Analyse prospective : vers une généralisation de la finance durable impulsée par les émetteurs souverains

  • Constance Chalchat Head of Company Engagement, BNP Paribas CIB
  • 28.04.2021

Après avoir aidé les entreprises à trouver des financements adaptés pour relever les grands défis que posent l’urgence climatique et la crise de la biodiversité, la finance durable se trouve actuellement à un tournant. En effet, avec l’émission d’obligations vertes, les États souverains généralisent désormais des instruments financiers dont la valorisation intègre des objectifs de développement durable. Il s’agit là d’un grand pas en avant pour la transition vers une économie mondiale véritablement durable, avec de fortes implications pour les émetteurs et les investisseurs.

Le développement des émissions d’obligations durables par les États souverains, les organisations supranationales et les agences (SSA) aura certes un effet transformateur, mais ces marchés connaitront également d’autres changements. En plus de l’arrivée des émetteurs souverains, les émetteurs privés et les investisseurs devront réagir face à l’accroissement des indicateurs clés de performance (KPI) de développement durable s’appuyant sur des données scientifiques fiables, à une multiplication des acteurs du marché ainsi qu’à la normalisation de la réglementation et des méthodes d’information.

Sur un marché évoluant aussi rapidement, chaque trimestre apporte son lot de changements et les prochains mois de l’année 2021 seront particulièrement complexes.

Des gouvernements plus écologiques

En novembre 2021, les États se réuniront à Glasgow, au Royaume-Uni, pour la 26e Conférence des Parties des Nations Unies sur le changement climatique (COP26). Cela constituera un moment décisif des efforts mondiaux pour atteindre l’objectif fixé par l’Accord de Paris de limiter le réchauffement à 1,5°C. Et l’urgence de la tâche nous est rappelée presque quotidiennement par les preuves de plus en plus manifestes de l’accélération du réchauffement et l’évidence alarmante de ses conséquences (des prévisions de sécheresses en Europe centrale et aux États-Unis à l’acidification des océans et aux feux de forêt).

Au cours des deux années précédant la COP26, les investisseurs privés se sont montrés très demandeurs de financements indexés sur des critères de réduction des émissions de carbone et d’autres actions de lutte contre la crise climatique. La crédibilité des crédits liés à des objectifs environnementaux ou sociaux (ou les deux) s’est en outre renforcée quand les marchés de capitaux ont soutenu les obligations européennes destinées à financer la lutte contre la Covid-19.

Ceci a donné aux États souverains la confiance nécessaire pour entrer sur le marché et leur impact sera décisif. Leurs obligations intégrant des objectifs d’émissions prédéfinis, fixés dans les contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN), établiront des normes qui serviront ensuite de points de référence pour le reste du marché. Que ce soit via de nouveaux benchmarks de valorisation ou par des mesures reconnues pour évaluer le respect des engagements d’un émetteur, ils auront un rôle stabilisateur qui contribuera à une forte croissance de la demande des investisseurs et étoffera les fonds communs de capitaux à la recherche d’investissements durables.

Au cours des deux années précédant la COP26, il s’est avéré dans le secteur privé que les investisseurs étaient très demandeurs de financements indexés sur des critères de réduction des émissions de carbone et d’autres actions de lutte contre la crise climatique.

Des gouvernements plus écologiques

En novembre 2021, les États se réuniront à Glasgow, au Royaume-Uni, pour la 26e Conférence des Parties des Nations unies sur le changement climatique (COP26). 


Cela marquera un moment décisif des efforts mondiaux pour atteindre l’objectif fixé par l’Accord de Paris de limiter le réchauffement à 1,5°C. Et l’urgence de la tâche nous est rappelée presque quotidiennement par les preuves de plus en plus manifestes de l’accélération du réchauffement et l’évidence alarmante de ses conséquences (des prévisions de sécheresses en Europe centrale et aux États-Unis à l’acidification des océans et aux feux de forêt).

