La banque d'un monde qui change

Du troc à la monnaie

Pour les historiens, l’apparition de la monnaie découle de la répartition des tâches au sein d’une société. Bien sûr, la première forme d’échange a été le troc : l’éleveur échangeait une bête contre des outils fabriqués par le ferronnier… 

Mais ce système pose des problèmes :

  • Il n’est pas facile à mettre en œuvre, quand par exemple un bœuf est difficile à « scinder » en morceaux pour des petits échanges ! 
  • Il n’est pas toujours possible, quand une personne n’est pas intéressée par les objets proposés en échange de sa propre production. 

La monnaie résout ces deux problèmes :

  • A chaque « objet » à échanger, on fait correspondre une certaine quantité de monnaie ;
  • La monnaie peut être scindée en fractions (comme aujourd’hui les euros divisés en cents).

L’héritage du troc dans notre vocabulaire

La véritable richesse a longtemps été le bétail, qui servait de base aux échanges ou à l’évaluation d’un bien. Et cela se retrouve dans notre vocabulaire. Pecus, troupeau en latin, est à l’origine du mot « pécuniaire ». Les têtes de bétail servaient à évaluer une propriété (ou la dot d’une fille dans certains pays !), et caput, tête en latin, a donné le mot « capital »

Des premières monnaies aux pièces métalliques

Des objets auquel on leur attribuait une valeur d’échange, et qui étaient faciles à stocker, ont parfois initialement servi de monnaie. Il s’agissait de biens directement utilisables comme le sel, qui a servi à payer les légionnaires romains… et a donné le mot « salaire ». Ou des objets symboliques comme les coquillages (les cauris dans certaines régions d’Afrique)…

Les pièces de monnaies, en métal, sont arrivées ensuite. D’abord en Anatolie, vers 650 avant JC. Puis en Grèce antique, chaque cité avait une monnaie frappée à son effigie. Les Romains étendront l’usage de la monnaie à tout leur empire. 

Au IIIème siècle avant JC est créé le premier atelier monétaire, au Capitole : il était auprès du temple de Junon, déesse « avertisseuse » (ses oies ont prévenu d’une attaque des Gaulois), dit « moneta » en latin : c’est l’origine du mot monnaie ! 

La monnaie, symbole de puissance

Le denier (denarius ou pièce de dix) est aussi une invention romaine : cette pièce, première à porter une valeur inscrite (un « X » pour 10 en écriture romaine), à la fin du IIIème siècle avant JC. 
Le système monétaire romain se dégrade avec la décadence. Alors Constantin Ier, au IVème siècle après JC, crée une nouvelle pièce, en or : le solidus (qui deviendra le « sol », puis le « sou » en France).
Au fil des siècles, chaque royaume ou empire, pour faciliter les échanges et unifier son territoire, crée sa monnaie – frappée bien souvent du portrait ou de la devise de son roi ou empereur. 
La monnaie reflétait la puissance économique et militaire d’une nation, d’où la répression inflexible de la contrefaçon monétaire.

La première monnaie internationale

La première monnaie véritablement internationale n’apparaîtra qu’en 1750 : l’impératrice Marie Thérèse de Habsbourg crée le thaler à son effigie, monnaie rapidement adoptée par les colonies espagnoles et anglaises d’Amérique… 
Le nom dollar est une déformation phonétique de thaler !  

De la valeur à la confiance

Les monnaies métalliques étaient fabriquées en métal précieux, et avaient une valeur propre, liée à leur poids. 
En 1685, au Canada, les colons français, confrontés à une pénurie de monnaie, inventent la monnaie fiduciaire. Cette monnaie papier (créée sur une carte à jouer portant le sceau et la signature du Gouverneur) n’a pas de valeur intrinsèque : elle est fondée sur la confiance des possesseurs.

En France, la monnaie de papier apparait au XVIIIème siècle, avec des billets de monnaie ou des assignats
Après la révolution, des banques d'émission indépendantes de l'État sont créées. Mais en 1800, la Banque de France est créée et reçoit en 1803 le privilège exclusif d'émission de monnaie à Paris. En 1848, cette exclusivité est étendue à l’ensemble du pays