Les emprunteurs souverains, supranationaux et les agences de plus en plus verts

Le développement des émissions obligataires durables témoigne du rôle clé de la finance pour aider les états à faire face aux enjeux climatiques, environnementaux et sociaux. Le marché des obligations durables est ainsi devenu une source de financement importante pour les émetteurs souverains, supranationaux et les agences (SSA), qui ont pour double objectif de soutenir l’économie de leur pays durant la pandémie et de financer les engagements en matière de décarbonation pris à la COP26.

Financer la neutralité carbone

Le succès des souscriptions aux obligations durables des SSA émises en 2021 montre que les états sont de plus en plus nombreux à investir ce marché, mais témoigne également d’un appétit croissant des investisseurs ; une tendance qui devrait se maintenir en 2022.


Dans ce contexte, les banques ont un rôle clé à jouer pour poursuivre le développement de la finance durable, mais également pour accroître la transparence et encourager les bonnes pratiques au sein de l’industrie financière. Avec les défis liés à la Covid-19 et la nécessité d’une transition vers une économie à faibles émissions de CO2, la généralisation des obligations durables sur le marché des SSA est indispensable pour assurer une transition en douceur vers la neutralité carbone.

Jamie Stirling, Responsable de Sovereigns, Supranationals and Agencies Debt Capital Markets chez BNP Paribas, explique : « Cela fait maintenant plusieurs années que les émissions liées à des critères ESG constituent la clé de voûte du marché SSA, mais de nombreux émetteurs souverains n’y ont pas encore fait leur entrée. Nous devrions donc assister en 2022 à une augmentation du nombre de premières émissions d’obligations souveraines ESG, complétées par de nouvelles opérations initiées par les émetteurs initiaux. »

« Nous devrions assister en 2022 à une augmentation du nombre de premières émissions d’obligations souveraines ESG. »

L’Union Européenne donne le ton

L’Union Européenne a donné le ton en 2020 avec sa première obligation de 100 milliards d’euros, dans le cadre du programme SURE (soutien à l’atténuation des risques de chômage en situation d’urgence). Elle fut suivie en juin 2021 de la première obligation NextGenerationEU pour appuyer une reprise verte, numérique et responsable. Avec 20 milliards d’euros levés, cette obligation a été la plus importante jamais émise par une institution en Europe.

« L’année de la COP 26, le volume élevé de transactions de nouveaux émetteurs souverains montre bien que les pouvoirs publics voient dans les obligations durables un précieux outil pour le financement des engagements pris en vertu de l’Accord de Paris. Cela ouvre la voie aux acteurs des secteurs public et privé », souligne Caroline Peny, Sustainable Capital Markets, BNPParibas.

Emboîtant le pas à l’UE, plusieurs pays européens comme la France et le Royaume-Uni ont commencé à émettre régulièrement des obligations durables.


Le Royaume-Uni a notamment émis sa première Green Gilt de 10 milliards de livres à échéance 12 ans. Il s’agit de la plus importante obligation verte souveraine jamais émise au monde, une innovation en matière de finance durable qui vise à accélérer la transition du pays vers la neutralité carbone. Cette émission fait partie du plan gouvernemental pour une révolution industrielle verte (Ten Point Plan for a Green Industrial Revolution), lequel vise à protéger l’environnement, à stimuler la création d’emplois verts et à accélérer la transition de l’économie vers le zéro émission à l’horizon 2050.

Vue de Londres avec parc verdoyant en premier plan

Pour Agnès Gourc, Responsable de Sustainable Capital Markets, BNP Paribas : « 2021 a vu un regain d’intérêt pour le marché des obligations vertes d’émetteurs SSA déterminés à ‘reconstruire en mieux’ après la pandémie. Les premières obligations vertes italiennes, britanniques et européennes, pour ne citer qu’elles, ont été des opérations historiques. Chacune a battu de nouveaux records en termes de taille et de demandes de souscription. »

« 2021 a vu un regain d’intérêt pour le marché des obligations vertes d’émetteurs SSA déterminés à “reconstruire en mieux” après la pandémie. »

En mars 2021, la République italienne a émis sa première obligation verte de 8,5 milliards d'euros, concrétisant l’engagement du gouvernement italien à soutenir les dépenses publiques avec un impact positif sur l’environnement. La France a également émis une OAT verte ciblant des dépenses relatives à la lutte contre le changement climatique, l’adaptation au changement climatique, la protection de la biodiversité et la lutte contre la pollution.