Au cours des deux années précédant la COP26, il s’est avéré dans le secteur privé que les investisseurs étaient très demandeurs de financements indexés sur des critères de réduction des émissions de carbone et d’autres actions de lutte contre la crise climatique. La crédibilité des crédits liés à des objectifs environnementaux ou sociaux (ou les deux) s’est en outre renforcée quand les marchés de capitaux ont soutenu les obligations européennes destinées à financer la lutte contre la Covid-19.

Les Etats souverains joueront un rôle stabilisateur

Les États souverains ont ainsi trouvé la confiance nécessaire pour entrer sur le marché et leur impact sera décisif. Leurs obligations intégrant des objectifs d’émissions prédéfinis, fixés dans les contributions prévues déterminées au niveau national (CPDN), établiront des normes qui serviront ensuite de points de référence pour le reste du marché. Que ce soit par des nouveaux benchmarks de valorisation ou par des  mesures reconnues pour évaluer le respect des engagements d’un émetteur, ils auront un rôle stabilisateur qui contribuera à une augmentation exponentielle de la demande des investisseurs et étoffera les fonds communs de capitaux à la recherche d’investissements durables.

Façacde de la banque centrale italienne
        

Vers une nouvelle dynamique liée aux mesures prises par les Etats et à la demande des investisseurs pour des crédits indexés à des objectifs ESG

En 2020, les émissions d’obligations vertes SSA se sont élevées à 94 milliards d’euros, soit 8 % du marché obligataire SSA, contre 16 milliards d’euros en 2015. Plus récemment, l’Italie (co-hôte de la COP26 avec le Royaume-Uni) a émis la plus importante obligation verte souveraine au monde d’un montant de 8,5 milliards d’euros. Les demandes de souscription qui ont dépassé plus de neuf fois les capacités témoignent de la confiance des investisseurs dans la mission de l’Italie de faire figurer le changement climatique au premier rang des priorités et de tenir son engagement européen pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050. L’action conjuguée des mesures prises individuellement ou collectivement par les États contre la crise climatique (comme le pacte vert pour l’Europe ou l’objectif ambitieux de réduction des émissions de carbone du Royaume-Uni) et de la demande croissante des investisseurs de crédits indexés à des objectifs environnementaux, sociaux et de gouvernance (ESG) crée une véritable dynamique.


« L’Italie entre sur le marché des obligations souveraines qui financent le développement durable avec l’émission du nouveau BTP Green. Ce faisant, elle renforce son adhésion au cadre de la Commission européenne pour atteindre la neutralité carbone à l’horizon 2050 ainsi qu’aux objectifs fixés dans le pacte vert pour l’Europe », a souligné le ministère italien des Finances.


L’émission durable souveraine et marchés émergents

L’émission d’obligations souveraines commence à faire des émules sur les marchés émergents, notamment en Amérique latine avec pour dernier en date le Chili. Sur certains marchés émergents, la progression de l’émission durable souveraine pourrait inciter des entreprises à emboîter le pas dans des pays où les marchés de capitaux durables n’en sont encore qu’à leurs balbutiements.

Le secteur privé a contribué à la normalisation de la finance durable sur les marchés de capitaux. D’ici quelques mois seulement, les États souverains en feront un pilier des marchés dans le monde entier.


"La vitesse à laquelle la finance durable est passée d’une niche à une activité totalement généralisée est extraordinaire. Et toute assertion sur son ralentissement sera vite démentie avec l’arrivée en force des émetteurs souverains"

Constance Chalchat, Responsable de l’Engagement d’entreprise, BNP Paribas CIB


Gravure de llamas dans la montagne

La science climatique remporte l’adhésion 

Les mesures utilisées pour s’assurer que les émetteurs tiennent leurs promesses, et versent par conséquent la bonne prime aux investisseurs, ont figuré jusqu’à présent parmi les aspects les plus controversés de la finance durable.

