Ce qu’il faut retenir
- L’amélioration des conditions de marché soutient une reprise durable : la confiance accrue des investisseurs, les valorisations et la normalisation des conditions favorisent la conclusion de transactions.
- Le Royaume-Uni continue de susciter l’intérêt des investisseurs nationaux comme internationaux, attirés par la solidité de ses entreprises, leur rayonnement mondial et des valorisations attractives.
- Cette dynamique devrait se poursuivre jusqu’en 2027, soutenue par les entreprises à la recherche d’opportunités stratégiques, les investisseurs financiers et un environnement géopolitique plus stable.
- En Europe, BNP Paribas joue un rôle de premier plan au premier semestre 2026.
Rencontre avec Kirshlen Moodley, responsable du pôle Conseil pour le Royaume-Uni chez BNP Paribas CIB à Londres
Alors que l’activité de fusions-acquisitions s’accélère au Royaume-Uni, les investisseurs évoluent sur un marché caractérisé par une stabilisation de la conjoncture, des valorisations attractives et un regain de confiance.
Nous avons rencontré Kirshlen Moodley, Head of Advisory pour le Royaume-Uni chez BNP Paribas CIB à Londres, afin de discuter des principaux moteurs du marché actuel, de l’attrait persistant du Royaume-Uni auprès des investisseurs internationaux et des perspectives pour le reste de l’année 2026 et au-delà.
Le premier semestre a été marqué par un niveau d’activité particulièrement élevé sur le marché M&A britannique, avec une part de marché notable pour BNP Paribas. Qu’est-ce qui explique cette forte progression de l’activité M&A ?
Au cours des dernières années, de nombreuses opérations stratégiques ont été reportées, les investisseurs et les entreprises devant composer avec la hausse des taux d’intérêt, les incertitudes géopolitiques et un environnement macroéconomique en évolution rapide. Ce que nous observons aujourd’hui n’est pas une envolée soudaine de l’activité, mais plutôt un marché qui se normalise et qui fonctionne à nouveau comme prévu.
Au Royaume-Uni en particulier, les marchés financiers se sont stabilisés et les investisseurs ont repris confiance dans leur capacité à évaluer les risques. Les transactions qui avaient été suspendues redémarrent. Les entreprises privilégient à nouveau des décisions stratégiques à long terme, avec une plus grande clarté en matière de financement, de valorisations et de mise en œuvre. L’appétit pour les opérations a toujours été présent ; la différence aujourd’hui est que les conseils d’administration et les investisseurs sont davantage disposés à passer à l’action.
Les chiffres confirment cette amélioration, avec une part de marché notable pour BNP Paribas. Au Royaume-Uni, la valeur des opérations de M&A a presque triplé sur un an, pour atteindre 292 milliards de livres sterling, performance liée à plusieurs opérations stratégiques structurantes. Le nombre d’opérations de plus d’un milliard de livres a quant à lui plus que doublé, s’élevant à 50. Une hausse plus générale et significative des volumes des opérations entrantes (+81 %) et nationales (+55 %) a encore renforcé cette dynamique.
Avec une meilleure visibilité sur les conditions de financement, les valorisations et l’exécution des opérations, les conseils d’administration et les investisseurs passent à l’action. Ils relancent des opérations jusqu’ici mises en suspens et saisissent de nouvelles opportunités pour mettre en œuvre leurs objectifs stratégiques de long terme.
BNP Paribas a joué un rôle de premier plan sur le marché M&A en Europe au premier semestre 2026
À l’échelle européenne, BNP Paribas a joué un rôle de premier plan sur le marché des fusions-acquisitions en EMEA (lien vers article de Les Echos, payant) au premier semestre, en conseillant ses clients sur plus de 230 milliards de dollars de transactions annoncées au premier semestre 2026 et en se classant au 3e rang des classements Dealogic. La Banque a par ailleurs été désignée « Best Investment Bank in EMEA » lors des récents Euromoney Awards for Excellence, une distinction qui témoigne de la confiance de nos clients et de l’ampleur et de la profondeur de notre plateforme, couvrant les marchés de capitaux actions, les émissions obligataires, la finance durable et le conseil stratégique. Sur les marchés de capitaux actions, BNP Paribas a dirigé 77 transactions en EMEA, se classant au premier rang des teneurs de livre en nombre d’opérations.
