La banque d'un monde qui change

Discours de Michel Pébereau lors du Grand Prix de l'Economie 2011

  • 01.12.2011

Le 16 novembre dernier, Michel Pébereau, Président de BNP Paribas, a remercié le jury des Echos et de Radio Classique pour le Grand Prix de l'Economie qu'il a reçu. Ce prix le désigne comme étant l'homme de l'année 2011.

« Le grand économiste, Joseph Schumpeter, a dit un jour qu'il avait eu trois ambitions dans sa vie : être un bon économiste, être un bon cavalier et être un bon amant, et qu'il n'avait atteint que deux de ses trois objectifs. Il est mort sans préciser quel avait été son échec.

Lorsque mon nom est aujourd'hui évoqué dans la presse, c'est en général soit comme économiste, soit comme banquier, soit comme consultant.

Ceux qui pensaient que j'étais économiste ont eu ce sentiment du fait de trois combats que j'ai menés ces dernières années :
- pour la rédaction du rapport de la dette publique
- contre la full fair market value, l'illusion du tout marché
- pour une régulation bancaire forte mais qui n'impacte pas trop les perspectives de croissance en Europe

Compte tenu de mon incapacité à faire accepter mes idées d'économiste dans ces trois domaines, il faut se rendre à l'évidence : je ne suis pas un bon consultant.

J'en ai conclu que sans doute m'avez-vous délivré ce prix parce que je n'étais pas un trop mauvais banquier. Je vais donc me permettre de vous parler de la banque.
Je suis particulièrement touché que le jury ait eu le courage de distinguer aujourd'hui un banquier, et également très touché, Monsieur le Ministre, que vous ayez accepté de me le remettre. C'est un choix qui ne peut qu'être critiqué. Compte tenu des conséquences qu'elle a eues sur l'économie mondiale et sur la vie de chacun, la crise financière a suscité une réelle colère vis à vis du monde bancaire. Cette colère est légitime. Mais il n'est pas très équitable qu'elle s'oriente avec une égale violence, sans discernement, vers toutes les entreprises du secteur, quel qu'ai été leur comportement avant et pendant la crise.

Vous le savez, je n'ai jamais nié l'existence d'une responsabilité de l'ensemble des professions financières : n'avoir pas su éviter les erreurs du système américain et de certains des acteurs dans divers pays européens.

Mais je suis sûr que vous me permettrez d'interpréter la distinction dont vous m'honorez comme un hommage aux banques françaises et à BNP Paribas.

Les banques françaises d'abord :

Au cours des vingt dernières années, leurs efforts ont permis la transformation d'un secteur d'activité nationalisé et considéré par une partie du pays comme un rassemblement d'institutions vieillotes, servant des usagers, en une industrie composée d'entreprises privées performantes et innovantes, des entreprises qui ont su éviter que la banque soit la sidérurgie de la fin du 20ème siècle comme l'avait annoncé le Président de l'une des banques nationalisées au début des années 80.

La restructuration ce secteur à l'occasion des orages qui l'avaient plus que décimé dans les années 90, pour constituer les cinq grands groupes de services financiers qui ont été capables de traverser une crise sans précédent en rapportant de l'argent au contribuable français au lieu de lui en coûter comme cela est arrivé en Allemagne, aux Etats-Unis ou au Royaume Uni.

Et puis, le financement de l'économie française, ménages comme entreprises, depuis le début de la crise, dans des conditions de volume et de prix sans équivalent dans les autres grands pays européens, non plus qu'aux Etats-Unis.

Mais bien sûr, la distinction que vous m'avez accordée est plus particulièrement destinée à BNP Paribas :

D'abord à la Banque Nationale de Paris, cette belle institution, cette vieille dame de 1993 que ses équipes ont su, en quelques années, transformer :

- en entreprise dynamique et performante, maîtrisant ses coûts et contrôlant ses risques

- en entreprise assez forte pour, cinq années plus tard, s'engager dans une double offre publique non sollicitée sur deux autres banques de même taille et en sortir victorieuse

Elle est ensuite destinée à BNP Paribas, cette entreprise nouvelle que les équipes de la BNP et de Paribas ont su créer et développer sur la base d'un grand projet et d'une culture nouvelle ; cette entreprise que ses équipes ont su transformer en une banque réellement européenne avec 4 marchés domestiques dans la zone euro et 20 millions de clients opérant à l'échelle du monde.

Ce que vous distinguez aujourd'hui, ce sont des équipes de BNP Paribas :

Des équipes qui ont une certaine conception de la banque : la banque est là pour servir ses clients, financer leurs projets et gérer leur épargne ; elle est là aussi pour faire son métier essentiel : être une centrale efficace d'analyse, de gestion et de contrôle des risques, au service de ses clients, mais aussi de l'économie

Des équipes qui ont fait de leur banque un leader mondial, mais sans jamais oublier ses responsabilités vis à vis de toute ses parties prenantes - ses actionnaires bien sûr, mais aussi ses clients, ses salariés, et ses fournisseurs ; et en préservant la dimension nécessairement humaine de l'entreprise dans les relations entre les collaborateurs de la banque comme avec leurs clients

Des équipes enfin qui ont tenu à ce que leur banque soit, depuis l'origine, et dans toutes ses actions, une entreprise citoyenne :

- avec ses valeurs : la créativité, la réactivité, l'engagement et l'ambition

- avec ses principes de management :
. être au service du client
. entreprendre en pleine connaissance des risque
. valoriser les personnes
. diriger par l'exemple

- avec sa déontologie :
. son code
. sa rigueur vis à vis des paradis fiscaux de l'OCDE

- avec son sens des responsabilités sociales et environnementales, en particulier sa gestion solidaire de l'emploi

- Et avec sa politique de mécénat orientée vers la culture , la recherche, la solidarité

Ma vie professionnelle de banquier va s'achever dans quelques jours. Ce n'est pas sans tristesse que je vais quitter des équipes qui ont tant fait pour BNP Paribas, et à travers BNP Paribas pour notre pays.

Mais votre distinction, M. le Président, Messieurs et Mesdames les membres du jury, me donne une grande joie : celle de voir reconnaître, malgré la crise financière et les critiques qu'elle a suscitées non sans raison :

que l'industrie bancaire française est un des avantages comparatifs de la France dans la mondialisation, un des secteurs d'excellence de notre pays dans l'économie de la connaissance : un atout pour relever le défi du XXI eme siècle,

et que les équipes de BNP Paribas ont su faire de ce Groupe, notre Groupe, une grande entreprise française, capable de porter haut les couleurs de notre pays dans la compétition internationale : une entreprise française citoyenne de l'Europe et du monde. »