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Yoann Bourgeois, ou l’art de la suspension

  • 03.01.2020

Du cirque ? De la danse ? De l’acrobatie ? Un spectacle de Yoann Bourgeois, c’est tout cela à la fois. Une dose de poésie et un je ne sais quoi de métaphysique douce qui, en quelques années, sont devenus la potion magique d’un artiste au style unique.

L'art de la suspension

Formé au trampoline, au jonglage et au trapèze au Centre national des arts du cirque de Chalons en Champagne, Yoann Bourgeois est aussi passé par le centre national de danse contemporaine d’Angers. Il a, entre 2006 et 2010, été interprète dans la compagnie de la chorégraphe Maguy Marin. De ce parcours il en a retenu un imaginaire en équilibre entre deux disciplines, qui a nourri ses premières « petites formes » au sein d’un bien nommé Atelier du Joueur, initié dans son village du Jura. La création en 2011 de L’Art de la Fugue, sur la partition éponyme et revisitée de Jean-Sébastien Bach, lui ouvre toutes les portes. Dans ce duo avec la circassienne Marie Fonte, le tout juste trentenaire impose avec brio ses motifs de prédilection : le rapport au temps, à l’espace et à la matière, la gravité et le jeu des corps « en suspension ». 

Celui qui tombe - Yoann Bourgeois // La Scène Nationale d'Orléans

Un soutien décisif

A ce moment de sa jeune carrière où, selon ses mots, « tout était à construire », la Fondation BNP Paribas décide de le soutenir dans ses projets. Une première convention de mécénat signée en 2012 permet de structurer la Cie Yoann Bourgeois fondée deux ans plus tôt. « La Fondation s'est positionnée dès le lancement de ma compagnie et nous a suivis dans les grandes étapes de notre développement », confie-t-il. « C'est d’un accompagnement dans le temps et sur mesure dont il s'agit : temps sans lequel aucun approfondissement véritable n'est possible ; et sur mesure, grâce auquel une dimension qualitative advient ». Autrement dit, des moyens pour réfléchir, expérimenter, avancer. Créé pour la Biennale de la danse de Lyon 2014, Celui qui tombe témoigne de cette maturation progressive. Avec cette mise en scène des rapports de force - à tous sens du terme - entre six individus et un plancher soumis à diverses contraintes physiques, Bourgeois s’impose auprès du grand public comme de la critique, tout en élevant le vertige et le déséquilibre au rang de figures de danse. 

Chercher et créer

En 2016, celui qui se définit désormais comme « un artiste de cirque dont le travail est chorégraphique » a été nommé à la direction du Centre Chorégraphique National de Grenoble, conjointement avec le chorégraphe Rachid Ouramdane. Le soutien de la Fondation BNP Paribas lui permet de poursuivre en parallèle son travail de recherche, source des créations qui alimentent le CCN. Tel l’artisan qui polit ses formes sans relâche, Yoann Bourgeois creuse et réinvente inlassablement ses thèmes favoris. 

La question du vertige, en particulier : « La perte de repère que provoque le vertige est chez l’homme une préoccupation archaïque. Dans la séquence historique que nous traversons, elle résonne de façon nouvelle. A une époque de profond bouleversement, la représentation d’une désorientation spatiale et temporelle parle à tous. » 

Nouveaux terrains de jeu

Dans cette perspective, le chorégraphe circassien a entrepris de sonder ce qu’il nomme des tentatives d’approche d’un point de suspension. Ce work in progress où « la matière circassienne est traitée chorégraphiquement » se situe « à la croisée de la physique mécanique et du temps ». Résultat ? Une constellation de constructions scénographiques, de l’esquisse au numéro qui « présentent un homme dans un dispositif physique spécifique » appuyé sur un plateau tournant, un escalier hélicoïdal, une table, une chaise… Des performances qui « rendent perceptible un point de suspension, où le poids s’abolit dans l’exactitude de l’instant ». Depuis 2018, Yoann Bourgeois a également entrepris d’explorer le champ de la réalité virtuelle. Toujours avec l’appui financier de la Fondation, il a co-créé Fugue VR, variation filmique et en réalité mixte sur sa Fugue trampoline. Une incursion sur d’autres territoires et une expérience passionnante pour l’artiste, comme pour son mécène. 

Crédits photo : Celui qui tombe - Yoann Bourgeois © Géraldine Aresteanu 

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