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La Fondation BNP Paribas publie un album consacré au Musée Léon Dierx (La Réunion)

  • 06.12.2001
Un regard actuel et haut en couleurs sur le premier Musée colonial né il y a un siècle sous le signe de l'art vivant

UNE INSTITUTION REUNIONNAISE EN PLEINE RENAISSANCE


"On oublie l'oeuvre. On la reprendra un jour, et, à travers ses beautés lentes, limpides et précises, on percera jusqu'au coeur et au cerveau de cet homme si particulier, en vérité unique par cette probité du rêve et du chant qui sans concession et sans mélange, sans même qu'il eût vent, n'a appartenu qu'à lui" écrivait André Fontainas à propos du poète Léon Dierx. Un poète qui côtoyait aussi les peintres de son temps et s'adonnait à la peinture. Le musée éponyme lui ressemble. À la fois discret et de premier plan, mélange de culture créole et métropolitaine, profondément original et résolument attaché à l'art de son temps. Grâce à l'album publié par la Fondation BNP Paribas, celui qui fut le premier musée colonial créé au début du XXe siècle au coeur de Saint-Denis de la Réunion dévoile pour la première fois son histoire et ses collections originales. Longtemps isolée sur son île, cette institution des Antipodes s'ouvre ainsi au plus grand nombre.


Fondé de toutes pièces en 1911 par un prix Goncourt, réunionnais et féru d'art moderne
Comme le poète dont il porte le nom, le musée est aussi né sous le double signe de l'art et de la littérature. Loin des schémas traditionnels, il est fondé ex nihilo grâce à la volonté de deux intellectuels, Georges Athénas et Aimé Merlo, réunis sous le pseudonyme littéraire de Marius-Ary Leblond (leur roman En France obtient le Prix Goncourt en 1909). Fiers d'appartenir "en plein océan Indien à la plus grande France", ils fréquentent les milieux littéraires parisiens, et davantage encore les artistes. Devenus des critiques d'art appréciés, désireux de faire comprendre et de transmettre à leurs compatriotes réunionnais leurs "impressions" artistiques, ils réalisent bientôt leur rêve : fonder le premier musée colonial français, institué depuis la métropole. Dès 1911, les collections sont constituées de toutes pièces, à partir d'une majorité de dons privés mais aussi de dépôts de l'État et d'acquisitions, et installées en 1912 à l'Evêché, "le plus bel immeuble de la ville" (l'actuel bâtiment est une reconstruction dont la façade est une copie de celle d'origine, témoignage de l'architecture coloniale du XIXe siècle). Si une section historique vouée à la culture, l'histoire et l'art créole et colonial se développe, la majorité des collections montrent dès l'origine des oeuvres d'artistes vivants. "Cet apport, peut-on lire dans l'album édité par la Fondation BNP Paribas, confère au Musée de la Réunion l'une de ses plus grandes originalités : celle de posséder outre-mer, au début du Xxe siècle, un fonds d' "art contemporain". " L'arrivée en 1947 de cent cinquante-sept oeuvres de la collection d'Ambroise Vollard confirme le musée dans sa vocation première, l'art moderne. Sous l'égide du Département de la Réunion, il n'a cessé de poursuivre l'enrichissement de son fonds initial et les conservateurs successifs apportent leur pierre à l'édifice : développement d'un programme scientifique, de restauration et de conservation, politique d'expansions, modernisation du centre de documentation...

L'album de BNP Paribas accompagne le regain du premier musée colonial
Avec des collections qui appartiennent au patrimoine, le musée Léon Dierx reste aujourd'hui au coeur la capitale de la "petite France de l'Océan Indien" une véritable institution Après trois mois de fermeture pour travaux, le fleuron de l'ancienne colonie réouvre ses portes le 6 décembre 2001 entièrement rénové et restructuré. "Nous avons redéfini les volumes, ajouté de la couleur, dans un plus grand respect de l'architecture traditionnelle réunionnaise ouverte à la circulation de l'air et de la lumière, basée sur la communication entre l'intérieur et l'extérieur" explique Laurence Le Cieux, nouveau conservateur du musée (auparavant en poste au musée Bossuet de Meaux). Tandis qu'il poursuit son dynamique programme de développement, la Fondation BNP Paribas vient de lui consacrer un album dans le cadre de sa collection Musées et Monuments de France.
Conjugaison d'illustrations habilement choisies (certaines oeuvres sont reproduites pour la première fois) et de textes rédigés par cinq auteurs, conservateurs et historiens d'art, cet ouvrage déroule un passionnant parcours à travers des collections originales, reflétant à la fois la culture créole, les mouvements artistiques du début du Xxe siècle et, fidèle à l'audace de ses débuts, l'art contemporain. "Le mérite de cet album est qu'il remonte pour la première fois toute l'histoire du musée depuis son origine en la restituant bien dans son contexte. Il montre aussi toute la partie historique à l'origine de la constitution du musée qui présente l'originalité, dès 1911, de s'orienter vers l'art contemporain. Ce fonds préalable qui comprend de nombreux artistes du XIXe siècle dont certains ont pratiqué à la Réunion comme Ferrand ou Roussin, a longtemps été occulté par le côté phare des collections Vollard", explique Laurence Le Cieux. Cet ouvrage paraît au moment où la réhabilitation et l'extension de ses espaces vont permettre au musée de conduire une nouvelle politique d'acquisition sous la houlette de L.Le Cieux. "Mon objectif est de travailler à la fois sur l'aspect patrimonial et sur le volet contemporain. En tant que grand musée de l'Océan Indien, nous nous devons en effet d'être le reflet de la création contemporaine, celle des îles et des pays voisins mais aussi celle de la Réunion, particulièrement intéressante au niveau de l'image sous toutes ses formes : vidéo, photographique, cinéma..." À l'heure où paraît le premier ouvrage consacré au musée Léon Dierx, tout est ainsi mis en oeuvre, comme le souligne en avant-propos J-L.Poudroux, Président du Conseil Général de la Réunion, pour que le musée s'affirme "davantage dans le paysage culturel réunionnais comme une institution de référence dans le domaine de l'histoire de l'art, tout en privilégiant une ouverture sur la création contemporaine."