Depuis ces 12 derniers mois, on observe toutefois que les KPI basés sur des données scientifiques commencent à être adoptés dans le domaine du financement des entreprises. Les investisseurs s’intéressant de plus en plus à l’intégrité des stratégies des entreprises en matière de transition vers la neutralité carbone, les KPI sont devenus une partie intégrante sur laquelle repose la dynamique de la finance durable. Et pour que les KPI de la finance durable restent crédibles aux yeux des investisseurs, leur normalisation doit être rapidement entreprise. Or, n’existe-t-il pas de force plus puissante que l’État en matière de normalisation ?

Une importance accrue sera attachée aux données bien étayées et pertinentes, aux informations transparentes fournies en temps opportun et à un niveau de confiance élevé dans la démarche de développement durable sous-jacente. 

Pour apprécier ces éléments essentiels, les États souverains fourniront des points de références, commençant par orienter les marchés vers les meilleures solutions dans l’actuelle diversité déconcertante de normes, de méthodologies et de pratiques de reporting concurrentes.

L'intégration de connaissances sectorielles spécifiques 

Pour que cela fonctionne, il faudra intégrer des connaissances sectorielles spécifiques en dehors de la finance, car les émetteurs devront définir des KPI déterminants pour une véritable transition de leur activité, et les investisseurs devront pouvoir facilement rapprocher ces informations d’un portefeuille à l’autre.

Les émetteurs qui se sont fixé des objectifs de développement durable ambitieux, soutenus par des indicateurs largement compris et intégrés dans leur offre de financement, devraient être avantagés sur le plan de la valorisation.


Les banques centrales sont un autre facteur favorable au développement du marché des obligations liées à des KPI. 

Les banques centrales sont un autre facteur favorable au développement du marché des obligations liées à des KPI. Du reste, la Banque centrale européenne a récemment étendu le collatéral éligible aux obligations liées au développement durable (SLB) dans ses programmes d’achat d’actifs ; signe supplémentaire d’une large acceptation sur les marchés.

Alors qu’une partie des financements liés au développement durable  des trois dernières années arrive à maturité, les mois à venir révéleront si les KPI existants créés à la naissance de ce marché conduisent bien à des actions tangibles en matière d’ESG de la part des émetteurs.

Les investisseurs alimentent la dynamique de marché

Une mobilisation massive des capitaux des investisseurs contribue à l’intensification de l’engagement des entreprises et des États souverains pour la finance durable. L’ESG est indéniablement la nouvelle normalité pour de nombreux investisseurs et l’on a enregistré en 2020 un afflux record d’investisseurs ESG. Et les souscriptions d’obligations vertes dépassent aussi de plus en plus les capacités, en moyenne de quatre fois en 2020.

Plusieurs facteurs sont en jeu, notamment un fort désir d’investir dans des opportunités stratégiques de finance durable, encouragé par une transparence accrue des entreprises, la réglementation et enfin la gestion des risques. Les investisseurs apprécient la nouveauté des innovations ESG dans des domaines aussi variés que l’économie circulaire, les émissions de carbone, les vaccins ou la parité ; la demande en financements durables intégrant de tels mécanismes n’a jamais été aussi forte.

Les investisseurs apprécient la nouveauté des innovations ESG ...

La communauté mondiale des investisseurs a tout simplement pris conscience de l’ampleur des défis auxquels l’humanité est confrontée et souhaite apporter sa contribution en soutenant une dette qui apporte une aide réelle.

Sur le plan réglementaire, l’Union européenne (UE) élabore actuellement une taxonomie couvrant les critères techniques de développement durable. Elle recense plus de 60 activités réparties en sept secteurs qui vont de l’agriculture à l’immobilier, en passant par l’électricité, l’eau, les transports, les technologies de l’information et l’industrie manufacturière, et représentent plus de 90 % des émissions de gaz à effet de serre dans l’UE. Bien qu’elle puisse naturellement susciter certaines controverses, les investisseurs se reporteront à cette taxonomie pour déterminer ce qui est véritablement durable.  