Randonneurs à vélo dans la campagne toscane, Italie

Une année de premières en Europe centrale et orientale

Les émetteurs SSA d’Europe centrale et orientale ont également fait leurs premiers pas sur le marché des obligations durables. Ils ont ainsi réaffirmé l’orientation et l’engagement communs des gouvernements de la région pour une plus large prise en compte des impacts environnementaux et sociaux. 

Selon Borys Matiash, Directeur CEEMEA Debt Capital Markets, BNP Paribas : « Davantage d’émetteurs en Europe centrale et orientale devraient continuer d’intégrer des objectifs et engagements de développement durable dans leurs stratégies de financement, ouvrant la voie à une transition graduelle dans tous les segments de leurs économies. » 

L’an dernier, la Lettonie, la Slovénie et la Serbie ont émis leurs premières obligations durables. De son côté, l’État ukrainien a garanti l’émission d’obligations durables pour l’opérateur national de systèmes de transmission, NPC Ukrenergo. 

Une année record pour l’Amérique latine

En Amérique latine, les émissions SSA ont représenté plus de 50 % du total des émissions obligataires dites verte, sociale et durable en 2021. Avec un volume équivalent à 30 milliards de dollars, elles ont plus que triplé par rapport à 2020.

« L’impressionnante progression des obligations durables en Amérique Latine met en évidence une évolution du marché dans la région. Alors que les instruments verts représentaient plus de 80 % en 2019, l’offre d’émissions ESG est désormais plus équilibrée avec une répartition de 23 % en Durable, 23 % en SLB, 41 % en Social et 13 % en Vert, » explique Michael Bellantoni, Vice-Président Sustainable Finance Capital Markets, Amérique latine, BNP Paribas. Et d’ajouter : « En 2022, nous nous attendons à ce que les États souverains et autres SSA continuent à assurer l’essentiel des émissions obligataires en Amérique latine

« En 2022, nous nous attendons à ce que les États souverains et autres SSA continuent à assurer l’essentiel des émissions obligataires en Amérique latine. »

La décarbonation, une priorité pour l’APAC

En Asie, les émetteurs SSA ont également été actifs en 2021. La Corée et le Japon ont ouvert la marche avec des transactions records d’émetteurs tels que la Korea Development Bank, Korea Housing Finance Corporation et la Development Bank of Japan. Hong Kong a libellé sa première obligation verte en euros, avec un montant émis trois fois supérieur à celui des premières obligations vertes lancées en 2019.


Chaoni Huang, Responsable Sustainable Capital Markets, Asie-Pacifique, chez BNP Paribas, explique : « La décarbonation est devenue une priorité dans la région. Nous nous attendons donc à une forte croissance des émissions d’obligations vertes, en particulier au cours de l’année 2022. Les SSA devraient également tirer profit d’initiatives plus spécifiques, comme dans le domaine de la biodiversité. »

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BNP Paribas a été chef de file des premières émissions ESG suivantes :

  • Obligation NextGenerationEU de 20 Md€ à 10 ans de l’UE
  • Italie - Green BTP de 8,5 Md€ à 24 ans
  • Royaume-Uni - Green Gilt de 10 Md GBP à 12 ans
  • Bank of Ireland - Obligation de premier rang 6NC5 Green HoldCo de 750 M€
  • République de Lettonie - Bons durables de 600 M€ à 7 ans
  • République de Slovénie - Bons durables de 1 Md€ à 10 ans
  • République de Serbie - Bons verts de 1 Md€ à 7 ans
  • Ukraine - Offre garantie par l’État pour des bons verts et liés au développement durable de 825 M$ à 5 ans de NPC Ukrenergo
  • République du Pérou - Bons durables de 2,25 Md$ à 2034, Obligations de 1 Md$ échéance 2072 et Bons sociaux de 1,0 Md$ échéance 2036
  • CABEI - Première obligation sociale de 200 M CHF 

 La Banque a également accompagné les SSA émettant de nouvelles obligations :

  • République française - OAT verte de 7 Md€ à 23 ans
  • République Fédérale d’Allemagne - Obligation verte de 6 Md€ à 30 ans
  • Caisse d’amortissement de la dette sociale (CADES) - Obligation sociale de 2,5 Md$ à 3 ans
  • République du Chili - Trois transactions distinctes en plusieurs tranches pour un total de 10 Md€ d’émissions combinées en USD et EUR
  • Mexique - Bons ODD de premier rang non garantie de 1,25 Md€ à 15 ans
  • Gouvernement de la Région de Hong Kong - Obligations vertes en plusieurs tranches de 2,5 Md$
  • Development Bank of Japan - Obligations durables de 600 M€ à 4 ans
  • Asian Infrastructure Investment Bank (AIIB) - Obligations de développement durable mondiales de 2,5 Md$ à 3 ans

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