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Face aux menaces climatiques, peut-on encore sauver les îles du Pacifique ?

  • Camille Saurel Journaliste Usbek & Rica
  • Paris
  • 04.01.2018

Personne ne peut arrêter un ouragan, mais on pourrait largement limiter les dégâts. Tirant les leçons du passé, les hommes pourraient anticiper les catastrophes futures en agissant dès maintenant. C'est le message qu’a tenu à faire passer Alexandre Magnan, chercheur à l’IDDRI (Institut du développement durable et des relations internationales), lors d’une conférence à la Fondation BNP Paribas.

Dans la famille des fléaux du changement climatique, Alexandre Magnan trouve que certaines cartes sont presque rebattues. « Le réchauffement climatique n’est pas qu’une histoire de gaz à effet de serre ou de mer qui monte », s’agacerait presque le géographe et chercheur à l’Institut du développement durable et des relations internationales (IDDRI). 

Ce spécialiste des vulnérabilités des littoraux du Pacifique considère même que certains phénomènes du changement climatique sont largement sous-représentés : ceux des vulnérabilités liées au développement humain. « Le changement climatique va exacerber des pressions qui existent déjà, comme celle de l’occupation des sols, celles liées aux activités économiques… et qui dépendent avant tout du développement humain », expliquait-il ainsi lors d’une conférence au sein de la Fondation BNP Paribas, qui finance depuis 2010 des projets de recherche liés au changement climatique. Loin de baisser les bras face à ce constat, le géographe milite pour que chacun s’en saisisse et agisse.

Le changement climatique va exacerber des pressions qui existent déjà et qui dépendent avant tout du développement humain

Catastrophe pas si naturelle

L’exode rural a par exemple déjà commencé dans l’archipel de Kiribati (prononcez Kiribas). L’atoll capital de Tarawa subit déjà les effets d’une occupation parfois anarchique de l’espace liée à l’urbanisation accélérée. En quelques années, la concentration d’habitants au km2 est ainsi passée de 3000 habitants à 16 000. A titre indicatif, celle de Paris est de 20 000 habitants par km2. « Sur de petits espaces fragiles, de telles mutations commencent à vraiment compter, d’autant que les populations n’ont pas forcément les moyens de se prémunir contre la montée des eaux », explique le géographe.

Résultat ? Le développement en bordure littorale d’« ouvrages de défense» faits de bidons remplis de déchets ou d’amas de coraux non solidifiés par du ciment, faute de moyens financiers ou de connaissances techniques. « On voit bien ici que la vulnérabilité est avant tout une question humaine ! » note Alexandre Magnan, qui observe depuis déjà plusieurs années la transformation des îles paradisiaques liée au changement climatique. Injecter des sommes colossales pour construire de meilleures digues n’aurait pas plus de sens : comment s’assurer qu’elles soient entretenues sur le long terme si on ne forme pas les populations ? si on ne sensibilise pas les pouvoirs locaux ?

Prospective rétrospective

Pour éviter d’aller droit dans le mur et comprendre un phénomène multifactoriel, la prise de recul semble logique. Alexandre Magnan aime à penser que l’on peut sans doute tirer des leçons de l’histoire : « Certaines situations d’inégalités actuelles peuvent s’expliquer en remontant au milieu du XIXème siècle, où des missionnaires ont généré des bouleversements territoriaux radicaux, comme la centralisation urbaine –alors que les populations étaient éparpillées sur des atolls ruraux- le passage d’une économie de la subsistance à une économie marchande, la déstructuration du système financier en mettant fin à la propriété terrienne… Cette phase, couplée à la vague d’explosion démographique depuis les années 1960, aboutit à une dégradation de l’environnement aujourd’hui », affirme le géographe. 

L’enjeu aujourd’hui est d’intégrer aux solutions les enjeux liés au changement climatique à ceux du développement : les deux sont souvent vus séparément alors qu’ils sont nécessairement liés

Ce savoir doit nourrir l’action des générations futures : Alexandre Magnan appelle ainsi à la vigilance sur les effets de chaîne qu’ont créé ces différentes phases. L’urbanisation a affaibli le pouvoir des mangroves, tampons contre les vagues de surcote, et a conduit à une perte du lien culturel à l’environnement alors que son rôle est pourtant énorme dans la fabrication d’identités de populations installées sur ces territoires depuis près de 3 millénaires.  De tels constats conduisent à se poser la question de la pérennité d’un déplacement massif. « L’enjeu aujourd’hui est bien sûr de s’adapter, mais aussi d’intégrer aux solutions les enjeux liés au changement climatique à ceux du développement : les deux sont souvent vus séparément alors qu’ils sont nécessairement liés ». 

Si le changement climatique est désormais en partie inévitable, notre vulnérabilité, elle, dépend encore de nos choix et de nos décisions d’aujourd'hui.

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