Agriculteur dans un verger avec tablette
La communauté mondiale des investisseurs a tout simplement pris conscience de l’ampleur des défis auxquels l’humanité est confrontée et souhaite apporter sa contribution en soutenant une dette qui apporte une aide réelle. - Crédits : jackfrog

Une taxonomie couvrant les critères techniques de développement durable qui recense

60

activités reparties en sept secteurs representant plus de

90%

des emissions de gaz a effet de serre dans l'UE

La prise en compte des risques

Enfin, la gestion des risques restera un moteur de l’activité ESG pour les investisseurs dans les mois à venir. Une récente enquête ESG BNP Paribas sur les hedge funds a révélé que 48 % des investisseurs qui intègrent l’ESG dans leurs stratégies d’investissement sont motivés par la conviction que cela améliorera leur profil risque-rendement.

À l’autre extrémité du spectre des investisseurs, les compagnies d’assurance sont parfaitement conscientes de l’influence du risque climatique (et plus récemment du risque lié à la nature) sur leurs portefeuilles. Elles orientent donc de plus en plus leur activité sur les marchés de capitaux vers l’adaptation à ces risques et l’atténuation de ces derniers.

Un nouveau guide de l’Institute for Sustainability Leadership (CISL) de l’université de Cambridge sur le « risque financier lié à la nature » offre une cartographie des risques physiques (y compris l’extinction d’espèces, la sécurité hydrique, la pollution, le changement climatique), indiquant pour chacun les perturbations du marché et l’impact financier qui en résultent. Il souligne ainsi la nécessité pour les experts de la finance d’intégrer ces questions dans leur prise de décision.

Le Groupe de travail sur le reporting des risques financiers liés au climat (TCFD), bien établi, et le Groupe de travail sur l’information financière liée aux facteurs naturels (TNFD), plus récent, vont certainement aussi accélérer la gestion de ces risques et, au final, la contribution des investisseurs à la transition vers une économie mondiale durable.

Trouver ses marques sur un marché qui arrive à maturité

La vitesse à laquelle la finance durable est passée d’une niche à une activité totalement généralisée est extraordinaire. Et toute assertion sur son ralentissement sera vite démentie avec l’arrivée en force des émetteurs souverains.

Pour les investisseurs et de nombreux émetteurs, cela souligne simplement à quel point ils ont eu raison d’encourager la finance durable. Pour d’autres, cela apportera la confiance dont ils ont besoin pour s’engager.

La vitesse à laquelle la finance durable est passée d’une niche à une activité totalement généralisée est extraordinaire.

Pourtant, cela supposera également des risques importants pour certains. Les émetteurs souverains ont tendance à devenir des points de référence en matière de valorisation en raison de leur taille et parce qu’ils sont le baromètre de préoccupations économiques plus vastes. Les normes et points de référence que les émetteurs souverains choisissent d’appliquer à leurs KPI sont susceptibles de servir également de base sur les marchés, au détriment toutefois des transactions basées sur d’autres points de références à mesure que les investisseurs se détourneront des KPI non standard.

Pour trouver ses marques sur un marché qui arrive à maturité aussi rapidement que celui-ci, il sera nécessaire de posséder une expertise réelle et éprouvée en matière de finance et de développement durable (et de plus en plus dans des domaines tels que l’impact social et les droits de l’homme). La frontière est mince entre une émission réussie et une émission comportant un risque de réputation. Pour ne pas commettre d’impair en jouant la carte de la finance durable, il faut sélectionner des KPI pertinents et générer de l’additionnalité environnementale. Il est donc essentiel de choisir des partenaires spécialistes de la finance durable,  avec des connaissances approfondies, une fiabilité éprouvée en la matière, et surtout, qui jouissent d’une réelle crédibilité dans les réseaux d’investisseurs et d’émetteurs.

 Le choix de ses partenaires qui doivent avoir des connaissances approfondies, être d’une fiabilité éprouvée et, surtout, jouir d’une réelle crédibilité dans les réseaux d’investisseurs et d’émetteurs est donc essentiel

Version française de l'article original en anglais:

 Forward View: sovereigns will drive sustainable finance into mainstream

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