Crises oubliées : de quoi parle-t-on ?
Qu’est-ce qu’une « crise oubliée » ?
Lisy Piton (L.P.) : Pour CARE, il s’agit d’une crise humanitaire touchant au moins un million de personnes mais qui reçoit très peu d'attention médiatique. Nous établissons un rapport annuel qui mesure la couverture en ligne en cinq langues des crises oubliées : allemand, anglais, arabe, espagnol et français. Deux constats alarmants : en 2025, seulement 10 crises sur 43 recensées ont été couvertes parmi 5 millions d’articles en ligne analysés, et la couverture médiatique de ces crises a chuté de plus de 50 % par rapport à 2024 (40 061 articles en 2025 contre 89 588 en 2024).
Selon vous, pourquoi ces crises restent-elles invisibles du grand public ?
L.P. : Il y a d’abord une logique médiatique : la priorité est donnée aux événements spectaculaires ou perçus comme « stratégiques ». Les crises chroniques (comme en Centrafrique ou au Burundi, présents dans notre classement depuis une dizaine d’année) s’inscrivent dans la durée et la répétition ; elles n’attirent malheureusement plus l’attention. Les risques sécuritaires sur place pèsent aussi dans la décision d'envoyer, ou non, des journalistes. Enfin, il y a une sorte de « concurrence médiatique » : en 2025, 80 % des articles analysés concernaient Gaza, la Syrie et le Venezuela ; cette attention est légitime, mais les autres crises méritent aussi d'être racontées.
Quelles sont les causes les plus fréquentes de ces crises ?
L.P. : Les crises humanitaires mises en lumière par notre rapport résultent de la combinaison de trois facteurs, interconnectés et chroniques, qui aggravent la vulnérabilité des populations : le changement climatique – toutes les crises du classement en sont désormais affectées. Sécheresses historiques (Namibie, Zimbabwe), inondations (Madagascar, Honduras) ou cyclones détruisent les récoltes et infrastructures, favorisent les maladies, alors que ces pays émettent très peu de CO₂ ; les conflits et l’instabilité politique – un État affaibli transforme un choc climatique en catastrophe, exemple à Madagascar, où les troubles de l’automne 2025 ont aggravé une crise humanitaire préexistante ; la pauvreté et la dépendance à l’agriculture – dans ces pays, l'économie repose largement sur une agriculture de subsistance. Les familles n'ont souvent pas de réserve financière pour acheter de la nourriture, et une seule mauvaise récolte suffit à faire basculer des millions de personnes dans la malnutrition.
Le Fonds Urgence & Développement : présent dès aujourd’hui… et (pour) demain
Créé en 2012, le Fonds Urgence & Développement, fonds de dotation du groupe BNP Paribas, collecte lors de campagnes, les dons des collaborateurs, collaboratrices et personnes retraitées (adhérentes de l’ADR) de BNP Paribas, ainsi que ceux des clients et clientes de la Banque Commerciale en France (BCEF).
Pour soutenir les populations affectées par ces crises oubliées, le Fonds Urgence & Développement se mobilise aux côtés de ses ONG partenaires – CARE, la Croix-Rouge française et Médecins Sans Frontières – pour apporter une aide humanitaire, à travers des projets concrets :
CARE : apporter des services de santé, de nutrition et de soutien psychosocial – à une majorité de femmes et de filles – en Afghanistan (province de Khost) ;
Médecins Sans Frontières : garantir des soins gratuits, ainsi que soutenir des initiatives environnementales en faveur de l’accès à l’eau et la promotion de moyens de subsistances durables, à Madagascar (district d’Ikongo) ;
Croix-Rouge française : en Mauritanie, lutter contre les violences basées sur le genre et protéger les femmes et les filles – qui en sont les principales victimes – à travers, entre autres, la formation des professionnels de santé et l’accompagnement des femmes en situation de vulnérabilité ; lutter contre la crise nutritionnelle – notamment des nourrissons de moins de 6 mois, et y compris dans les zones inaccessibles – au Tchad et au Cameroun.
Pour chaque don réalisé, le Groupe doublera son montant :


