CAMBIO: le rôle de la diversité des arbres dans la lutte contre le changement climatique

  • 07.12.2020

Face à l’augmentation des émissions de CO2, comment optimiser le rôle clef des plantations forestières dans l'atténuation du changement climatique ? Une question à laquelle le projet« CAMBIO » tente de répondre.

Le projet « CAMBIO »

Piloté par Lander Baeten, chercheur en écologie et conservation de la biodiversité au sein de la Faculté d’Ingénierie des Biosciences de l’Université de Gand en Belgique, « CAMBIO » a pour objectif d'étudier le potentiel d'atténuation du changement climatique – et d’adaptation – des forêts de plantations mélangées. Pour cela le projet tentera d’identifier les combinaisons particulières d’espèces d’arbres qui pourront optimiser le fonctionnement des forêts de plantations mélangées dans un contexte de changement climatique.

Soutenu par la Fondation BNP Paribas à travers son programme Climate & Biodiversity Initiative, le projet « CAMBIO » cible particulièrement les Objectifs de Développement Durable (ODD) 15 «  Vie Terrestre » et 13 « Lutte contre les changements climatiques ».

« L’équipe CAMBIO est très enthousiaste à l’idée de transposer les connaissances sur l’importance de la diversité des arbres en pratiques concrètes de reboisement, et ainsi contribuer à la transition des monocultures d’arbres vers des plantations d’essences en mélanges »  

Lander Baeten

Chercheur en écologie et conservation de la biodiversité a l'Université de Gand (Ghent University)

Le rôle clef des arbres et des forêts face au changement climatique

Les forêts recouvrent environ 30% de la surface terrestre de la planète, et d’après le rapport d’Évaluation des ressources forestières mondiales (FAO 2020), les plantations forestières représentent 290 millions d’hectares, soit environ 7% des territoires forestiers mondiaux et déjà près de 50% de la production de bois. Les forêts représentent une part significative du stock de carbone des systèmes terrestres et contribuent à la captation des émissions de carbone d’origine anthropogéniques ; ces écosystèmes sont donc des acteurs majeurs du cycle global du carbone.

Préserver les forêts naturelles et augmenter les zones forestières mondiales par boisement et reboisement représentent ainsi une solution fondée sur la Nature déterminante pour atteindre des objectifs climatiques mondiaux ambitieux (d’après les rapports récents du GIEC* et de l’IPBES**, par exemple). Au vu de ce potentiel, gouvernements, entreprises et citoyens se sont engagés à planter des milliards d’arbres au cours de la prochaine décennie.

Dans le cadre de la mise en œuvre de projets de boisement ou reboisement, comment obtenir les meilleurs résultats en terme de biodiversité ainsi que d’atténuation et d’adaptation au changement climatique ?

* GIEC : Groupe d'experts Intergouvernemental sur l'Evolution du Climat ;

**IPBES: Plateforme intergouvernementale scientifique et politique sur la biodiversité et les services écosystémiques (Intergovernmental Science-Policy Platform on Biodiversity and Ecosystem Services)


L’importance de la diversité des arbres dans le fonctionnement des forêts

Jusqu'à présent la majorité des opérations de boisement ou reboisement à grande échelle n'a utilisé qu'une poignée d'espèces d'arbres plantées en monoculture, en dépit du nombre croissant de données scientifiques démontrant que les plantations avec une plus grande diversité d’arbres remplissent mieux les fonctions importantes de ces écosystèmes, telles que la croissance des arbres et la résistance aux perturbations.  De plus, la plupart des recherches sur l’importance fonctionnelle de la diversité des arbres ont été menées dans des forêts matures. Pourtant, les résultats de ce type de forêts pourraient être différents de ceux de plantations d’arbres plus jeunes qui n’ont pas encore de grande influence ni sur leur environnement ni sur les arbres voisins.

Tree Diversity Network

Ces dernières années, un nombre considérable de forêts de plantations expérimentales ont été établies à travers le monde pour constituer « Tree Diversity Network » (TreeDivNet), le plus grand réseau de recherche mondial pour l’étude du fonctionnement des forêts de plantations. Ces expérimentations ont pour objectifs d’analyser les effets de la diversité des arbres et de leurs combinaisons sur les fonctions des forêts au cours des premières phases de développement.


CAMBIO s’appuiera sur TreeDivNet, un ensemble d’expérimentations sur la diversité des arbres, qui constitue le plus grand réseau de recherche mondial à étudier le fonctionnement des forêts de plantations.

CAMBIO s’appuiera sur TreeDivNet, un ensemble d’expérimentations sur la diversité des arbres, qui constitue le plus grand réseau de recherche mondial à étudier le fonctionnement des forêts de plantations.
Les plantations mélangées ont un fort potentiel de croissance et de séquestration du carbone et sont, conjointement, les plus résistantes et résilientes face aux impacts du changement climatique.

