Ce qu’il faut retenir :
- Jusqu’à présent en 2026, le marché américain des M&A a été marqué par les méga-opérations. En effet, la valeur des opérations de fusions-acquisitions a augmenté de 38 % en glissement annuel au cours des neuf premiers mois de 2026, les méga-opérations - c’est-à-dire les transactions supérieures à 10 milliards de dollars - représentant environ 48 % de la valeur totale des opérations réalisées depuis le début de l’année.
- Les investissements dans l’IA et les technologies stimulent l’activité de fusions-acquisitions aux États-Unis dans tous les secteurs. Leur impact s’étend au-delà du secteur technologique pour toucher l’énergie, les infrastructures, l’industrie et la santé, les entreprises acquérant ainsi les capacités et les infrastructures nécessaires pour soutenir leur développement de l’IA.
- Les fusions-acquisitions entre les États-Unis et l’Europe s’accélèrent, atteignant leur plus haut niveau depuis deux décennies. L’Europe représente environ 67 % de la valeur des opérations de M&A américaines à l’étranger, tandis que les acquéreurs européens, attirés par la taille du marché américain, sa résilience, son leadership technologique et son écosystème d’innovation, continuent de rechercher des opportunités aux États-Unis.
Soutenu par d’importantes opérations stratégiques, les investissements liés à l’intelligence artificielle et une activité croissante de fusions-acquisitions entre les États-Unis et l’Europe, le marché américain des fusions-acquisitions a fait preuve de dynamisme au cours des neuf premiers mois de 2026. Dans cette analyse, Vanessa Dager, Head of Advisory North America, BNP Paribas, revient sur l’impact des méga-opérations¹ sur le volume global des fusions-acquisitions aux États-Unis, l’évolution des stratégies des entreprises et des fonds de capital-investissement, ainsi que les perspectives pour 2027 dans un contexte d’incertitude sur les taux d’intérêt.
Quels sont les moteurs de l’activité M&A aux États-Unis en 2026 ?
L’année s’est avérée très dynamique pour le marché américain des fusions-acquisitions. Depuis le début de l’année, par rapport à la même période de l’année précédente, la valeur totale de ces opérations a augmenté de 38 % et leur nombre de 23 %. Le marché a été marqué par une forte hausse du nombre de méga-opérations, avec un record de 34 transactions de ce type au cours des neuf premiers mois de 2026, soit près de la moitié de la valeur totale des opérations.
Cette dynamique s’inscrit dans une tendance plus large du marché M&A mondial, dont la valeur progresse d’environ 32 % sur un an, marquant une troisième année consécutive de croissance. L’Amérique du Nord représente à elle seule plus de la moitié de la valeur totale des transactions internationales.
Le premier semestre a été particulièrement dynamique, avec notamment un été très actif. Nous avons toutefois observé un ralentissement au troisième trimestre 2026, qui peut être mis en corrélation avec la volatilité des taux d’intérêt et l’intelligence artificielle.
Voir le graphique en anglais : Évolution du nombre et de la valeur des opérations de fusions-acquisitions dans le monde (par région¹, en milliards de dollars)
Les dix plus importantes opérations de fusions-acquisitions réalisées aux États-Unis depuis le début de l’année concernent presque exclusivement les secteurs TMT (Technologies, Médias, Télécommunications) et de l’énergie. Les grandes entreprises sont à l’origine de la plupart des méga-opérations. ❞
Quels secteurs ont porté l’activité de fusions-acquisitions aux États-Unis en 2026 ?
L’IA constitue un moteur structurel des fusions-acquisitions. Cette tendance se reflète dans la progression de l’activité dans le secteur des TMT, dont le montant des opérations a atteint 763 milliards de dollars depuis le début de l’année, en hausse de 27 % sur un an. L’IA influence également l’allocation des capitaux dans les secteurs de l’énergie, des infrastructures, de l’industrie et de la santé, notamment à travers les investissements nécessaires à la construction de centres de données et au développement des infrastructures qui soutiennent son essor.
La valeur des opérations dans le secteur de l’énergie a progressé de 53 % sur un an, à 341 milliards de dollars, portée par les entreprises qui renforcent leurs capacités de production d’électricité et les centres de données. Les entreprises réorientent également leurs investissements vers la défense et l’aérospatiale, la cybersécurité, les infrastructures souveraines dédiées à l’IA et les services aux collectivités, indispensables à son développement.
Au total, les secteurs des TMT et de l’énergie représentent environ la moitié de la croissance du marché américain des fusions-acquisitions. La santé s’impose comme un troisième moteur majeur, avec une hausse de 89 % de la valeur des opérations sur un an. Cette dynamique tient en grande partie à des considérations de portefeuille, les groupes pharmaceutiques cherchant à sécuriser leurs futurs relais de croissance et à étoffer leurs portefeuilles de produits en développement.
Comment expliquer le dynamisme des opérations de M&A entre les États-Unis et l’Europe ?
