La première était partie confiante, pensant dominer le terrain. Mais dès la fin février, la seconde est sortie en trombe et pendant quelques temps a semblé prendre le dessus. À la mi-temps, les deux équipes ont marqué des points mais aucune ne domine. Le scénario le plus probable pour la seconde mi-temps est un renforcement progressif de l’équipe Capex, tandis que l’équipe Choc continuerait d’occuper le terrain et de peser sur le jeu, sans toutefois parvenir à prendre l’avantage, avant de laisser filer la victoire à l’approche de 2027.
Présentation des équipes
Du côté Capex, nous avons affaire à un cycle d’investissement mondial entraîné par quatre moteurs :
- La défense, portée par un chamboulement de l’ordre géopolitique mondial appelant tous les États à renforcer considérablement leurs efforts dans ce domaine ;
- L’intelligence artificielle (IA), moteur d’une nouvelle ruée vers l’or impliquant des investissements colossaux d’infrastructure digitale ;
- La production d’énergie, dopée à la fois par les besoins de la transition énergétique et la voracité en électricité des data centers essentiels au développement de l’IA ;
- La résilience des chaînes d’approvisionnement aux dérèglements géopolitiques, géoéconomiques, climatiques et épidémiques qui semblent être la nouvelle norme depuis 2020.
Du côté Choc, la fermeture quasi-totale du détroit d’Ormuz pendant quatre mois, en empêchant la sortie d’environ 20 % de l’approvisionnement en énergie fossile du monde, a causé le plus gros choc énergétique de l’histoire d’un point de vue quantitatif. Fort heureusement, l’impact sur les prix a été beaucoup plus modéré – au plus haut environ +63 % pour le pétrole et +88 % pour le gaz consommé en Europe – grâce à une mobilisation sans précédent des stocks stratégiques des pays de l’OCDE et à la décision unilatérale de la Chine de réduire de moitié ses importations de pétrole brut[1].
Développements et résultats de la première mi-temps
Le protocole d’accord signé le 17 juin entre les États-Unis et l’Iran permet depuis quelques semaines une normalisation graduelle du transit des navires pétroliers et gaziers dans le détroit d’Ormuz. Les prix du pétrole sont retombés à leur niveau d’avant la guerre, et ceux du gaz européen restent environ 43 % plus élevés. Le choc énergétique s’est essoufflé.
Néanmoins, on doit mettre à son compte une forte remontée de l’inflation, portée par la flambée des prix de l’énergie (voir tableau) ; un retournement des attentes d’assouplissement de la politique monétaire par les principales banques centrales et même, dans le cas de la BCE, une hausse de taux de 25 points de base en juin. La Fed et la banque d’Angleterre se sont abstenues jusqu’à présent, mais les marchés anticipent désormais un durcissement au lieu des baisses de taux multiples prévues avant la guerre, entraînant dans leur sillage une vive remontée des taux obligataires à long terme (de près de 30 points de base pour les obligations du Trésor allemand à 10 ans et de plus de 50 points de base pour les mêmes obligations émises par la France, le Royaume-Uni ou les États-Unis). À cela s’ajoute une croissance en deçà des attentes au premier trimestre dans la plupart des pays, et des indices composites du climat des affaires en zone de contraction ou du moins en fort recul au second trimestre dans la plupart des cas.
Face à cela, l’équipe Capex a elle aussi marqué des points : les indices du climat des affaires dans le secteur manufacturier sont restés en expansion à travers tous les pays du G7 et partout, sauf en Allemagne, étaient plus élevés en juin qu’avant la guerre. En outre, le climat des affaires dans les services a commencé à redresser la tête en juin (sauf au Royaume-Uni). Les taux de chômage sont restés à des niveaux historiquement bas. Enfin, les marchés boursiers sont généralement bien au-dessus de leur niveau d’avant la guerre, avec des gains à deux chiffres dans le cas des marchés à fort contenu technologique comme le Nasdaq américain ou le Nikkei japonais.
Pronostic et points à surveiller en 2e mi-temps
Notre scénario central anticipe une croissance robuste d’ici à la fin de l’année, mais pas au point de compenser le ralentissement causé par le choc énergétique. Plus précisément, nous voyons la croissance américaine s’établir à 2,4 % en moyenne sur 2026, celle de la zone euro (hors Irlande) à 1 %, et celle de l’Allemagne, de la France, et de l’Italie à 0,8 %. C’est moins qu’attendu avant la guerre, mais mieux qu’en 2025 sauf pour la zone euro et la France. L’inflation, elle aussi, hélas, devrait rester relativement robuste autour de son niveau actuel jusqu’à la fin de l’année, avant d’amorcer une décrue en 2027. C’est pour cela que nous anticipons au moins une hausse de taux pour la Fed (suivie d’autres l’an prochain), et sans doute une également de la BoE et de la BCE[2] .
Un scénario plus favorable est possible : si l’offre de pétrole remonte sensiblement plus vite que la demande, le marché pourrait être en fort excédent et les prix décroître davantage[3] . En Europe, les gros efforts d’investissement publics déployés en Allemagne pourraient accélérer davantage et, à la faveur des réformes structurelles annoncées la semaine dernière, commencer enfin à entraîner un sursaut de l’investissement privé. Le rebond récent de la confiance des ménages pourrait entraîner une normalisation plus rapide de la consommation.
Néanmoins, les risques négatifs ne manquent pas non plus. Même si les tensions sur les prix de l’énergie retombent durablement, nous ne sommes pas à l’abri d’un nouveau choc d’offre venant des dérèglements climatiques en cours, ou encore de l’instrumentalisation d’autres goulets d’étranglements des chaînes d’approvisionnement globales.
Du côté du cycle d’investissement, l’IA domine clairement ; or, les projets totalisant plus de USD 1 000 milliards des géants américains de la tech pourraient s’arrêter brutalement en cas de révision baissière de leurs perspectives de rendements très ambitieuses. L’onde de choc sur les marchés financiers serait profonde, et ne s’y limiterait pas car l’économie réelle – privée de cet attaquant star – serait elle aussi touchée. Enfin, n’oublions pas la géopolitique, avec notamment les élections de mi-mandat aux États-Unis, et l’approche de la présidentielle en France, susceptible de créer de nouvelles incertitudes.
Quoi qu’il en soit, la fin de la partie ne devrait pas être ennuyeuse à regarder.
[1] Consultez à ce sujet notre EcoFlash – Réouverture du détroit d’Ormuz : le marché du pétrole entre soulagement et inquiétude persistante, 16 juin 2026
[2] Pour explorer ce scénario plus en détail, ne manquez pas notre éditorial – Protocole d’accord entre les États-Unis et l’Iran : à quel point améliore-t-il les perspectives économiques ? (22 juin 2026) et nos Scénarios et prévisions.
[3] Pour un état des lieux de ce plan, lire notre EcoFlash Plans d’investissement allemands : des raisons de rester optimistes, 25 juin 2026.

