La banque d'un monde qui change

Quand « employé » prend un « e » : l’arrivée des femmes dans la banque

  • 08.03.2016

Jusqu’aux années 1880, l’employé de banque est un homme. Mais, à la faveur de la création de nouveaux services administratifs – jamais au contact des clients – vient le temps des premières embauches des femmes dans les grands établissements financiers.
Contrairement aux idées reçues, l’embauche des femmes dans le milieu bancaire a précédé la Première Guerre mondiale. Elle s’inscrit en fait dans un mouvement plus général de féminisation des emplois de bureau, la gent féminine étant souvent réputée plus « habile », « soigneuse », parfois même plus « honnête ».

Dans les coulisses de la banque

Les femmes semblent parfaitement convenir aux emplois qui sont créés, principalement aux sièges parisiens des grandes banques, dans des services administratifs, comme le bureau des recouvrements, les services comptables et surtout les bureaux des titres et des coupons. Là, que ce soit au Crédit lyonnais, à la Société générale, à la Banque de France, chez Rothschild Frères ou au Comptoir national d’escompte de Paris (CNEP), elles s’activent, on dirait aujourd’hui en « back office », sur leurs pupitres impeccablement alignés. Au bureau des titres, elles effectuent l’émargement des obligations : lorsque les coupons sont payés, elles les découpent et les collent sur les feuilles des gros volumes de la banque, en indiquant la date et le nom de la personne qui en a touché le montant. Elles travaillent sous l’œil d’un cadre lui-même forcément féminin, car les femmes n’ont aucun contact ni avec les clients, ni avec leurs collègues masculins. Dans certaines banques, elles entrent par un escalier spécial, et partout, elles travaillent et mangent dans des salles séparées.

Des effectifs en hausse continue

En 1909, les femmes, souvent des jeunes filles de classes moyennes, instruites, qui se trouvent dans la nécessité de travailler, représentent un dixième du personnel central du Crédit foncier. En 1914,  elles comptent pour environ 25 % du total de l’effectif parisien du CNEP (700 sur 3000). Mais les chiffres cachent une disparité de statuts. Les femmes ont un salaire inférieur à celui de leurs collègues masculins et connaissent une plus grande précarité. Au service des coupons par exemple, elles peuvent être engagées la veille des jours des grands paiements et être congédiées aussitôt après. Et dans les services moins saisonniers, elles n’ont souvent qu’un statut d’auxiliaire et mettent beaucoup plus de temps que les hommes à obtenir celui de titulaire.