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Comment le changement climatique augmente les risques d'événements météorologiques extrêmes ?

  • Camille Saurel Journaliste Usbek & Rica
  • Paris
  • 16.01.2018

Les événements météorologiques deviennent de plus en plus extrêmes. Les catastrophes naturelles toujours plus fréquentes et dévastatrices. Harvey, Irma ou encore Maria en sont les derniers exemples et chaque fois une même question fait débat : était-ce seulement la faute de la nature ou bien celle du changement climatique causé par l’Homme ?

La science apporte depuis peu des réponses formelles et permet ainsi de déterminer si indirectement les actions des hommes amplifient la catastrophe. Friederike Otto, physicienne et chercheuse principale à l’Institut du Changement Environnemental de l’Université d’Oxford, expliquait cette méthode scientifique novatrice le 8 décembre dernier dans les locaux de BNP Paribas, avenue Harewood, à Londres.

Détective des tempêtes

La méthode de recherche de Friederike Otto s'appelle la science de l'attribution. Jusqu’alors, l’approche historique de l’attribution des événements météorologiques au changement climatique était menée sans réel fondement scientifique, et s’appuyait plutôt sur de l’observation et de la comparaison de données. La nouveauté de la méthode développée par Friederike Otto et ses confrères réside dans le fait d’utiliser d’énormes quantités de données pour créer de véritables modèles du climat et fournir des preuves statistiques. Ces méthodes complexes permettent d’imaginer ce que serait la météo aujourd'hui dans un monde sans changement climatique et de le comparer au modèle actuel, où des facteurs extérieurs comme l’émission des gaz à effet de serre par l’homme ont pu affecter certains processus naturels.

L’étape suivante consiste à prouver le lien entre une catastrophe et le changement climatique : pour l’observer, Friederike Otto utilise la métaphore du dé. « Il y a théoriquement une chance sur 6 de tomber sur le 6 lorsque l’on joue au dé. Mais si après avoir jeté le dé cent fois, on constate qu’il tombe à 70% sur la face 6, on conclut que les dés sont pipés. C’est un peu pareil pour la distribution des événements météorologiques extrêmes », explique la chercheuse. Dès 2004, Friederike Otto a ainsi démontré que le changement climatique avait au moins doublé les chances qu’apparaisse la vague de chaleur meurtrière qui s’est abattue sur la France en 2003. De même, elle et ses confrères viennent récemment de prouver que la probabilité que survienne l’ouragan Harvey était étroitement liée au réchauffement climatique. 

La chercheuse tient toutefois à clarifier certains points de confusion communément répandus auprès du grand public : « Il est impossible de dire qu’un événement n’aurait pas eu lieu sans le changement climatique, ou aurait été moindre. Chaque événement climatique est unique et représente toujours le fruit d’une combinaison de facteurs extérieurs humains ou naturels, avertit-elle. En revanche nous pouvons nous interroger sur la façon dont le risque que de tels événements surviennent a été influencé par des facteurs extérieurs et calculer avec certitude les probabilités de l’occurence ». 

 Chaque événement climatique est unique et représente toujours le fruit d’une combinaison de facteurs extérieurs humains ou naturels.

Comparaison des données

Cette approche fondée sur des faits pose de nouvelles bases pour les discussions sur le changement climatiques et les moyens accordés pour y faire face. « Les gens vont poser la question de l’impact du changement climatique sur une catastrophe naturelle jusqu’à ce qu’ils aient une réponse. Et tant que la science ne fournit pas de réponses, d’autres personnes peuvent en apporter sans avoir de preuves et peuvent ainsi servir un agenda politique », explique la scientifique. La méthodologie de la science de l’attribution a en revanche été validée par des pairs et peut être activable rapidement après une catastrophe. Il a ainsi fallu seulement 5 jours aux chercheurs pour attribuer la tempête Desmond au changement climatique. 

À l'inverse, Friederike Otto et son groupe de recherche peuvent également prouver lorsqu’une catastrophe naturelle n'est pas due au changement climatique, comme cela a été le cas lors de l'inondation record de 2013 en Basse-Bavière. Les données climatiques n'ont montré aucun écart significatif par rapport aux précipitations attendues. D'autres raisons pour le déluge sont ainsi à rechercher, comme la condensation des rivières, l’absence de zones d'inondation… Une somme de décisions humaines qui relèvent avant tout de décisions politiques.

Politique planétaire

Ces résultats pourraient un jour changer la façon dont se déroulent certains grands procès climatiques. Des États pourraient être poursuivis parce qu'ils n’atteignent pas leurs objectifs de réduction des émissions de CO₂.

Evaluer l’influence d’un pays dans le processus de changement climatique est possible, mais cela relève cependant de choix politiques et moraux.

« Evaluer l’influence d’un pays dans le processus de changement climatique est possible, reconnaît la chercheuse, mais cela relève cependant de choix politiques et moraux : il faudrait ainsi calculer non seulement les émissions, mais aussi le nombre de produits fabriqués en Chine qu’un pays consomme par exemple ». La science de l’attribution reste récente : elle a été inventée il y a seulement une dizaine d’années et sa méthodologie n’est peaufinée que depuis 5 ans.

L’un des grands défis à relever à l’avenir sera ainsi, pour Friederike Otto, d’établir des protocoles internationaux lors des enquêtes d’attribution, mais aussi d’accroître le nombre de chercheurs dans le domaine afin de disposer d’une véritable force opérationnelle.

 « Les politiques le demandent », soutient ainsi la chercheuse. Il est ainsi essentiel que les villes et Etats travaillent de concert avec des scientifiques de divers horizons pour élaborer des plans d'action. Les changements climatiques ont d'ores et déjà un impact sur les populations et l’anticipation permettrait de sauver davantage de vies.

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