La vigueur du marché britannique au 1er semestre reflète-t-elle le début d’une reprise durable ou des opportunités à court terme ? Quels sont les facteurs à l’origine de cette solide performance ?
Je considère cette dynamique moins comme un pic ponctuel que comme une normalisation de l’activité de fusions-acquisitions. Les institutions financières illustrent particulièrement bien cette tendance, avec une nette accélération de l’activité, portée par plusieurs opérations d’envergure. Des marchés plus stables et une confiance accrue des investisseurs ont créé un environnement plus favorable à la concrétisation d’opérations envisagées depuis un certain temps.
Le Royaume-Uni a toujours été un marché dynamique en matière de fusions-acquisitions, tant sur le plan domestique qu’en termes d’investissements entrants, notamment en provenance des États-Unis, premier marché contributeur, à l’origine de plus de 50 % des investissements étrangers au 1er semestre 2026. Cette situation reflète la solidité et l’attractivité des entreprises britanniques, qui bénéficient de fondamentaux solides, d’une exposition internationale et de positions de marché intéressantes. Parallèlement, l’écart de valorisation stimule les opérations. Alors que la livre sterling s’est raffermie face au dollar américain, les sociétés cotées au Royaume-Uni continuent d’afficher des multiples de valorisation inférieurs à ceux d’entreprises américaines comparables, ce qui offre des opportunités d’acquisition d’actifs britanniques de grande qualité bénéficiant d’une solide présence internationale.
Cette dynamique s’est notamment illustrée avec l’offre recommandée de 9,9 milliards de livres sterling en numéraire de TIAA-Nuveen visant à acquérir Schroders, témoignant de la confiance dans le secteur britannique de la gestion d’actifs et de la valeur stratégique à long terme que les investisseurs continuent d’accorder au marché britannique. BNP Paribas est intervenue en qualité de conseil financier de Nuveen dans le cadre de son offre recommandée en numéraire de 9,9 milliards de livres sterling (13,5 milliards de dollars) portant sur 100 % du capital de Schroders. Le nouvel ensemble représentera près de 2 500 milliards de dollars d’actifs sous gestion (AUM), illustrant la puissance de BNP Paribas (lien inactif) (lien vers article en anglais) dans les opérations transfrontalières complexes, son expertise dans les domaines du conseil, des marchés de capitaux de dette et de prêts, du change et des services titres, ainsi que la pertinence de son approche intégrée « One Bank ».
Nous observons également un actionnariat plus actif, les investisseurs cherchant toujours davantage à libérer de la valeur au travers de réorientations stratégiques et de la simplification des portefeuilles, les opérations de M&A représentant un catalyseur supplémentaire pour l’ensemble du marché.
Nous avons récemment constaté une reprise des opérations à l’étranger, les entreprises basées au Royaume-Uni ciblant leurs homologues européennes sous-valorisées. Quels sont les facteurs à l’origine de cette tendance ?
Après une période plus atone, les équipes de direction manifestent un regain d’intérêt pour l’expansion internationale, en vue de renforcer leur présence à l’étranger, de consolider leur positionnement sur le marché, de se diversifier et de créer de nouvelles opportunités de croissance. Les opérations à l’étranger ont ainsi représenté 35 % de la valeur totale des transactions au premier semestre 2026.
Les entreprises recourent aux fusions-acquisitions à l’étranger pour passer à l’échelle supérieure, saisir des opportunités spécifiques à leur secteur et renforcer leurs positions internationales. De nombreuses entreprises disposent de bilans solides et se tournent désormais vers les marchés internationaux pour saisir de nouvelles opportunités de croissance.
Les fonds de capital-investissement (private equity) se sont également adaptés, leur activité ayant progressé, tant en termes de volume que de valeur des transactions, par rapport au premier semestre 2025. À mesure que les conditions de financement se stabilisent et que les opportunités de sortie se clarifient, les fonds font preuve d’une plus grande confiance dans le déploiement de leurs capitaux en attente, en se concentrant sur la création de valeur et la mise en place de stratégies de sortie crédibles.
