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InvaCost : Prévoir l’impact des insectes envahissants dans un monde plus chaud

  • 09.09.2015

Si l’Homme est responsable du dérèglement climatique en cours, il n’est pas le seul à en subir les conséquences. L’ensemble des organismes vivants doit faire face à une vitesse de réchauffement sans précédent. Alors que des espèces s’adaptent, en modifiant leur biologie ou en migrant vers des zones plus froides, d’autres ne parviennent pas à suivre le rythme des modifications en cours et voient leur population se réduire, voire s’éteindre.

Certaines espèces inquiètent particulièrement les scientifiques : les insectes nuisibles, ceux qui transmettent des maladies ou ravagent les productions agricoles. 

Va-t-on assister à une invasion massive de ces insectes au fur et à mesure que le thermomètre grimpe ? Quels seront leurs impacts économiques, sanitaires et écologiques d’ici plusieurs décennies ? Pour répondre à ces questions, une équipe de scientifiques de l’Université Paris Sud et du CNRS lance le projet INVACOST (Invasive Insects and Their Cost Following Climate Change). 

« Most wanted »

Première étape : dresser la liste des pires insectes, ceux qui occasionnent le plus de dégâts. Certains sont déjà assurés d’y figurer, comme le frelon asiatique qui dévore les abeilles, la fourmi de feu, qui entraîne des milliers d’hospitalisations chaque année et provoque de lourdes pertes de récoltes ou encore l’anophèle de Gambie qui transmet la malaria. Mais l’originalité du projet consiste à ne pas dresser cette liste sur les seules publications des chercheurs

« Nous souhaitons donner à ce projet une dimension participative, en proposant au public d’orienter nos recherches en fonction de leurs questions et de leurs remarques. Les personnes pourront par exemple choisir, parmi nos propositions, les insectes qu’elles jugent les plus importants à étudier et nous les intègrerons dans notre liste finale d’une vingtaine d’espèces », annonce Franck Courchamp. 

Modéliser leur répartition future

Seconde étape : établir des cartes de probabilités de distribution de ces insectes pour 2050, 2080 et 2100. Pour cela, il faut dans un premier temps lister les variables définissant au mieux la répartition pour chaque insecte. Une douzaine permet en général de définir précisément leur aire de répartition, parmi lesquelles les niveaux de précipitation, les températures extrêmes, mais aussi l’utilisation des sols ou la densité de population humaine. 

Reste ensuite à faire tourner plusieurs modèles climatiques, selon le scénario d’émission de CO2 le plus optimiste et le plus pessimiste du GIEC (le groupement d’experts intergouvernemental sur l’évolution du climat). Puis à y ajouter différents modèles statistiques d’extrapolation des données actuelles pour estimer la probabilité d’établissement des espèces envahissantes en fonction des variables présentes à chaque endroit étudié. 

Au total, pas moins de 120 modèles seront utilisés pour établir ces cartes de répartition futures ! 

« D’après nos études sur les fourmis, les évolutions de distribution diffèrent non seulement en fonction des espèces mais aussi dans le temps. Certains insectes envahiront dans un premier temps de nouveaux espaces, puis verront leur aire de distribution diminuer, et d’autres connaîtront des tendances opposées », anticipe Franck Courchamp.

D’après nos études sur les fourmis, les évolutions de distribution diffèrent non seulement en fonction des espèces mais aussi dans le temps.

Anticiper pour prévenir

Enfin, dernière étape : estimer les coûts futurs qu’engendreront ces insectes. Non seulement les coûts économiques, liés par exemple aux dégâts sur les cultures agricoles, mais aussi les coûts sanitaires, liés aux maladies transmises par ces espèces, et enfin les coûts écologiques, calculés en fonction de l’impact de ces insectes sur les autres espèces vivantes et les services rendus par la nature. 

« Nous nous sommes associés avec des économistes de l’environnement ainsi qu’avec des spécialistes des questions sanitaires afin d’élaborer ces estimations », détaille le chercheur.

Prévenir est toujours plus efficace et moins coûteux que guérir. Il s’agit donc, à partir de ces cartes de prévision des risques, de renforcer la surveillance des espèces qui auront été identifiées comme susceptibles d’envahir un nouveau territoire et d’y causer d’importants dégâts. 

“ Les insectes envahissants représentent un enjeu considérable pour l’agriculture et la santé. L’objectif d’Invacost est de permettre la mise en place d’une politique de contrôle ciblée qui puisse intervenir au plus tôt lorsqu’une invasion se produit ”

Franck Courchamp

Université Paris Sud

Invacost

invacost.fr

Un projet scientifique dont vous êtes le héros ! Qui n'a pas rêvé d'avoir une équipe de chercheurs dévouée à répondre à ses interrogations du quotidien?

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Crédit Photos : Yann Stofer (2015)

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