Les opérations de fusions-acquisitions entre les États-Unis et l’Europe dominent le marché et représentent 60 % de l’activité transfrontalière américaine. Au cours des neuf premiers mois de 2026, le montant total de ces opérations a atteint 360 milliards de dollars, soit près du double du niveau enregistré sur la même période un an auparavant. Cette tendance revêt une importance particulière pour BNP Paribas, qui s’appuie sur sa forte présence et son expertise des deux côtés de l’Atlantique pour accompagner ses clients dans la concrétisation de leurs opérations stratégiques, tant en Europe qu’aux États-Unis. Voir le graphique en anglais : Valeur des opérations transatlantiques (en milliards de dollars)
Grâce à son leadership technologique, à son écosystème d’innovation et à la taille de son marché, les États-Unis restent une destination attractive pour les entreprises européennes souhaitant renforcer leur positionnement stratégique et développer leur présence dans ce secteur. Par ailleurs, la faiblesse du dollar offre aux acquéreurs européens un point d’entrée favorable.
Les opérations transfrontalières de fusions-acquisitions restent également soutenues dans les secteurs de la santé et de l’industrie, les entreprises européennes cherchant à s’implanter aux États-Unis ou à y renforcer leur présence. Une opération emblématique a été réalisée cette année : l’acquisition d’une société américaine par un grand groupe pharmaceutique italien non coté. Il s’agissait de sa première acquisition d’envergure sur le marché américain. BNP Paribas a accompagné l’opération en intervenant dans le conseil, le financement et la couverture des risques.
Cette acquisition illustre parfaitement la manière dont les entreprises européennes utilisent les fusions-acquisitions pour accéder aux opportunités de croissance, à l’innovation et aux économies d’échelle qu’offre le marché américain. À mesure que les clients cherchent à élargir leur présence géographique et leur portefeuille de produits, ils accordent une importance croissante à un partenaire bancaire doté d’une expertise transatlantique, d’une présence mondiale et d’un modèle intégré pour concrétiser leurs ambitions stratégiques.❞
Quels facteurs stimulent l’intérêt des entreprises pour les opérations stratégiques de M&A ?
Les entreprises américaines continuent d’afficher de solides performances, des bilans sains et des niveaux d’endettement maîtrisés et, malgré l’intensification des incertitudes géopolitiques et macroéconomiques, elles privilégient une vision de long terme. Alors que le marché américain des M&A s’est adapté à un environnement de taux plus élevés et que la politique monétaire restrictive de la Réserve fédérale devrait se poursuivre jusqu’en 2027, les acquéreurs stratégiques disposent de plusieurs options de financement, notamment le recours aux actions. Ils privilégient les opérations transformatrices, les acquisitions permettant de gagner en taille et les rapprochements visant à dégager des synergies et à créer de la valeur durable pour les actionnaires.
Les opérations les plus importantes sont avant tout de nature stratégique. Les entreprises cherchent à gagner en envergure, à se doter de nouvelles capacités et à saisir des opportunités de croissance à long terme. ❞
Les valorisations restent élevées dans les secteurs liés à l’IA, notamment les services, l’énergie et les infrastructures numériques. Les opérations se poursuivent néanmoins, portées par des levées de capitaux records sur les marchés actions et obligataires. Si cette dynamique accentue la concurrence entre emprunteurs, elle n’empêche pas les entreprises d’autres secteurs, en particulier celui de la santé, de poursuivre leurs opérations de fusions-acquisitions.
Voir le graphique en anglais : Évolution du nombre et de la valeur des opérations de fusions-acquisitions aux États-Unis (en MD$).
Quel rôle jouent les fonds de private equity sur le marché américain des fusions-acquisitions ?
Au troisième trimestre 2026, les fonds de capital-investissement ont renoué avec une activité soutenue, avec 106 opérations représentant un montant total de 271 milliards de dollars. Toutefois, leur part dans la valeur totale des opérations de fusions-acquisitions est retombée à environ 28 % au cours des neuf premiers mois de 2026, contre 40 % en 2025, malgré des réserves de capitaux disponibles pour investir proches de niveaux records, estimées à 2 500 milliards de dollars. Le coût du capital reste le principal obstacle, les fonds de petite et moyenne taille étant les plus exposés à ces contraintes. Les durées de détention des actifs s’allongent et les fonds continuent de rechercher des solutions alternatives de liquidité, notamment au moyen de fonds de continuation.
Quelles perspectives pour le marché américain des fusions-acquisitions d’ici fin 2026 et en 2027 ?
Le marché américain des fusions-acquisitions reste résilient, et les facteurs structurels porteurs observés au cours des neuf premiers mois de 2026 devraient continuer de soutenir l’activité d’ici à la fin de l’année et en 2027.
Les équipes dirigeantes continuent de privilégier une vision à long terme, en menant à la fois des opérations de transformation d’envergure et des acquisitions complémentaires ciblées. Enfin, les opérations de M&A entre les États-Unis et l’Europe ont atteint leur plus haut niveau depuis vingt ans. L’activité transatlantique devrait rester soutenue, portée par les besoins structurels liés à l’IA et à l’IA générative, notamment en matière de centres de données et d’approvisionnement en électricité, ainsi que par la nécessité pour les grands groupes pharmaceutiques de renouveler leurs portefeuilles de produits en développement.
Toutefois, si les premiers signes de ralentissement sont apparus au troisième trimestre et devront être surveillés au quatrième trimestre, un optimisme prudent reste de mise. L’IA, l’innovation et les investissements transfrontaliers des entreprises continueront de soutenir les opérations de M&A, aux États-Unis comme à l’international. L’évolution des taux d’intérêt et des prix de l’énergie, ainsi que le rythme de reprise de l’activité des fonds de private equity, resteront néanmoins des facteurs clés à surveiller.
Cet article a été traduit de l’original anglais : US M&A market update and outlook