CAMBIO: l’ambition de proposer de nouvelles options de boisement

Dans le contexte actuel de changement climatique, les plantations mélangées doivent se concentrer de préférence sur des espèces et associations d’espèces à fort potentiel de croissance et de séquestration du carbone – c’est-à-dire d’atténuation du changement climatique. Conjointement, elles doivent être les plus résistantes et résilientes face aux futurs impacts du changement climatique (sècheresses, pullulations d’insectes) – c’est-à-dire s’adapter (au changement climatique).

C’est donc essentiellement une question de compromis et de synergies entre atténuation et adaptation qu’il faut résoudre pour guider le choix des différentes espèces d’arbres à associer dans une plantation mélangée, avec ses conséquences pratiques pour la gestion de ces forêts.

Les plantations mélangées ont un fort potentiel de croissance et de séquestration du carbone et sont, conjointement, les plus résistantes et résilientes face aux impacts du changement climatique. (© P-Y Joseph / Tulipes & Cie / CAMBIO / Fondation BNP Paribas )

Pour combler ce manque de connaissances et contribuer à la transition des monocultures d’arbres vers des plantations mélangées, les recherches du projet « CAMBIO » (Climate change Adaptation & Mitigation with BIOdiverse forest plantations) ont pour objectif :

  • D’identifier les meilleures combinaisons d’espèces d’arbres pour atténuer et s’adapter aux futurs impacts du changement climatique, en capitalisant sur les données du réseau TreeDivNet
  • De valoriser les informations fondées sur les résultats scientifiques, en élaborant des recommandations pour les futures plantations expérimentales et les projets de (re)boisement
  • De les partager avec les praticiens grâce à l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO), avec les grands groupes de recherche associés au réseau TreeDivNet, ainsi qu’avec un plus large public notamment via les réseaux sociaux.
Jeunes plants de hêtre (Fagus sylvatica) et d’épicéas (Picea abies) peu après avoir été plantés sur un ancien champ agricole ; un des 3 sites de l’expérimentation FORBIO (Zedelgem, Belgique)
 Jeunes plants de hêtre (Fagus sylvatica) et d’épicéas (Picea abies) peu après avoir été plantés sur un ancien champ agricole ; un des 3 sites de l’expérimentation FORBIO (Zedelgem, Belgique) ©Stephanie Schelfhout  - Crédits : ©Stephanie Schelfhout
« Au sein de l’équipe « Forêts de plantation » de la FAO, nous pensons que le transfert des innovations passe par le dialogue ; c’est pourquoi nous serons ravis de mettre en relation les scientifiques de CAMBIO et les praticiens pour que la science ait des retombées concrètes et que les bonnes pratiques de gestion des forêts de plantation se fondent sur les meilleures connaissances scientifiques »

Benjamin Caldwell

Responsable de l’équipe « Forêts de plantation » au sein de l’Organisation des Nations Unies pour l’alimentation et l’agriculture (FAO)

Des conclusions utiles aux pays tropicaux et subtropicaux

En plus des recommandations à l’attention des pays tempérés, « CAMBIO » veillera à ce que ses conclusions soient utiles pour les pays tropicaux et subtropicaux en voie de développement.

En effet :

  • Les forêts dans ces pays hébergent la plus grande biodiversité
  • Les arbres y poussent plus vite, absorbant le CO2 dans l’air dès le début du (re)boisement
  • Les populations de ces régions sont plus vulnérables aux effets du changement climatique.

    Mise en place de l’expérimentation sur la biodiversité des arbres de IDENT Ethiopie, Campus de l’Université de Mekelle (Mekelle, Tigray, Ethiopie) ; combinaison de 2 espèces : Olea europea subsp. cuspidata (olivier brun) et Cordia africana (cordia d’Afrique de l’est) © B. Muys 
Mise en place de l’expérimentation sur la biodiversité des arbres de IDENT Ethiopie, Campus de l’Université de Mekelle (Mekelle, Tigray, Ethiopie) ; combinaison de 2 espèces : Olea europea subsp. cuspidata (olivier brun) et Cordia africana (cordia d’Afrique de l’est)

« CAMBIO a une très bonne approche scientifique avec un grand réseau de collaboration au sein de la communauté internationale, une équipe d'experts et un grand potentiel de transfert des connaissances. Peu de risques et de faiblesses sont à prévoir dans la marche du projet. » 

Comité scientifique de la Fondation BNP Paribas


Visuel ci-dessus : Combinaison colorée d’espèces d’arbres, composée d’Acer saccharum et de Picea pungens, 2 espèces d’Amérique du Nord se développant ensemble dans une expérimentation européenne sur la biodiversité des arbres (IDENT Fribourg, Allemagne) ©Michael Scherer-Lorenzen .


Crédits photos : Header : @philippschumach, © Kyle Kovach © P-Y Joseph / Tulipes & Cie / CAMBIO / BNP Paribas Foundation ©Stephanie Schelfhout © B. Muys ©Michael Scherer-Lorenzen @lovelyday12

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