Quel plan de vol pour une aviation durable ?

Si le transport aérien demeure une composante essentielle de nos déplacements, l’ensemble du secteur devra néanmoins mettre les gaz sur l’innovation pour pérenniser son développement dans un avenir sobre en carbone.

Le Transport représente 16% des émissions mondiales de gaz à effet de serre

Le fonctionnement de notre économie moderne repose actuellement sur des transports largement alimentés aux combustibles fossiles – des navires aux voitures en passant par les camions et les avions. Au total, le secteur du transport représente 16 % des émissions mondiales de gaz à effet de serre. Or, alors que le transport terrestre a déjà réalisé d’importants progrès en matière de mobilité zéro émission, l’aérien est jusque-là resté en retrait. Une situation qui évolue cependant rapidement.


Les moteurs de la transition du secteur aérien

Le transport aérien ne représente actuellement que 2,5 % des émissions mondiales de GES, mais selon le groupe d’experts intergouvernementaux sur l’évolution du climat (GIEC), cette part pourrait atteindre 5 % si aucune action n’était entreprise. En effet, l’Association du transport aérien international prévoit une augmentation du trafic passagers mondial de 1,5 % à 3,8 % sur les 20 prochaines années, pour atteindre 10 milliards de voyageurs annuels d’ici 2050.


Dans son rapport Aviation Guidance publié en août 2021, l’initiative Science Based Targets (SBTi) estime en conséquence que le secteur doit réduire son intensité de carbone de 35 à 40 % entre 2019 et 2035, et de 65 % entre 2019 et 2050.

Cette transformation nécessaire du secteur aérien fait aujourd’hui l’objet d’une surveillance accrue – tant des ONG et des citoyens militants que des autorités de réglementation.


L’accroissement des risques associés à la réglementation, notamment la taxonomie de l’UE, alimentera les moteurs de la transition du transport aérien.  Cette conviction a conduit BNP Paribas a devenir l’un des membres fondateurs du nouveau groupe de travail Aviation Climate-Aligned Finance, regroupant les grandes banques internationales les plus actives du secteur aérien. 

« Notre objectif est d’aider à promouvoir un cadre pour notre engagement Net-Zero Banking Alliance afin d’accompagner nos clients dans leur transition »


Bertand Dehouck, Responsable de Transportation

Capital Markets, BNP Paribas

En outre, l’augmentation exponentielle du prix de l’énergie due au conflit en Ukraine devrait inciter l’aérien à se tourner davantage vers des alternatives au kérosène, comme le SAF (carburant durable d’aviation). 

Réduire les émissions à tous les niveaux

Pour le secteur aérien, ceci impliquera de réduire les émissions à tous les niveaux de la chaîne de valeur plutôt que de recourir à des outils « hors chaîne », comme la compensation carbone, et donc de réinventer l’avion et ses systèmes d’alimentation. Des investissements significatifs ont déjà été réalisés dans l’efficacité énergétique, et les avions sont de manière générale 80 % plus économes en carburant aujourd’hui que dans les années 1960. Néanmoins, la combustion de carburant d’aviation par des moteurs à combustible fossile représente encore quatre-cinquième des émissions des compagnies aériennes.

Privilégier les avions verts et les nouveaux carburants

Pour tendre vers le zéro-émission, le secteur devra privilégier les avions verts et les nouveaux carburants. À titre d’exemple, Airbus met au point le concept d’avion commercial ZEROe, propulsé à l’hydrogène, que l’avionneur entend faire décoller d’ici 2035. 

En attendant que les vols zéro émission deviennent une réalité, le secteur aérien a entrepris de réduire les émissions des moteurs à combustion avec l’ajout de nouveaux types de carburants durables, afin de réduire la part de kérosène.

A ce titre, l’initiative ReFuelEU Aviation entend imposer aux fournisseurs de carburant l’obligation d’intégrer un certain pourcentage de carburants durables d’aviation dans le carburant fourni aux aéroports de l’Union européenne. Ainsi, à compter de 2025, le kérosène d’aviation devra incorporer 2% par an de carburants durable (biocarburants et carburants synthétiques), pour atteindre 63 % en 2050.

À ce jour, plus de 45 compagnies aériennes utilisent des carburants durables d’une façon ou d’une autre, et en cinq ans, plus de 370 000 vols en intégrant ont été opérés. Un déploiement à grande échelle sera désormais nécessaire pour tenir les engagements de l’initiative ReFuelEU Aviation. Le renouvellement des flottes dans les 10 prochaines années constituera une occasion unique de remplacer les appareils à réaction par des avions verts.

Des aéroports plus verts

Outre les avions, une transition verte doit également s’opérer dans l’ensemble de l’infrastructure aérienne et son écosystème. Une efficacité opérationnelle et énergétique optimisée sera essentielle alors que la concurrence entre les aéroports s’intensifie et que la réglementation se resserre autour de leurs émissions de carbone.


Les aéroports illustrent à petite échelle la transformation nécessaire de notre environnement urbain pour un futur sobre en carbone. Cette mutation supposera notamment de moderniser les bâtiments et terminaux, de mettre en place des transferts faiblement carbonés entre les terminaux, d’installer des unités de valorisation énergétique des déchets et d’améliorer l’efficacité énergétique de l’éclairage et du chauffage.

« L’innovation – des matériaux de construction durables à l’utilisation de l’intelligence artificielle – ainsi que la finance aideront les aéroports à se moderniser et à opérer leur mue en pôles à faible intensité de carbone. »

Agnès Gourc, Responsable de Sustainable Capital Markets, BNP Paribas

La réduction des émissions de carbone supposera également de passer au tout électrique pour l’ensemble des transports liés aux aéroports. Il semble désormais impératif d’installer dans les parkings, à bien plus grande échelle, des stations de recharge alimentées en énergies renouvelables.

« Les aéroports sont des pôles multimodaux : transferts, voitures de location, collecte du fret. Leur trajectoire vers le zéro-émission passera notamment par l’installation de bornes dans les parkings et la mise en place de transferts en véhicules électriques ou à faibles émissions entre l’aéroport et la ville. »

Khoi-Anh Berger-Luong, Responsable de Real Assets EMEA chez BNP Paribas

Certains aéroports investissent également dans des installations de valorisation des déchets en énergie, recyclant les déchets des avions et terminaux pour le chauffage, comme à London Gatwick, ou transformant les déchets en biocarburants.

Autre exemple, l’aéroport de Budapest a réduit ses émissions directes de carbone et ses émissions par passager de deux tiers en 10 ans. Et il a porté son engagement encore plus loin en janvier 2022. 

Comme l’explique Chris Dinsdale, CEO de Budapest Airport :
« Dans le cadre d’un récent contrat swap avec BNP Paribas intégrant des critères ESG, nous nous sommes notamment engagés à satisfaire l’intégralité de notre électricité soit issue de sources renouvelables. L’exploitant de l’aéroport construira pour cela une centrale solaire d’une capacité minimum de 5 MW et installera au moins 100 nouvelles bornes de recharge pour les véhicules . »
Nuages et aile d'avion vus en plein vol par le hublot
Crédits : Georges Blond

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