Les sociétés de capital-investissement disposent de capitaux importants à investir, mais les investisseurs sont-ils simplement poussés à conclure des opérations, ou existe-t-il des facteurs plus généraux qui influencent les décisions d’investissement sur le marché actuel des fusions-acquisitions au Royaume-Uni ?
Les sociétés de capital-investissement se concentrent sur l’acquisition d’entreprises de grande qualité, la création de valeur opérationnelle et l’obtention de rendements attractifs. Les rendements n’étant plus facilités par le faible coût de la dette, ces sociétés doivent désormais dégager davantage de valeur par le biais d’optimisations opérationnelles, de stratégies de croissance et d’une transformation à long terme.
Parallèlement, les investisseurs évaluent les opportunités en adoptant une vision plus large que celle des seules conditions du marché local. Le financement doit être envisagé dans une perspective mondiale. Une acquisition au Royaume-Uni peut être financée par différents moyens, y compris en livres sterling (GBP), mais aussi par le biais de swaps de devises en euros et en dollars afin d’optimiser la composition des taux d’intérêt dans la solution de financement d’une opération. BNP Paribas étant banque universelle présente à l’échelle mondiale, ses équipes sont en mesure de proposer une gamme complète de solutions de financement aux entreprises et aux investisseurs financiers.
L’attrait des sociétés cotées britanniques se reflète également dans la dynamique des opérations de rachat. Si les acquisitions au Royaume-Uni ont historiquement été réalisées avec des primes importantes, la majorité des opérations de fusion-acquisition sur le marché boursier a porté sur des entreprises de petite capitalisation, ce qui met en évidence la richesse des opportunités disponibles sur l’ensemble du marché.
Jusqu’à récemment, le manque de visibilité sur les possibilités de sortie constituait l’un des principaux défis pour les fonds de private equity investissant dans des sociétés britanniques cotées. L’incertitude qui régnait sur le marché des introductions en Bourse rendait les conditions de sortie plus difficiles à anticiper. Toutefois, à mesure que les marchés se stabilisent, la confiance dans les perspectives de sortie s’améliore et la question n’est plus de savoir s’il est possible d’acquérir une bonne entreprise, mais si celle-ci sera en mesure de créer suffisamment de valeur pour permettre une sortie réussie à une valorisation attractive.
En tant que responsable du pôle Conseil pour le Royaume-Uni, comment envisagez-vous le second semestre pour le marché britannique ?
Au vu de la situation actuelle, j’estime que la forte dynamique observée au premier semestre 2026, soutenue par le carnet de commandes et le niveau global d’activité sur l’ensemble du marché, devrait se poursuivre jusqu’à la fin de l’année. À plus long terme (document en anglais), je ne vois guère de raison pour que cette dynamique ne se poursuive pas jusqu’en 2027.
La reprise apparaît de plus en plus durable, plutôt qu’un phénomène de court terme. En résumé, les investisseurs sont de plus en plus confiants quant aux perspectives de sortie, l’écart de valorisation entre le Royaume-Uni et les autres marchés continue d’offrir des opportunités, les acquéreurs stratégiques restent actifs et les fonds de private equity disposent toujours d’importants capitaux à investir.
Dans le même temps, les marchés financiers restent stables, aucun signe évident de bulle spéculative n’est perceptible et les marchés de financement continuent de soutenir l’activité de transactions. Nous anticipons une poursuite de la réduction des risques au sein des portefeuilles, de nouvelles initiatives stratégiques de la part des entreprises et un regain de confiance chez les promoteurs.
Le financement restera un facteur clé de différenciation. La fin des conditions de financement très bon marché oblige les acquéreurs à porter une attention accrue à la valeur qu’ils peuvent créer à partir d’un actif, tandis que l’accès aux marchés de la livre sterling, de l’euro et du dollar américain continue d’offrir des opportunités intéressantes en matière de financement et d’arbitrage.
Cet article a été traduit de l'article publié par BNP Paribas CIB en anglais : UK M&A mid-year review: building momentum and stability into 2027.