais nous devons faciliter la création d’entreprises performantes et leur réussite.»
Marie-Gwenhaelle Geffroy, Head of Growth Capital & Solutions, BNP Paribas CIB
Catalyser la croissance des entreprises innovantes en Europe
Lorsque les entreprises entrent dans la phase de croissance, période critique et difficile, elles peuvent également bénéficier du soutien offert par les banques européennes. L’équipe Growth Capital & Solutions (GC&S) de BNP Paribas CIB joue un rôle central dans le soutien au développement d'entreprises innovantes européennes en croissance, en mettant à leur service son expertise en matière de conseil en capital, de financement structuré et de couverture locale. Travaillant main dans la main avec les membres de l’équipe de BNP Paribas Commercial, Personal Banking & Services (CPBS) dédiés aux entreprises innovantes, les experts GC&S sont présents dans tous les principaux pays européens, offrant ainsi le modèle intégré de BNP Paribas.
Qu’il s’agisse de spécialistes des technologies financières et des technologies d’assurance, d’anciens fondateurs et d’experts en financement, de data scientists ou de créateurs d’entreprises, leurs perspectives et leurs compétences variées permettent aux équipes d’offrir aux entreprises innovantes et aux investisseurs une approche sur mesure et une gamme complète de services, allant de l’évaluation et de l’analyse technologiques à des solutions de capital de croissance basées sur les données.
En mettant en relation les entreprises en phase de croissance avec des investisseurs et en proposant des solutions telles que la venture debt et des produits RCF dynamiques, GC&S aide les fondateurs et les investisseurs à naviguer à chaque étape du cycle de croissance, de la commercialisation et de l’expansion de l’offre à la gestion des risques et au développement international.
Ygal El Harrar indique que la réussite ne se résume pas seulement au capital : « Il s’agit de partenariats stratégiques, d’accès à des réseaux et de la création d’un environnement propice à l’innovation. Notre objectif est de mettre en relation les bonnes personnes, les bonnes compétences et les bonnes solutions afin d’aider les entreprises innovantes à se développer au-delà des frontières. »
Marie-Gwenhaelle Geffroy explique : « En capitalisant sur notre connaissance approfondie du marché et à notre réseau, nous aidons les entreprises européennes innovantes à accéder aux bonnes opportunités et à obtenir des résultats fructueux à l’échelle mondiale. »
Growth Capital & Solutions chez BNP Paribas CIB
Les experts spécialisés de l’équipe Growth Capital & Solutions s’engagent à fournir toute la gamme des solutions et de l’expertise de Corporate and Institutional Banking (CIB) aux scale-ups, telles que les entreprises à croissance rapide du secteur technologique, de technologies financières et de technologies climatiques, ainsi qu’à leurs investisseurs. Du soutien bancaire quotidien aux solutions de venture debt , en passant par l’accès aux capitaux privés, les introductions en bourse et bien plus encore, BNP Paribas s’engage à soutenir l’écosystème de l’innovation.
Cet article a été traduit de l'anglais: What’s next for innovative companies in Europe?