Au coeur de l'album, le pilier du musée : la collection Vollard
À côté des collections historiques réunionnaises et d'un chapitre consacré à l'art contemporain, l'album montre et raconte les peintures du début du siècle conservées au musée. Issus de dons faits à l'époque de la fondation du musée par des collectionneurs, des intellectuels, les artistes eux-mêmes, la plupart amis des Leblond, elles nous conduisent du romantisme à l'impressionnisme et au néo-impressionnisme. Notre regard remonte au temps de la découverte de la modernité, et voyage sous le pinceau de Georges Michel (1763-1843), l'un des pionniers du paysage romantique, Paul Huet (1803-1869), considéré comme l'un des annonciateurs de l'impressionnisme, P.Signac, Kees van Dongen, M.de Vlaminck, J.W.Morrice, Georges François (né à la réunion en 1869) et Henri Le Sidaner (né à l'Ile Maurice en 1862)...

La collection de sculptures signées Antoine-Louis Barye, J-B.Carpeaux, A-J.Dalou, É-A.Bourdelle, qui présida le comité de soutien du musée, Rembrandt Bugatti, évoquent aussi les fondements de l'art moderne. La plupart des pièces maîtresses du musée proviennent de la collection Vollard, un ensemble de 157 oeuvres (des années 1870 aux années 1930) venues enrichir le fonds initial en 1947, un an après que l'île ne devienne département français.

Célèbre collectionneur et marchand d'art réunionnais éditeur et écrivain, Ambroise Vollard fut l'un des piliers du monde des Impressionnistes. Croqué par ses amis Cézanne, Roussel, Renoir, Bonnard, Picasso, et bien d'autres, ce marchand peu ordinaire a participé pleinement à l'un des plus importants tournants de l'histoire de l'art en France. Constituée de nombreuses oeuvres signées Cézanne (c'est lui qui en 1895 organisa la première exposition du peintre), Picasso, Renoir, Gauguin (l'un des premiers peintres achetés par Vollard. Le musée possède plusieurs pièces importantes de l'artiste, dont l'original émaillé du fameux masque Tête de sauvage), Rouault, Caillebotte, Vuillard, Odilon Redon, M.Denis, Chagall..., de sculptures et de gravures (Vollard a aussi contribué au développement de la gravure et de l'estampe, sa seconde passion), sa collection offre un panorama complet de l'évolution de la création artistique d'avant-garde occidentale à la fin du XIXe et au début du XXe siècles. Depuis 1999, cette collection voyage un peu partout dans le monde. Après avoir été présentée en Inde, à Singapour, à Paris (au musée d'Orsay), à Reims, elle réintègre sa "maison" où le public réunionnais va pouvoir enfin la redécouvrir. "Cela faisait presque cinquante ans qu'elle n'avait été exposée dans son intégralité" précise L.Le Cieux.

Les autres points forts : la culture réunionnaise et l'art contemporain
- Le patrimoine artistique de l'île : d'emblée, la Cathédrale de Saint-Denis restitue en couverture de l'album l'atmosphère qui baignait l'île au XIXe siècle sous la patte d'Antoine Louis Roussin.
Des diverses illustrations, tableaux et estampes de Paul et Virginie, le célèbre roman de Bernardin de Saint-Pierre datant de la période révolutionnaire jusqu'aux oeuvres d'artistes locaux (Adèle Ferrand, L.A. Roussin, A. Grimaud et A. Leroy) en passant par une grande diversité d'objets évoquant l'art de vivre créole (mobilier, épées d'honneur datant du siège de Madras et de Mahé, accessoires de mode du XIXe siècle, portraits de personnages illustres de la Réunion...), la collection historique du musée reconstitue "non sans une certaine nostalgie, le passé curieux et brillant de la colonie des XVIII et XIXe siècles.
- L'art contemporain : de 1991 à 1996 sous l'impulsion de François Cheval, une importante politique d'acquisition a permis de faire entrer au musée de nouvelles oeuvres (dessins, peintures, photos, installations, sculptures végétales, oeuvres vidéos...) d'artistes contemporains de toutes origines, Chinois, Africains, Afro-Américains, Antillais, originaires du Maghreb : D.Mach, B.Traylor, P.Knapp, Mohamed Elbaz, Ange Leccia, J-Ch.Blanc, Sarkis, J.Le Gac, S.Giroux, Yang Pei-Ming, Chen Zhen... sans oublier les Réunionnais A.Padeau, J.Beng Thi, G.Clain, Rivière. "Quand bien même quelques errements surgissent, conclut F.Cheval, ex-conservateur du musée et auteur du chapitre consacré à l'art contemporain, ces interventions culturelles contiennent en germe les nouvelles formes d'un art au-delà de la mondialisation, tout simplement universel : interrogations qui dépassent de beaucoup l'intérêt du seul musée Léon Dierx." Ce "dernier acte" reflète bien la personnalité originale du musée, qui s'est toujours inscrit, et continue de la faire, dans la modernité.
Press contact(s)
Musée Léon Dierx
28, rue de Paris - 97400 Saint-Denis de la Réunion
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